La substitution pénale. De Luther à Bossuet

Le hasard n’est pas étranger au constat d’un recours de Luther et de Bossuet à des références scripturaires sensiblement identiques, en particulier Ga 3, 13, pour justifier et illustrer l’universalité et la variété des péchés endossés par le Christ chargé de les expier, à titre de substitut pénal. Mais alors que Luther lie cette thèse à celle de la justification par la foi et voit dans le Christ le lieu d’un combat entre son innocence victorieuse et le péché assumé, Bossuet, prédicateur, se plaît à charger le Christ des souffrances les plus atroces par lesquelles le Père se venge de nos fautes assumées par lui. Quel crédit accorder au thème de la substitution pénale ? Il appelle bien des réserves à adapter à chacun de ces deux modèles. Serait-il à ranger dans le domaine des dérives d’une certaine théologie périmée ? Le renouveau qu’il a connu, parrainé par des théologiens contemporains de renom, ne lève pas son ambiguïté : le Christ ayant agi à notre place, serions-nous dispensés de coopérer ?

À propos des synodes : l’histoire nous interroge

Le théologien a encore beaucoup à apprendre de l’histoire des synodes comme tels. Après une clarification des termes (synode, synodalité, collégialité), l’article cherche à illustrer cette affirmation en abordant quelques problèmes particuliers : la nature de l’événement synodal, celle de la repraesentatio synodale, le synode comme liturgie, le tournant de Vatican II.

Synodalité et ecclésiologie de l’Église universelle

L’ecclésiologie à perspective universaliste qui a été, sur le très long terme, celle de l’Église catholique, n’a pas favorisé l’émergence d’institutions incarnant une synodalité réelle, notamment entre les évêques et donc les Églises locales dont ils ont la charge. Ce qui aurait pu aller en ce sens a, après le concile, été délibérément freiné par plusieurs initiatives en provenance de Rome. Il est vrai que le concile lui-même, en promouvant une vision de la « collégialité » en termes de collège épiscopal succédant au collège des apôtres, en est resté à une perspective universaliste. Une autre relecture des origines chrétiennes permettrait de fonder une véritable ecclésiologie de communion des Églises.

Théologie et manifestations de la synodalité : un défi permanent pour l’Église

Depuis ses origines, l’Église a vécu et s’est structurée de manière synodale, comme le montre l’expérience du premier millénaire. La doctrine russe de la sobornost a rappelé la dimension organique et synodale de la vie ecclésiale. L’ecclésiologie eucharistique permet de comprendre que cette synodalité fait partie de la nature de l’Église, s’enracinant dans le mystère de la Sainte Trinité. En outre, la synodalité va toujours de pair avec la primauté et réciproquement, à tous les niveaux de la vie ecclésiale : locale, régionale et universelle.

La tradition des synodes luthériens et réformés

La synodalité est une caractéristique essentielle de l’organisation institutionnelle et de l’exercice de l’autorité dans les Églises marquées par la Réforme du XVIe siècle. L’article, partant de l’héritage historique, considère les choix théologiques fondamentaux puis les modes de synodalité aujourd’hui mis en oeuvre dans les Églises luthériennes et réformées et le défi oecuménique qu’elles doivent relever. En théologie réformatrice l’enjeu n’est pas l’Église en tant que telle. Aux synodes de veiller à ce que cette mission soit remplie et de contribuer à doter l’Église des atouts qui lui sont nécessaires.

Conciliarité de l’Église. Théologalité, pluralité, historicité

La conciliarité de l’Église ou qu’est l’Église, tel est le sujet de cette étude. On s’efforce d’en explorer et fonder (scripturairement, traditionnellement) (I) d’abord l’enracinement théologal ou trinitaire et eucharistique, (II) ensuite la dimension plus spécifiquement pneumatologique et pentecostale, articulant diversité et unité/universalité dans l’histoire, aux dimensions du cosmos ou de la création tout entière, (III) enfin l’historicité radicale, qui, à la fois, relativise les formes institutionnelles qu’elle peut prendre et suscite une créativité culturelle et institutionnelle au service de la communion ecclésiale.

La question de la providence divine dans les Écritures

Le parcours, relativement linéaire, part d’un constat : les saintes Écritures d’Israël ont constamment maintenu l’existence de la providence divine en lui opposant, sous forme de question, la rétribution indigne et scandaleuse des justes. Il finit avec un constat inverse : c’est dans la mort scandaleuse du juste par excellence que s’accomplit définitivement la bienveillance prévenante et toute-puissante de Dieu pour notre humanité. De l’un à l’autre constat se donnent à lire toute l’interrogation et la réflexion des sages d’Israël, de l’Ancien et du Nouveau Testament.

L’épreuve de la providence

La providence fut longtemps conçue comme la mise en oeuvre infaillible d’un plan fixé de toute éternité. Ces dernières décennies, une nouvelle prise en compte de la toute-puissance de Dieu et de la liberté humaine a conduit au rejet de l’ancienne conception : la providence s’exerce dans une histoire ouverte, dont Dieu a pris le risque. L’évaluation des enjeux, des critères d’appréciation et de la pertinence de cette évolution se prolonge par l’exposé des éléments fondamentaux d’une théologie du Christ comme manifestation, bénéficiaire et fin de la providence et par l’examen de ses conséquences pour la prière de demande, l’abandon à la providence et notre participation à celle-ci par la charité.

« Que ta volonté soit faite » selon Origène, Grégoire de Nysse et Maxime le Confesseur

L’interprétation du verset du Notre Père : « que ta volonté soit faite » par Origène dans son traité Sur la prière reprend l’idée philosophique stoïco-platonicienne qu’il faut imiter par son intellect le bon ordre du cosmos, mais il présente la figure d’un Dieu paternel, nullement inflexible, mais au contraire réagissant au coup par coup, selon son propre plan, à la quête spirituelle de l’homme et à sa liberté. Grégoire de Nysse dans ses Cinq homélies sur le Notre Père présente une interprétation qui tient davantage compte du lien de l’âme avec le corps : faire la volonté de Dieu, c’est retrouver la santé de l’âme que le Christ médecin a réintroduit en l’homme en soignant le mal par le mal, le mal du péché par le mal de la Croix. Après ses deux prédécesseurs, Maxime le Confesseur, dans sa Brève explication du Notre Père, propose à l’homme d’imiter les anges en se libérant des passions, ou plutôt en réemployant ses passions dans la quête amoureuse par l’intellect de la volonté divine. Pour lui, le Christ à Gethsémani a donné