Bulletin d’histoire moderne (111/3 – 2023)

  I. Généralités FORTHOMME Bernard, Histoire de la pensée au Pays de Liège. Des origines à nos jours. Tome III – xvie-xviiie s., Orizons, Paris, 2019, 696 p. GUYARD Nicolas, Les Reliques du Christ. Une histoire du sacré en Occident, Éd. du Cerf, Paris, 2022, 307 p. LECHOT Pierre-Olivier, Luther et Mahomet. Le protestantisme d’Europe occidentale devant l’islam xvie-xviiie siècle, Éd. du Cerf, Paris, 2021, 562 p. FABRE Pierre Antoine, FOA Jérémie (dir.), Les disputes et la conversion religieuse de l’Antiquité au xviie siècle, PUR, Rennes, 2022, 248 p. NIJENHUIS-BESCHER Andreas, BERTHIER-FOGLAR Susanne, BERTRAND Gilles, MEYER Frédéric (dir.), Frontières et altérité religieuse. La religion dans le récit de voyage xvie-xxe siècle, PUR, Rennes, 2019, 321 p. LEZOWSKI Marie, LIGNEREUX Yann, Matière à discorde. Les objets chrétiens dans les conflits modernes, PUR, Rennes, 2021, 293 p. II. Renaissance et Réformes ARNOLD Matthieu, LEHMKÜHLER Karsten, VIAL Marc  (dir.), « La vie tout entière est pénitence… » Les 95 thèses de Martin Luther (1517), Presses Universitaires de

Bulletin d’histoire religieuse et sociale du Moyen Âge (111/3 – 2023)

Moines et religieux BEACH Alison I., COCHELIN Isabelle (éds.), Cambridge history of medieval monasticism in the Latin West, 2 vol., CUP , Cambridge, 2020, 1217 p. RIPART Laurent, Les déserts de l’Occident. Genèse des lieux monastiques dans le Sud-Est de la Gaule (fin IVe-milieu VIe siècle), Brepols, Turnhout, 2021, 541 p. HRAMER Rutger, KURDZIEL Emilie, WARD Graeme (éds.), Monastic communities and canonical clergy in the Carolingian world (780-840). Categorizing the Church, Brepols, Turnhout, 2022, 454 p. DALARUN Jacques, Modèle monastique. Un laboratoire de la modernité, CNRS Éditions, Paris, 2019, 319 p. Évêques et prêtres PATZOLD Steffen, Presbyter. Moral, Mobilität und die Kirchenorganisation im Karolingerreich, « Monographien zur Geschichte des Mittelalters » 68, Anton Hiersemann, Stuttgart, 2020, 599 p. CLOSS Peter, DENNIS Chris, JULIAN-JONES Melissa, SILVESTRI Angelo (éds.), Episcopal power and personnality in medieval Europe, 900-1480, Brepols, Turnhout, 2020, 310 p. COMBALBERT Grégory, « Sauf le droit épiscopal ». Évêques, paroisses et société dans la province ecclésiastique de Rouen (XIe-milieu du XIIIe siècle), Presses universitaires de Caen,

(Que) pouvons-nous connaître (de) Dieu ?

Les discours portant sur « la connaissance des choses divines » ont été partiellement remodelés par la transposition vers le champ théologique du lexique et des méthodes propres à l’épistémologie contemporaine. Inspirée par ces tentatives, cette contribution distingue sept façons principales de répondre aux questions formulées quant à la possibilité même de produire pareille connaissance comme à celles qui, plus avant, cherchent à préciser sa nature, ses modalités et ses frontières. Elle met en évidence les connexions et les fractures au travers desquelles les modèles ici distingués sont inscrits dans la trame et parfois les pièges d’un monde langagier partagé.

L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité

L’enjeu de cet article est de faire comprendre, dans un même mouvement, ce qui, à l’âge de l’anthropocène, advient à notre commune humanité sur notre terre et ce que la Communio Ecclesiarum est appelée à devenir pour être fidèle à sa mission. Presque soixante ans après l’ouverture de Vatican II, la convocation d’un « synode sur la synodalité » en octobre 2021 élargit la manière de procéder du Concile à l’ensemble des Églises particulières et active ainsi leur statut œcuménique de « peuple messianique » (Lumen gentium, 9). On commencera par expliciter l’enjeu de cette focalisation sur une conception messianique de l’histoire et les possibilités herméneutiques qu’elle nous offre dans la tâche d’interprétation de la situation actuelle de l’humanité sur notre terre et de reconfiguration de la mission de l’Église. On reviendra ensuite sur le concile Vatican II et on précisera comment cette vision messianique peut éclairer les apories du corpus conciliaire, qui se sont révélées lors du processus de réception, et ouvrir ses potentialités d’avenir.

Éditorial 111/3

Ce numéro renoue avec la tradition de la revue de publier un recueil de varia à intervalles réguliers. Le lecteur pourra lire deux articles substantiels, l’un de Christoph Theobald, que nous sommes heureux de retrouver comme auteur, l’autre de Benoît Vermander, jésuite français lui aussi, professeur de Sciences religieuses à Shanghai. Christoph Theobald, dans « L’Église au sein de l’histoire messianique de l’humanité », revient sur la nécessité pour le christianisme de reprendre la compréhension de la communion des Églises. Les raisons sont à la fois internes au mouvement de la foi, si nous acceptons de prendre en compte la tâche prophétique du peuple messianique qu’est l’Église. Mais les raisons tiennent aussi au temps que nous vivons, à l’âge de l’anthropocène, non parce qu’il faudrait s’aligner sur une mode écologique, mais précisément parce qu’il est donné à ce même peuple messianique la tâche de lire les signes des temps. L’urgence écologique se double, en quelque sorte, d’une urgence ecclésiologique à penser dans des

Laudato si’ : un changement dans ce que signifie la conversion ?

L’encyclique Laudato si’ appelle de manière prophétique à la conversion écologique. S’il n’est pas question de remettre en cause cette lecture, l’auteur analyse le déplacement qu’opère le pape François du discours de conversion à lui donnant un tour sapientiel afin de s’adresser à des lecteurs non-chrétiens et de poursuivre, dans le dialogue, la recherche de solutions pour prendre soin de la maison commune. C’est pourtant au cœur de cette ouverture qu’est maintenue le lien intrinsèque de la conversion écologique à la confession de foi, lien figuré par la référence à François d’Assise ; à la fois sage et saint. S’esquissent ainsi les contours d’un langage d’appel à la conversion écologique selon l’Esprit de Jésus-Christ, propre à une spiritualité vécue dans un temps de postchrétienté.

La « conversion écologique » : un concept pas si évident en éthique

La contribution cherche à comprendre la fascination pour l’idée d’une conversion écologique qui semble être tellement évidente et reste malgré tout confrontée à une réalité peu favorable à un tel discours et à un véritable changement de comportement. L’utilisation du mot « conversion » évoque un champ sémantique complexe et contaminé, notamment dans le contexte de la communication religieuse. Si l’éthique théologique ne veut pas se contenter de l’exégèse des encycliques, elle doit entrer dans une analyse plus critique des niveaux de l’exhortation, de la motivation et de l’argumentation en dialogue avec les sciences humaines. Une éthique théologique compréhensible et crédible est appelée à sortir de sa bulle convictionnelle pour que l’idée noble d’une conversion écologique devienne opérationnelle.