Corpus mysticum revisité

Corpus mysticum demeure l’un des principaux ouvrages de Henri de Lubac. À la relecture, il apparaît que son but principal – restaurer la dimension ecclésiale de l’eucharistie – est inséparable d’une réflexion sur la sacramentalité. En même temps que l’adjectif «mystique» en venait à qualifier l’Église plutôt que l’eucharistie, son sens s’affaiblissait. Dans la réflexion et la piété eucharistiques, on tendait à dissocier, sinon à opposer, « réalité » et « symbole », à dévaluer le registre du symbolique/sacramentel au profit de la « vérité ». Que les inflexions remontent au IXe ou au XIe siècle, une perte en venait à affecter la compréhension du mystère eucharistique, les questions se posant de savoir dans quelle mesure la théologie ultérieure devait s’en trouver affectée. L’ouvrage érudit du théologien jésuite avait donc une dimension militante, qui ne pouvait qu’affecter sa réception, mais devait se révéler à plus long terme riche de ressources.

À propos des synodes : l’histoire nous interroge

Le théologien a encore beaucoup à apprendre de l’histoire des synodes comme tels. Après une clarification des termes (synode, synodalité, collégialité), l’article cherche à illustrer cette affirmation en abordant quelques problèmes particuliers : la nature de l’événement synodal, celle de la repraesentatio synodale, le synode comme liturgie, le tournant de Vatican II.

Synodalité et ecclésiologie de l’Église universelle

L’ecclésiologie à perspective universaliste qui a été, sur le très long terme, celle de l’Église catholique, n’a pas favorisé l’émergence d’institutions incarnant une synodalité réelle, notamment entre les évêques et donc les Églises locales dont ils ont la charge. Ce qui aurait pu aller en ce sens a, après le concile, été délibérément freiné par plusieurs initiatives en provenance de Rome. Il est vrai que le concile lui-même, en promouvant une vision de la « collégialité » en termes de collège épiscopal succédant au collège des apôtres, en est resté à une perspective universaliste. Une autre relecture des origines chrétiennes permettrait de fonder une véritable ecclésiologie de communion des Églises.

Théologie et manifestations de la synodalité : un défi permanent pour l’Église

Depuis ses origines, l’Église a vécu et s’est structurée de manière synodale, comme le montre l’expérience du premier millénaire. La doctrine russe de la sobornost a rappelé la dimension organique et synodale de la vie ecclésiale. L’ecclésiologie eucharistique permet de comprendre que cette synodalité fait partie de la nature de l’Église, s’enracinant dans le mystère de la Sainte Trinité. En outre, la synodalité va toujours de pair avec la primauté et réciproquement, à tous les niveaux de la vie ecclésiale : locale, régionale et universelle.

La tradition des synodes luthériens et réformés

La synodalité est une caractéristique essentielle de l’organisation institutionnelle et de l’exercice de l’autorité dans les Églises marquées par la Réforme du XVIe siècle. L’article, partant de l’héritage historique, considère les choix théologiques fondamentaux puis les modes de synodalité aujourd’hui mis en oeuvre dans les Églises luthériennes et réformées et le défi oecuménique qu’elles doivent relever. En théologie réformatrice l’enjeu n’est pas l’Église en tant que telle. Aux synodes de veiller à ce que cette mission soit remplie et de contribuer à doter l’Église des atouts qui lui sont nécessaires.

Au-delà de 2017

La commémoration des origines de la Réforme en l’année 2017 est un jalon sur un itinéraire en vue de la pleine communion. Le dialogue luthéro-catholique a déjà permis d’atteindre un consensus sur des questions fondamentales et doit trouver là un élan pour franchir de nouveaux pas. Encore faut-il persévérer dans une expérience proprement spirituelle de réconciliation et de guérison, par-delà les blessures héritées du passé. Le dialogue doit aussi se poursuivre sur le plan doctrinal ; l’article montre comment il serait possible d’aller de l’avant sur des questions controversées, comme celles de la succession apostolique et du ministère de communion dans l’Église universelle.

Sensus fidei fidelium. Enjeux d’avenir d’une notion classique

S’il est une notion qui, à notre époque, fait un retour dans le discours ecclésial et intéresse les théologiens, c’est le sensus fidei fidelium. Est-ce pour répondre à l’air du temps citoyen ou bien pour s’interroger, dans une situation de non évidence de la proposition chrétienne, sur la « boussole » interne qui permet de la maintenir vivante ? L’article répond à cette question en situant le sensus fidei fidelium dans l’ « architecture » relationnelle, toute en tensions, de la tradition ; il analyse ensuite les mutations historiques, intervenues au sein de celle-ci, et s’ouvre ainsi sur les potentialités d’avenir que contient cette notion, au moment historique qui est le nôtre.

Sensus fidei et vision de l’Église chez le pape François

Le thème du sensus fidei, relativement discret chez le pape François, semble cependant occuper un emplacement stratégique. Il prend tout son sens dans le contexte de la « théologie du peuple », développée notamment par les théologiens argentins dans la foulée de Lumen gentium et d’Evangelii nuntiandi, qui informe le document d’Aparecida et est reçue par le pape. Celui-ci insère le sensus fidei dans un ensemble de réalités (expression des fidèles, synodalité, rôle des Églises particulières…) qui peut seul le rendre opératoire. La question est posée de la transposition aux Églises des sociétés dites occidentales d’une théologie née dans un contexte social et ecclésial différent.

« Thèse » doctrinale et « hypothèse » pastorale. Essai sur la dialectique historique du catholicisme à l’époque contemporaine

À l’occasion de la tenue à Rome du synode sur la famille, la question du changement doctrinal et pastoral dans l’Église est ramenée sur le devant de la scène religieuse et politique. L’historien du catholicisme peut relever par exemple, la quasi disparition de certains problèmes, la norme demeurant intacte en théorie. À travers cet article, on voit ainsi s’esquisser les grandes lignes d’une sorte de schéma global d’adaptation catholique à la modernité fondé sur l’observation comparée d’un certain nombre de dossiers. Entre « thèse » et « hypothèse » , la dialectique historique du catholicisme a tendance, depuis la fin du XVIIIe siècle, a évoluer entre « acclimatation forcée » et « adaptation délibérée ».