Une anthropologie des relations

La conversion écologique à laquelle nous invite l’encyclique Laudato si’ constitue un véritable changement de paradigme qui place la relation au cœur de l’existence : une invitation à concevoir la relation non pas comme un moyen pour vivre, mais comme la vie elle-même. Ce changement suppose une « dés-instrumentalisation » et une « endogénéisation » de la relation. Cette démarche sera esquissée à l’aide de trois approches qui seront mises en dialogue : celle sous-jacente dans la conversion écologique, celle associée à la valeur économique, et celle véhiculée par la mésologie. En guise de conclusion, l’expérience pratique du label Église verte servira pour illustrer une démarche de conversion écologique fondée dans la dimension relationnelle de la vie.

“Du temps ? On n’en a pas !”

La modernité a pensé le progrès à partir du paradigme d’un espace euclidien plat. Or l’incertitude de notre époque est liée à l’inadaptation de cette topologie à la complexité du nouvel espace-temps fermé sur lui-même mais ouvert intérieurement, par exemple par les enjeux écologiques. Fermé et ouvert sont en relation duale. Cette dualité conduit à penser la complexité à partir des bords, des marges, de l’altérité, ici des très pauvres. Leur être au monde suggère une manière prophétique de traverser l’Apocalypse : entre le temps de l’urgence et le temps du projet politique s’ouvre une façon de vivre non dans l’anxiété de la fin des temps, mais dans la confiance d’« une présence de la fin dans ce temps à vivre ».

De quel genre de pensée a-t-on besoin pour aborder la crise environnementale contemporaine ?

L’écologie politique contemporaine donne un nouvel infléchissement aux débats environnementaux qui risquent, sinon, de rester coincés dans un paradigme réducteur et moderniste. Il est intéressant de noter que cette nouvelle écologie politique s’inspire de plus en plus du langage et de concepts théologiques, en particulier dans l’œuvre de Bruno Latour. Le présent article explore les raisons pour lesquelles il en est ainsi et quelle en est la contribution. Il fera valoir que l’écologie politique assigne un rôle à la religion en ce que celle-ci génère le genre de conversion aux valeurs humaines qui s’avèrent nécessaires pour une véritable transformation sociétale. En procédant ainsi, l’écologie politique pourrait même être considérée comme un partenaire de dialogue (surprenant) pour la théologie catholique et pour des approches de la crise environnementale qui s’appuient plus largement sur la tradition de l’enseignement social catholique.

La Torah d’Israël, chemin de sagesse écologique

Les ressources bibliques en éco-théologie, et spécialement pour penser la « conversion écologique », ne se limitent pas aux lieux scripturaires « classiques » (Gn 1–9 ; Jb 37–38 ; Rm 8 ; etc.). D’autres textes moins sollicités, notamment dans la législation biblique, peuvent apporter un éclairage puissant pour affronter les défis environnementaux de notre époque. À titre de simple illustration, cette contribution examine deux passages tirés du livre du Lévitique (Lv 23 ; 25-26).

Restauration et transformation

L’article présente la pratique de la restauration d’environnements dégradés en se concentrant sur les tensions inhérentes à cette pratique en ce qui concerne le rôle qu’y joue l’histoire pour définir l’action et la fonction de la personne humaine. En s’inspirant des thématiques de résurrection qui caractérisent la restauration et la transformation, l’auteure plaide en faveur d’une approche restauratrice qui, d’une part, reconnaît la valeur d’écosystèmes de jadis et, d’autre part, ouvre un espace pour une action qui va au-delà d’un simple retour au passé et vise à répondre de manière créative aux défis environnementaux du présent, avec sagesse et amour.

La lente émergence de l’idée de conversion écologique dans le monde catholique

L’encyclique Laudato si’ invite à une « conversion écologique ». D’autres textes magistériels l’avaient précédée dans cette voie, marquant ce qu’Adolphe Gesché avait qualifié de « tournant cosmocentrique », par contraste au « tournant anthropocentrique » (Karl Rahner), caractéristique de Vatican II. Ce double tournant explique pourquoi, en dépit de signaux précoces alertant sur la dégradation de l’environnement et sur la responsabilité humaine, le monde catholique a perçu plus tardivement que le monde protestant la nécessité d’un changement d’attitude. En outre, cela pose la question de la place de l’humain au sein du monde selon le dessein créateur de Dieu. Parler de « conversion » suppose un retournement ou un décentrement vers Dieu, mais un Dieu qui confère à chaque créature une « valeur propre ».

Écologie, création, modernité. Une lecture philosophique de la crise écologique

Trois types de rapports à la nature sont d’abord distingués qui conduisent à la question : une deep ecology moderne est-elle pensable ? Les neurosciences contemporaines montrent ensuite qu’une naturalisation de la conscience ne conduit pas nécessairement à une dissolution de l’humain dans l’animalité. Sur cette base, une deep ecology est proposée compatible avec le primat de la subjectivité moderne. Le concept bergsonien de création intégré dans la philosophie du procès de Whitehead renforce une telle position.

Un tournant cosmologique dans la théologie de la création

Le terme d’« anthropocène », proposé par le chimiste néerlandais Paul Jozef Crutzen dans un billet de la revue Nature du 3 janvier 2002, signifie que l’humanité est devenue une force géologique à part entière et qu’en tant que telle, son activité entre en interdépendance avec le reste du vivant et de la nature. Cette nouvelle donnée nous fait entrer dans un temps irréversible et non-prédictible. Entre utopie techniciste et catastrophisme, sans doute y a-t-il à rechercher une attitude de sagesse qui tente de tracer sa route sans arrogance ni désespérance. La tradition chrétienne pourrait-elle y aider ?