La patristique dans l’œuvre de Joseph Moingt

Joseph Moingt consacra jadis d’importants travaux à Clément d’Alexandrie et à Tertullien. Ses enseignements à Lyon-Fourvière donnèrent aussi une place très importante aux écrits des Pères, avec une attention privilégiée à la « logique » qui avait présidé au développement du « discours chrétien ». Plus tard, dans ses ouvrages de théologie systématique, Joseph Moingt n’a pas cessé de revenir à la tradition patristique, mais il l’a fait de manière renouvelée, dans le cadre des problématiques auxquelles il s’attachait désormais.

Joseph Moingt : Évangile et humanisme

Ce parcours de l’œuvre de Joseph Moingt évoque la formation classique puis le tournant de 1968 et sa rencontre avec M. L’évocation de plusieurs prises de positions dans le contexte de la crise institutionnelle permet d’en repérer les soubassements théoriques. Le troisième temps esquisse ce qui caractérise la quête de vérité de Joseph Moingt. Une dernière partie trace les lignes de cet humanisme théologique : l’enracinement anthropologique du croire, l’humanisation de Dieu en Jésus, l’Esprit saint facteur d’universalisation et de personnalisation. La conclusion analyse brièvement les lieux théologiques traversés.

La disparition de l’histoire?

« L’histoire » a-t-elle disparu ou bien « une » histoire a disparu ? Celle qui, portée par le temps moderne, a prétendu donner le sens du déploiement de l’expérience des hommes en société dans le temps. Après avoir envisagé les successives mises en question du concept moderne d’histoire, après avoir posé un diagnostic, ce texte cherche à cerner ce que pourrait être une nouvelle condition historique et donc un possible nouveau concept d’histoire, alors même qu’avec l’entrée dans l’anthropocène l’humanité se trouve directement confrontée à des temporalités inédites. Mais rien n’est acquis : à l’évidence, effort continué de lucidité et travail sont à l’ordre du jour.

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

Histoire et religion, entre pratique historiographique, principes épistémologiques et enjeux de sociétés

Cet article s’efforce de préciser les défis lancés à l’historien confronté à l’étude des religions ou de faits définis comme religieux. Après une interrogation sur les difficultés posées par un tel objet, il envisage les limites de la notion d’histoire religieuse et expose les principaux fondements épistémologiques et méthodologiques propres à la connaissance historique, qui guident la production d’une vérité spécifique, distincte des autres savoirs sur le religieux comme des passions religieuses de la société.

La réception du concile Vatican II entre théologie et histoire

La controverse nouée en 2005 entre théologiens et historiens, autour de l’analyse du concile Vatican II comme événement ou comme texte du genre littéraire « constitutionnel », relève d’une histoire intellectuelle. Mais elle participe aussi d’une histoire du catholicisme contemporain marquée par les débats qui se succèdent sur la façon de mettre en œuvre l’aggiornamento. Si la majorité des protagonistes a le souci de donner toute sa validité à un concile vécu comme « de transition » et « pastoral », les uns en font une lecture conservatrice, l’inscrivant dans le prolongement de Vatican I et d’un catholicisme intransigeant, critique de la modernité ; les autres soulignent son caractère radicalement innovateur, tout en relisant à partir des textes conciliaires l’ensemble de l’histoire de la révélation à travers la notion de « signes des temps ». La réception conciliaire devient ainsi un observatoire privilégié pour comprendre l’histoire d’un catholicisme qui se mondialise, dans le contexte d’un écart qui s’approfondit entre le magistère romain et l’évolution des mœurs.

Faire une histoire du catholicisme en Europe

En Europe, l’histoire du catholicisme fut longtemps une histoire de l’Église à but apologétique, auxiliaire de la théologie, et soumise au magistère. Sa prise d’autonomie, à des degrés différents selon les pays, a permis l’émergence d’une histoire religieuse qui, dans une histoire « en miettes », est encore hantée par la nécessaire déconfessionnalisation de ses approches, de ses thèmes et de ses chercheurs. Elle peut y répondre par une exigence de neutralité, l’extension du domaine des recherches, l’attention aux autres sciences sociales et ainsi revendiquer d’être un pan à part entière de l’histoire générale.

Conclusion – Actes du 27e colloque des RSR

Il n’est pas exagéré d’affirmer que les Actes qu’on vient de lire marquent un seuil dans la réception de l’œuvre de Karl Rahner en francophonie. Il y a au moins quatre conditions essentielles permettant une telle réception. Elles ont été mentionnées dans les contributions de Benoît Bourgine et de Philip Endean ; sur un plan plus universel, elles ont été abordées dans les articles d’Albert Raffelt et de Klaus Vechtel, qui figurent dans le numéro préparatoire (RSR 108/3 [2020], p. 361-404). Les rassembler, pour finir, et les détailler peu ou prou permet de réfléchir aux rapports que nous entretenons plus globalement aux théologiens marquants de la deuxième moitié du XXe siècle et d’ouvrir quelques pistes de recherche pour l’avenir.

Karl Rahner et l’œcuménisme : un plaidoyer pour l’audace

L’engagement et le souci œcuméniques de Karl Rahner ne sont plus à démontrer. Il demeure toutefois intéressant et important d’en préciser les contours, au fil d’une œuvre où le thème de la grâce représente une sorte de fil rouge tout sauf marginal. La présente contribution s’attache à trois aspects de cette œuvre, à savoir la question du thème ou de l’objet même de la théologie, la question de la grâce incréée et créée, et enfin les audacieuses thèses de Rahner et de Fries sur l’unification des chrétiens.

La fécondité philosophique du « soubassement » transcendantal de la théologie de Rahner

L’acte philosophique, tel qu’il est convoqué par la manière dont Rahner fait de la théologie : tel sera le champ exploré. L’enjeu en paraît actuel, car il interroge le mode de présence du discours théologique dans l’ensemble des discours rendant compte de l’homme et de ses visions du monde. Des débats récents et non encore dépassés s’en trouvent convoqués, comme les clivages du début du XXe siècle à propos de la méthode d’immanence, ou le destin du transcendantal dans la philosophie contemporaine.