Éditorial (103/4)

Comme de coutume, les RSR publient tous les deux ans un numéro de Varia, afin d’accueillir quelques-uns des articles envoyés à la Rédaction, soit par de jeunes chercheurs, soit pour approche d’une question d’actualité. Ainsi notre Conseil de rédaction s’était-il interrogé en janvier dernier, après les attentats de Paris, sur les nombreuses pages des Écrits fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam où la violence s’étale, que celle-ci soit le fait des croyants ou de Dieu Lui-même : épisodes violents, appels à la violence ou oracles la justifiant, prières de vengeance ou d’exécration, décrets d’exclusion ou anathèmes, etc. Les événements récents ne donnent que plus d’urgence à cette interrogation. Les religions qui se réclament de ces écrits sont tôt ou tard confrontées à la question de savoir que faire de ces pages qu’elles ne peuvent évacuer purement et simplement en raison de leur reconnaissance « canonique ». À côté de lectures littéralistes, souvent fondamentalistes, générant ou appuyant des comportements fanatiques individuels ou collectifs,

Bulletin de sociologie des religions (103/4)

Ce bulletin de sociologie religieuse est le premier à paraître dans les RSR. Nous prendrons en considération essentiellement les livres parus depuis 2010 tout en en signalant quelques-uns antérieurs de quelques années mais dont l’importance et l’actualité méritent encore mention. Étant donné le très grand nombre de publications en ce domaine, même en s’en tenant aux 5 dernières années, on privilégiera des recensions courtes, donnant les informations essentielles sur le contenu des ouvrages. On ne reviendra pas sur quelques publications qui mériteraient leur inscription dans cette rubrique mais qui ont été recensées antérieurement dans cette même revue : Sébastien Fath, Dieu XXL. La révolution des megachurches, « Frontières », Éditions Autrement, Paris, 2008, 194 pages (Jean-François Chiron, RSR 2010, tome 98/3, p. 457-458) ; Julien Ries, Symbole, mythe et rite. Constances du sacré, « Patrimoines, Histoire des religions, Éd. du Cerf, Paris, 2012, 696 p. et Camille Tarot, Le symbolique et le sacré. Théories de la religion, « Textes à l’appui/Bibliothèque du MAUSS, La Découverte, Paris, 2008, 911 p.

Bulletin de théologie des religions (103/4)

I. Théologie chrétienne et pluralité religieuse 1. Garrigues Jean-Michel, Le peuple de la première Alliance. Approches chrétiennes du mystère d’Israël, « Théologies », Éd. du Cerf, Paris, 2011, 276 p. 2. Hurtado Manuel, A Encarnação. Debate cristologico na teologia cristã das religiões, Paulinas Eds., Sao Paolo, 2012, 198 pages 3. Barnes Michael, sj, Interreligious Learning. Dialogue, Spirituality and the Christian Imagination, Cambridge University Press, Cambridge, 2012, 306 p. 4. Younès Michel, Pour une théologie chrétienne des religions, DDB, Paris, 2012. II. Théologie chrétienne et rencontres interreligieuses 5. Borrmans Maurice, Dialoguer avec les musulmans. Une cause perdue ou une cause à gagner ?, « Questions disputées », Téqui Éd., Paris, 2011, 325 p. 6. Massein Pierre, Dom, Dufief Véronique, Un moine chrétien rencontre des moines bouddhistes, « Visages », L’Échelle de Jacob, Dijon, 2012, 190 p. 7. Daou Fadi, Tabbara Nayla, L’hospitalité divine. L’autre dans le dialogue des théologies chrétienne et musulmane, « Colloquium salutis. ESTR » 1.2, LIT Verlag, Münster, 2013, 192 p. 8. Mooren Thomas, Wenn Religionen sich begegnen. Glauben und anders

« Jusqu’à ce que s’ouvre une voie… » À propos du dernier ouvrage de Joseph Moingt, Croire au Dieu qui vient

Les lecteurs du Père Joseph Moingt auraient pu s’attendre à une ultime synthèse de sa pensée, or ce nouveau volume, Croire au Dieu qui vient, offre bien autre chose. Cet ouvrage suppose un fort engagement personnel de théologien partageant toutefois la difficulté de beaucoup de chrétiens d’aujourd’hui de réconcilier l’enseignement de l’Église à leurs interrogations à son endroit. C’est une passion qui traverse cet ouvrage, passion ténue parce que portée à la fois par un élan irrésistible vers l’avenir et une patience intellectuelle non moins invincible. Entre foi « établie » et raison « éclairée », un long chemin de réconciliation s’ouvre pour l’auteur et son lecteur.

« Thèse » doctrinale et « hypothèse » pastorale. Essai sur la dialectique historique du catholicisme à l’époque contemporaine

À l’occasion de la tenue à Rome du synode sur la famille, la question du changement doctrinal et pastoral dans l’Église est ramenée sur le devant de la scène religieuse et politique. L’historien du catholicisme peut relever par exemple, la quasi disparition de certains problèmes, la norme demeurant intacte en théorie. À travers cet article, on voit ainsi s’esquisser les grandes lignes d’une sorte de schéma global d’adaptation catholique à la modernité fondé sur l’observation comparée d’un certain nombre de dossiers. Entre « thèse » et « hypothèse » , la dialectique historique du catholicisme a tendance, depuis la fin du XVIIIe siècle, a évoluer entre « acclimatation forcée » et « adaptation délibérée ».

L’ajournement de la fin. La temporalité de la vérité dans l’Apologiticus et le De prescriptione haeriticorum de Tertullien

À quelle réalité saint Paul fait-il référence dans le passage de la seconde épître aux Thessaloniciens (2 Th 3, 6-7) lorsqu’il parle d’un pouvoir rétentif (to kathekon) ? L’article vise, non pas la dimension politique de ce pouvoir, mais les deux aspects impliqués par le passage de la seconde lettre aux Thessaloniciens : celui de l’apostasie et celui du rôle du temps. En opérant un rapprochement entre l’Apologeticus et le De prescriptione haereticorum de Tertullien, ainsi que l’interprétation newmanienne du développement, l’auteur montre comment le concept de kathekon commande directement la question de la temporalité de la vérité dans la facticité de la vie et du savoir dans le christianisme.

Bible et violence : quelles dialectiques ?

La Bible entretient avec la violence des relations complexes, d’ordre dialectique. En relisant quelques textes en fonction de leur teneur cathartique, et selon le principe exégétique et herméneutique de l’analogie de la foi, nous pouvons les comprendre comme une entreprise de déconstruction et de délégitimation de la violence. Le processus qui met en œuvre diverses stratégies littéraires semble être une condition requise pour proposer une éthique et une spiritualité de la non-violence.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.