Raconter pour persuader : discours et narration des Actes des Apôtres

Comment Luc réalise-t-il une œuvre littéraire ? A quel(s) titre(s) le livre des Actes des Apôtres peut-il être reçu comme un témoignage d’ « effet littéraire » ? A travers le rapport particulier entre discours et narration que révèle à plusieurs reprises l’œuvre de Luc, Ph. Asso tente de montrer les « visées persuasives » qui y sont mises en œuvre. Ainsi, cette œuvre historiographique relève de l’art réthorique, témoignant du talent de son auteur et montrant à la fois sa maîtrise du dispositif aristotélicien, sa connaissance profonde de l’historiographie, et son habileté à conjuguer formes et genres littéraires de manière à servir ses objectifs : faire s’interroger l’auditeur-lecteur comme témoin de Jésus-Christ sur la nécessité d’agir.

Le livre des Chroniques comme oeuvre littéraire

Il est encore paradoxal de reconnaître aux livres des Chroniques le statut d’œuvre littéraire. Longtemps considéré comme de « piètre fiabilité » par rapport au récit parallèle des livres de Samuel et des Rois, ces livres apparaissent aussi sans originalité littéraire par rapport notamment à l’art consommé des récits des livres de Samuel. Dans le sillage de l’Art du récit biblique, de Robert Alter, Ph. Abadie tente de faire ressortir la richesse et la variété des procédés d’écriture qui font du livre des Chroniques une œuvre littéraire véritable. Celle-ci tient fondamentalement à un projet global que révèlent et confirment des « unités kérygmatiques » structurantes et l’ordonnancement de grands ensembles selon divers procédés : technique de répétition et système de périodisation chronologique notamment.

“Lorsque Moïse eut achevé d’écrire » (Dt, 31, 24), Une « théorie narrative » de l’Ecriture dans le Pentateuque

Il eût été étonnant que la Bible hébraïque qui est de part en part un phénomène d’écriture, n’ait pas thématisé le phénomène de l’écriture, ne l’ait pas mis en scène. Dans le Pentateuque, le personnage de Moïse constitue ce moment thématique, et l’histoire de Moïse donne lieu à cette mise en scène : le personnage de Moïse se confond avec l’émergence de la communication écrite et son histoire avec l’invention du livre. Les patriarches, dans le récit de la Genèse, sont des hommes de l’oralité, des hommes de la parole échangée – aucun d’entre eux n’est décrit dans l’acte d’écrire ou de lire. Lorsque Moïse apparaît dans le livre de l’Exode, la communication écrite fait, elle aussi, son entrée sur la scène du récit, et ce thème se prolonge jusqu’au récit de la mort du prophète. Ainsi la Bible hébraïque développe autour de la figure de Moïse une théorie narrative de la communication écrite ; mettant en scène la naissance du livre, elle

Quand Dieu apprend à parler aux hommes. Herder et la Bible

Le concept organisateur de ce que représente l’Ancien Testament pour Herder est tout entier contenu dans l’idée de poésie hébraïque. Aussi n’est il pas illégitime de considérer Herder comme théologien : la théologie herdérienne surgit notamment à travers les concepts de l’origine, du hiéroglyphe et de la Révélation, le mystère des origines pouvant être décrypté dans un monde déchiffrable. Ces éléments de « lecture » du monde se concentrent dans une conception originale de la Bible, lieu du poème par excellence, la Bible se donne comme la manifestation de la poésie hébraïque, la plus ancienne, celle qui nous fait remonter à Dieu lui-même. Si le poète peut être considéré comme celui qui « enseigne la Révélation » c’est qu’il participe de l’œuvre de Dieu lui-même.

L’Antipaulinisme chrétien au IIe siècle

Suivant les tendances actuelles de l’exégèse, plus sensible qu’avant à la Wirkungsgeschichte des textes bibliques, l’article s’interroge sur ce que sont devenues la figure de Paul et son œuvre dès la fin du Ie siècle. Constatant que l’on parle peu de l’apôtre et de son oeuvre au IIe siècle, il en cherche les raisons, qui sont d’ailleurs multiples, et fournit au passage une description des communautés chrétiennes qui en souligne la diversité. Cette étude historique, sur la manière dont la chrétienté du IIe siècle a reçu Paul et ses lettres, répond indirectement à une question relative à la répartition des champs missionnaires dans l’Église primitive. Il est en général admis que la mission aux circoncis se limita à la Palestine, et que Paul fut pratiquement le seul à sillonner l’oikoumenè d’alors. Il faut au contraire maintenir le pluralisme des mouvements missionnaires, car c’est seulement ainsi qu’on peut rendre compte des rapports entre les Églises fondées par des apôtres différents (Paul,

Paul et le Judaïsme du Second Temple

L’exégèse paulinienne du XX° siècle ayant principalement été le fait des spécialistes de confession protestante, l’article suit les changements opérés et s’attarde sur deux figures qui ont notablement animé et marqué les recherches actuelles, E.P. Sanders et H. Räisänen. Avec sa théorie du nomisme d’alliance, Sanders a sans doute le plus œuvré pour montrer le primat de la christologie dans la sotériologie paulinienne. Si son idée de nomisme d’alliance était vraie, Paul n’aurait jamais pensé que le judaïsme était une religion légaliste. L’apôtre doit bien plutôt y avoir vu un nomisme d’alliance. L’idée de légalisme doit être d’origine plus tardive, et vient de la théologie biblique protestante. Pour Sanders, Paul est un adepte du nomisme d’alliance, qui construit sa sotériologie christologique sur une base juive, et n’a pas voulu critiquer la conduite de la foi juive, le nomisme ; il ne nie pas les croyances juives, mais sa christologie dicte sa sotériologie. Sans nier que Christ soit le centre de la

A la rencontre de Paul. Connaître Paul aujourd’hui : un changement de paradigme ?

On constate un réel changement dans la manière d’étudier la vie et l’œuvre de l’apôtre Paul. Analysant les diverses raisons pour lesquelles il en est ainsi, D. Neuhaus passe en revue les sources anciennes et nouvelles à notre disposition et la manière dont on doit les utiliser, pour ne pas se fourvoyer. Trois thèses marquent la lecture ici faite de Paul en son temps et son milieu : 1) pour comprendre sa pensée, il faut préférer ses lettres aux Actes des Apôtres ; 2) le Paul des lettres est bien juif ; 3) la rupture entre le judaïsme et le christianisme est postérieure à Paul.

Où en sont les études sur S. Paul ? Enjeux et propositions.

Où en sont les études pauliniennes ? Après avoir examiné quelques-unes de leurs caractéristiques (la déconfessionalisation, la multiplication des études et des approches, l’érudition toujours plus grande – qui ne va pas toujours de pair avec la scientificité –, etc.), l’article s’attarde sur quelques chantiers en pleine évolution : (1) le rapport de Paul au judaïsme et à Israël, (2) la doctrine paulinienne de la justification par la foi, qui reste encore un des principaux sinon le centre d’intérêt majeur des recherches actuelles. Si les anciens paradigmes se sont effondrés, on ne peut dire qu’un nouveau se soit vraiment imposé, l’éventail des positions restant toujours assez contrasté. La présentation finit avec une brève question sur le futur de l’exégèse paulinienne dite scientifique.

Résister au mal

Par rapport à la problématique de la théodicée classique, l’article opère un renversement de perspective en s’interrogeant sur les forces dont dispose l’humanité dans son combat spirituel contre le mal. L’argument se développe en quatre parties. Une première circonscrit le terrain du questionnement en rappelant comment on y a accédé dans l’histoire de la pensée, et surtout, comment l’expérience du mal-malheur a suscité des ressources trop souvent cachées par une conception du combat spirituel, unilatéralement ­ aux prises avec le mal moral et le péché. Une deuxième partie se situe au niveau des formes de résistance communes aux différents courants religieux ou spirituels de l’humanité. L’approche herméneutique permet de les aborder dans un esprit « oecuménique », approprié à la perspective d’une résistance commune au mal, ce qui fait émerger la question de 1’ultime profondeur de nos ressources spirituelles. C’est sur cet arrière-fond qu’on pourra penser, dans un troisième temps, la concep­tion chrétienne de la résistance au mal comme une manière de donner existence