Note sur quatre ambiguïtés du pardon

Cet article entend déployer quatre ambiguïtés du pardon propres à en fragiliser le concept et à inspirer une certaine réserve devant son invocation tous azimuts. Le pardon répète d’abord le caractère contradictoire du temps, selon lequel tout est déjà passé et rien pourtant jamais ne passe (I). D’autre part, il semble exiger à la fois l’effacement et l’approfondissement du mal accompli, se donnant alors soit comme événement soit comme processus (II). Ensuite, il complique l’alternative souvent caricaturale entre la justice et la grâce et exige que la seconde affleure à partir de la première (III). Enfin, il tend à configurer une relation entre offenseur et offensé dans laquelle se rejoue ou s’inverse la relation de domination à laquelle il est censé mettre un terme (IV). – Ces quatre ambiguïtés interdisent tout moralisme du pardon.

ÉVÉNEMENT ET TRANSCENDANCE

L’article discute la thèse d’après laquelle l’insistance sur le caractère événementiel de tout ce qui est, est la clé des développements les plus récents de la phénoménologie française. L’auteur distingue et explique trois concepts différents d’événement sous-jacents aux discours ontologique, sémiotique et théologique, explicitant le caractère événementiel de l’être, du sens et de l’existence. Aucun de ces concepts ne se laisse réduire à un ou aux deux autres. Les discours philosophiques et théologiques sur l’événement obéissent à des grammaires différentes.

CE QUE L’ÉVÉNEMENT DONNE À PENSER

Penser l’événement nous confronte à une tâche analogue à celle que Paul Ricœur affrontait dans son célèbre article : « Le symbole donne à penser ». Ce qu’il s’agit d’articuler, c’est une pensée donnée à elle-même par autre chose qu’elle et une pensée pensante et posante. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on assiste à une montée en puissance des pensées de l’événement, dont l’article restitue quelques maillons essentiels en référence aux travaux de D. Davidson, J.-L. Marion, C. Romano, M. Heidegger et A. Badiou. Les distinctions linguistiques qui permettent de cerner l’empire varié des événements doivent, tôt au tard, laisser place à l’analyse de la phénoménalité propre aux événements, ce qui nous oblige à scruter leur statut ontologique.

Événement, événementialité, traces

Cet article revisite un certain nombre de textes traitant du prétendu « retour de l’événement », annoncé au début des années 70. Il le fait depuis un point de vue : celui de l’histoire des écrits à l’époque moderne. C’est pourquoi il insiste sur le rapport entre perception, construction, transmission de l’événement et historicité de ses traces.

L’événement contesté

Maître dans l’art du raconter, l’auteur à Théophile se propose, dans la préface à son diptyque Luc-Actes, de composer une diégèse des « événements accomplis parmi nous » (cf. Lc 1, 1-4). Un récit à la fois catéchétique et apologétique dont le lecteur attend qu’il rende compte des hauts-faits de l’histoire sainte advenus au cours des deux premières générations chrétiennes : l’avènement du salut dans la venue du Messie davidique ainsi que son extension à l’humanité entière à la faveur du témoignage apostolique. Si ces deux facettes des πράγματα, respectivement de l’ἔργον, réalisé(s) par Dieu figurent en bonne place dans la chronique lucanienne des origines chrétiennes, elles côtoient en même temps une dimension aussi inattendue que paradoxale : la contestation de cet événement salutaire. C’est cette composante méconnue, mais constitutive du récit fondateur de Luc que l’article se propose de mettre au jour et d’explorer.

Repenser l’événement – sous un angle théologique

Conçu comme un essai, le présent article se donne pour tâche de relire les débats qui ont animé la réflexion sur la catégorie d’événement dans l’histoire récente de la théologie, notamment protestante. Il tente d’en dégager des perspectives pour une reprise actuelle de la catégorie. À partir des travaux herméneutiques d’Ebeling et de Ricœur, il s’inspire de la notion d’événement de parole pour libérer l’événement d’une pure et simple ponctualité, qu’on lui a toujours reprochée, et y découvrir une dimension de procès, susceptible d’être explicitée par la pragmatique de la communication.

À PROPOS du premier numéro de 2014 « Repenser l’événement »

À lire le prologue de l’évangile de Luc (Lc 1,1), on se convainc aisément de ce que les « événements » sont l’élément le plus propre des Écritures juives et chrétiennes et ce qui les a suscitées. Ils sont pourtant restés, des siècles durant, dans l’oubli, recouverts par la Parole ou intégrés d’emblée dans une conception du  monde qui ne connaît pas d’événements nouveaux mais des actualisations de possibilités prévues ou annoncées. Or, le XXe siècle a vu subitement émerger les événements ; et au singulier, sous la forme du lexique, plutôt luthérien, d’« événement-Parole » (Wortereignis), ou sous la forme d’« événement-Christ » (Christusereignis), de coloration plutôt catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution Dei verbum, a pour sa part insisté sur le lien intrinsèque entre « événements et paroles », tout en réactivant le singulier patristique de l’« économie de la révélation », et non sans courir le risque que ce qui était perçu de manière nouvelle soit ici rabattu sur du déjà connu. Cinq auteurs ont accepté de relever le