Le « doux secret de Ta grâce »

L’approche rahnérienne de la vie spirituelle « dans la grâce » présente une véritable théologie de l’expérience spirituelle qui prend en charge les questions de fond que rencontrent toute vie et toute théologie spirituelle ; tout en étant théologique, elle respecte le caractère propre de l’expérience spirituelle en sa différence d’avec la théologie systématique. La fluidité de la grâce, sa capacité à articuler transcendance et immanence mais aussi initiative de Dieu et liberté humaine, le rapport qu’elle entretient avec les affirmations dogmatiques de la foi chrétienne sont des atouts précieux pour une théologie spirituelle fondamentale dans un contexte où le spirituel est sorti de la seule sphère chrétienne.

L’artiste et la grâce du Christ

Lorsque le théologien d’Innsbruck propose de discerner des expériences de la grâce, il fait appel aux diverses expériences de la vie en lesquelles notre esprit se dévoile dans sa transcendance propre. Or l’expérience artistique est précisément un lieu concret où peut se vivre cette transcendantalité de l’esprit. Plus encore l’expérience proprement créatrice, parce qu’elle est un acte fondamentalement libre, place inéluctablement l’artiste sous l’offre universelle de la grâce du Christ en tant que celle-ci est un existential permanent de l’homme. L’artiste, s’exprimant à partir de lui-même, peut être ainsi témoin, ne serait-ce qu’anonymement, de l’événement de la grâce. Ces réflexions rahnériennes sur l’art supposent une compréhension de la sensibilité dans son unité indivise avec l’esprit et son ouverture à un horizon infini.

Karl Rahner dans le monde anglophone

Les vues d’ensemble de l’œuvre de Rahner proposées dans le monde anglophone, soit par ses admirateurs soit par ses critiques, le présentent comme fondé sur la philosophie, souvent sans reconnaître le contexte ecclésial et les nuances conceptuelles. D’autres traitent l’un ou l’autre domaine de la théologie de Rahner, l’expliquant, le contestant, ou le développant, de différents points de vue et avec des niveaux de compétence variables. Cette diversité dans la théologie engendrée par Rahner confirme ses prédictions sur le pluralisme de la théologie faite par les catholiques après lui.

Réception francophone de Karl Rahner

La réception francophone de l’œuvre de Karl  Rahner est envisagée sous l’angle du potentiel qu’elle représente pour l’initiation à la recherche théologique à l’université. La communication expose les difficultés que comporte l’étude de Rahner, quarante ans après sa disparition, ainsi que les conditions à satisfaire pour que cet apprentissage porte les fruits espérés.

Itinéraire de Karl Rahner

Partant de l’intervention de Karl Rahner au colloque à Budapest sur « La responsabilité de l’homme dans le monde d’aujourd’hui », quelques semaines avant sa mort en 1984 – en quelque sorte son testament théologique –, l’article présente l’itinéraire du théologien, se focalisant sur sa vision du « monde ». Ayant contribué au changement de cette vision dans l’Église, la pensée de Karl Rahner s’est transformée elle-même dans cette évolution.

Ministère épiscopal et presbytéral en perspective

Des théologiens tels Moingt, Kehl, Küng, Rahner ou Schillebeeckx, se sont intéressés à plusieurs reprises au ministère ordonné, offrant des contributions qui peuvent stimuler, encore aujourd’hui, une réflexion sur le ministère épiscopal et presbytéral en perspective. En les relisant de manière critique et sur la base de cet intérêt, cet essai propose de revisiter le concept de présidence, la réforme des paroisses et des nouveaux styles de communauté, une redéfinition plus précise des tâches du diaconat, une avancée théologique sur l’épiscopat et le presbytérat, des éléments de réflexion concernant le processus de formation des presbytres et le débat autour de la question des viri probati et de l’accès des femmes au ministère.

Ce que la liturgie donne à voir des ministères

Le contexte actuel de crise sanitaire mondiale et de crise des abus dans l’Église invite les théologiens à renouveler leurs approches. Ceci vaut pour la question des ministères en liturgie. Parce que les célébrations « donnent à voir » ce que les discours peuvent omettre de considérer, voire ce que l’on peut parfois chercher à occulter, la liturgie est en quelque sorte le miroir des impensés en matière ecclésiologique, ces présupposés qui suscitent des réactions spontanées au changement ou qui soutiennent des évidences ou des habitudes non critiquées. En relisant certains aspects de l’héritage du dernier Concile, l’article s’attache à mettre en lumière les apories que créent les décalages entre les discours et les pratiques.

Explorations anthropologiques autour du célibat des prêtres

Après un succinct rappel historique concernant la discipline du célibat sacerdotal, l’article propose une relecture critique des arguments apportés comme raisons de convenance pour ce choix, en montrant en quoi ils posent question aujourd’hui. La recherche s’ouvre ensuite en trois directions, imbriquées entre elles : une réinterprétation des éléments à l’appui de la discipline du célibat des prêtres, associée aux indications pour l’assumer de façon viable ; une exploration du lien positif qui peut subsister entre le mariage et la prêtrise ; un cadrage et une réflexion sur la question des viri probati.

Le « sacerdoce » dans le discours catholique avant Vatican II

Le discours catholique sur le sacerdoce ministériel avant Vatican II peut être étudié à partir des textes pontificaux de la première moitié du XXe siècle et d’une lettre pastorale du cardinal Suhard. Ces documents représentent les états ultimes d’une tradition qui fait du prêtre un homme séparé du peuple, médiateur entre Dieu et les hommes, dans une perspective christologique qui finit par définir son sacerdoce comme participation au sacerdoce du Christ. La prise de conscience, dans les décennies précédant le concile, de la nécessité d’un rôle « missionnaire » conduisit à vouloir faire du prêtre, homme séparé, un homme immergé dans le monde qu’il doit évangéliser. Il n’est pas sûr que le recours, alors renforcé, à la thématique de la médiation sacerdotale ait suffi à honorer un programme aussi ambitieux, sinon contradictoire.