La différenciation moderne de la lecture biblique. Le conflit des épistémologies

Après quinze siècles de lecture « christique » des Ecritures, deux siècles de crises bien différentes allaient en proposer de nouvelles approches : le XVIe siècle comme Siècle des Réformes, le XVIIe comme Siècle de la critique. Après la confrontation d’Erasme et de Luther, la confrontation des Libertins et des apologètes, puis l’apparition de ce qui deviendrait l’exégèse critique avec notamment J. Meyer, Spinoza et R. Simon, allaient créer une autre sensibilité aux Ecritures, selon les perceptions de l’univers et de la raison marquées par la philosophie de Descartes. Une épistémologie nouvelle se mettrait nécessairement en place. Les résistances des autorités ecclésiales ne pourraient rien contre une approche qui n’était pas seulement « scientifique » mais qui marquait désormais la lecture religieuse de ces Ecritures. Les questions que poserait cette approche dans le cadre de la réception croyante comme par rapport au dogme de l’Inspiration ont-elles reçu leur réponse ? Ce questionnement devrait être au cœur du colloque que prépare l’ensemble de ce dossier.

Le problème de l’extension du Canon des Écritures

L’examen du « canon des Ecritures », après la consécration de l’expression par Athanase au IVe siècle, révèle d’abord une époque où une certaine fluidité caractérisait la réflexion sur l’extension des Ecritures et sur leurs limites. A partir du IVe siècle, une mutation décisive se produit, à laquelle il faut adjoindre une autre évolution sémantique préparée de longue date à travers l’emploi de diatèkè, traduit en latin par testamentum. Ainsi apparaissent deux temps forts dans l’histoire des Ecritures aux premiers siècles du christianisme. Le premier (fin du IIe siècle, début du IIIe) est celui de l’extension du concept de livre saint à d’autres textes que les écrits hérités du judaïsme ; le second, dans la seconde moitié du IVe siècle, est celui des efforts de délimitation de l’Ancien et du Nouveau Testament, des décisions prises pour trancher les débats, commencés deux siècles plus tôt. L’examen de quelques-uns des problèmes que pose l’extension du canon et qui s’offrent ici à l’historien confirme qu’ils ne sont

La canonisation des Écritures et la reconnaissance de leur inspiration

Les concepts d’inspiration et de canonisation/canonicité entretiennent entre eux une circularité qui n’est que la conséquence de la circularité fondamentale existant entre Eglise et Ecriture. L’Eglise chrétienne précède le N.T.. Mais d’un autre côté, l’Ecriture précède l’Eglise, parce que le N.T. a été écrit à la lumière de l’Ancien, et que ce N.T. est l’attestation de l’événement fondateur dont il reçoit son autorité. Le vis-à-vis entre Ecriture et Eglie est indépassable. L’inspiration précède et fonde le canon qui devient le critère prioritaire de l’inspiration. Le texte est lu comme inspiré parce qu’il appartient au canon. Il y a quelque chose d’indépassable dans cette circularité, faite d’une solidarité originaire et réciproque entre le deux données. Elle a un aspect dialectique. Après une brève histoire de cette dialectique, B. Sesboüé fait plusieurs propositions théologiques sur l’inspiration et le canon.

Les multiples sens de l’expérience et l’idée de vérité

Partant des premières manifestations du « philosopher » occidental, chez Pythagore, Héraclite et Platon, J. Greisch mesure d’abord l’écho que « ces échos anciens » ont rencontré en premier lieu dans la philosophie d’un Heidegger. Mais le concept d’ « expérience », maître mot de la modernité contemporaine, oblige à un parcours complexe qui ramène au philosophe américain, William James, dont on doit se demander s’il n’y a pas quelque chose à déconstruire dans sa façon d’aborder « les variétés de l’expérience religieuse » ? Ne faisant pas l’économie de l’indispensable détour par une enquête sérieuse et l’audace de quelques hypothèses sur les multiples sens du mot « expérience », J. Greisch propose, en terminant, des voies « pour une phénoménologie herméneutique de l’expérience ».

L’anthropologie du croire et la théologie de la faiblesse de croire

Michel de Certeau fut-il théologien ? Si aujourd’hui, en diverses disciplines universitaires, son œuvre provoque publications et colloques, au risque parfois de la juxtaposition des discours, la théologie, à de rares exceptions près, ne trouve guère sa place. Relèverait-elle d’un de ces non-dits respectables en même temps que congédiables parce que non-dits, sinon dans la pensée de Certeau, du moins dans celle de ceux qui prétendent s’en réclamer ? Or la théologie de Certeau se rencontre en deux endroits au moins pour qui essaie de penser son œuvre dans sa diversité et son articulation épistémologique : d’une part, comme organon de l’ensemble de sa pensée, d’autre part, comme théologie de la faiblesse de croire. Le présent article tente de mettre d’abord en évidence, autour de la figure de l’autre, le paradigme de la mystique, puis de repérer les fils qui courent de ‘l’anthropologie du croire’ à la théologie de ‘la faiblesse du croire’. Loin d’être seulement un secteur particulier et plus ou moins relatif de

Le Jansénisme : une réalité politique et un enjeu de pouvoirs

Le Jansénisme c’est d’abord un mot, une idée et une réalité. Ce sont aussi des personnages, hommes et femmes, qui au XVIIe et au XVIIIe siècles ont joué une incarnation qui n’était pas que religieuse ou théologique, malgré le primat de celle-ci. Le tableau historique que propose M. Le Guern est aussi l’analyse des positions et réactions des principaux acteurs, de Richelieu et Saint-Cyran à Antoine Arnaud, de Nicolas Pavillon et le Formulaire, jusqu’à Quesnel et la reprise des hostilités après une certaine accalmie fin de siècle, avec les effets de la Bulle Unigenitus. Comme on le sait, le terme, sinon vraiment définitif dont il faudrait encore parler, du moins selon d’importants repères historiques, se lit aujourd’hui en divers mouvements qui, après miracles et convulsions, se réduiront, à défaut de se résoudre, dans les conflits, les dispersions et les dérives sectaires.

De la fondation à l’attestation en morale, Paul Ricœur et l’éthique du témoignage

Le témoignage a retenu de très près l’herméneutique philosophique de Paul Ricœur. De son sens quasi empirique, celui du témoin d’un procès, à sa signification religieuse, celle du témoin de la foi, en passant par sa signification morale, le témoin vit du bien dont il témoigne. Se trouvant donc au croisement du juridique, de l’historique, de l’éthique et du religieux, le témoignage trouve, dans les analyses de Paul Ricœur, son principe unificateur dans le concept d’identité narrative. Pierron montre que pour le philosophe de Temps et récit, le témoignage dans le témoin est texte. Il donne donc à penser, ce qui implique une herméneutique de la réception, axée sur l’analyse d’un accueil du témoignage. Corrélativement, parler d’identité narrative, c’est donner l’occasion au témoignage de passer insensiblement d’un pôle d’extériorité, celui du narrateur qui n’est pas l’acteur de ce qu’il raconte, à un pôle d’intériorité, qui fait constitution progressive de soi. En quoi doit se définir une éthique du témoignage.