Bulletin de judaïsme ancien (2) nouvelles perspectives sur l’histoire de la dynastie hasmonéenne (104/1 – 2016)

La période de la dynastie hasmonéenne, depuis la révolte dite des Maccabées jusqu’à la prise de Jérusalem par Pompée en 63 av. n. è., revêt une importance cruciale dans l’histoire du judaïsme, car elle représente la dernière période d’autonomie politique juive (ou judéenne) sur la terre d’Israël avant le XXe siècle. Dans son Histoire des Juifs publiée au XIXe siècle, le célèbre historien juif allemand Heinrich Grätz voyait en elle le moment le plus passionnant de l’histoire juive. Or depuis les années 1980, si l’on excepte de rares commentaires du Premier et du Deuxième Livres des Maccabées, peu de travaux d’importance avaient été consacrés à cette période, jusqu’à la publication simultanée de plusieurs monographies en 2013 et 2014, qui témoignent d’un renouvellement des approches, au croisement de l’histoire, de l’archéologie, de la numismatique et de l’exégèse. Ces travaux sont traversés par la question récurrente du rôle joué par les modèles politiques hellénistiques dans l’évolution de la dynastie hasmonéenne, une question

Bulletin d’histoire de l’exégèse (104/1 – 2016)

Qu’est-ce que l’histoire de l’exégèse ? Si la question vaut d’abord pour elle-même du fait qu’on s’interroge depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires, sur l’histoire – et l’historiographie – en général, elle peut aussi relever d’une pertinence particulière à un moment donné et dans un cadre particulier. C’est dans ces deux derniers cas que nous nous situons et qu’une telle question surgit pour ce Bulletin en fonction de la diversité, voire de l’étroite précision de tel ou tel ouvrage, mais touchant directement ou indirectement, et de façon significative, à la spécialisation de ce Bulletin. Tant qu’il s’agit d’œuvres explicitement et quasi totalement liées à la Bible, les choses vont de soi, même s’il nous a fallu, dans l’un ou l’autre cas, faire le départ entre ce qui relevait de la recherche pure et ce qui relevait d’une certaine vulgarisation. Si, dans ce dernier cas, nous avons retenu des ouvrages, c’est que non seulement ils étaient assurés par des spécialistes en

La divinisation de l’être. Le différend Blondel (1861-1949) – Laberthonnière (1860-1932)

La relation épistolaire entre Maurice Blondel et Lucien Laberthonnière est la scène d’un débat soutenu autour de la destinée de l’être. Elle soulèvera des antagonismes irréductibles entre les auteurs menant à la rupture totale de leur correspondance en mars 1932 après près de quarante ans d’échanges quotidiens. Cette déchirure intellectuelle et humaine est éclairée sous l’angle du réel comme voie sotériologique. Dans un souci commun de la métaphysique, Blondel et Laberthonnière associent la question du réel à celle du salut, mais ils ne déclinent pas de la même manière les conditions de divinisation de l’homme à partir d’une « ontologie concrète » ou d’une « métaphysique de la charité ».

Devant et avec Dieu, vivre sans Dieu : une théologie du quotidien

La réflexion de Michel de Certeau, tant sur la mystique des XVIe et XVIIe siècles, sur la société des années 70-80, que sur l’être disciples aujourd’hui, met en évidence que nous manquons de l’autre : sans lui nous ne pouvons vivre et nous ne pouvons que le recevoir. Dieu lui-même s’offre mais disparaît derrière les frères, les pauvres d’abord, pour qu’ils soient honorés à sa place ; cela semble la seule solution pour qu’enfin ils soient respectés. Loin d’être dispensée de rendre grâce, la vie croyante au contraire, se fait reconnaissance. Dieu est confessé comme gratuité, grâce, don, non que Dieu agirait, mais que la Providence dans un monde sans Dieu signifie pour le croyant comprendre et mener sa vie en réponse. La théologie du quotidien que l’on développe à partir des réflexions de Certeau, repère le sens de la pratique évangélique quand, ainsi que disait D. Bonhoeffer, « devant et avec Dieu, nous vivons sans Dieu ».

Michel de Certeau et la question du langage

La question du langage permet de traverser l’ensemble de l’œuvre. Très tôt, la tradition mystique est apparue à Certeau comme une écriture particulière, un langage dont il importait de préciser les caractéristiques. Ce faisant, il arrachait la spiritualité aux débats théologiques insolubles où elle s’était laissé enfermer. Il rencontrait en même temps les questions radicales que pose à la philosophie et à la théologie la prise au sérieux du fonctionnement du langage, depuis la crise nominaliste jusqu’à Wittgenstein et Derrida. Ainsi se sont forgées peu à peu, à distance de tout esprit de système, linguistique ou philosophique, sa pensée de l’Altérité et sa manière singulière d’investir et d’interroger les sciences sociales et les pratiques culturelles. Ainsi peut aussi se comprendre son « style » : art d’écrire (tout en litote et suggestion), art de penser (hors système, au risque d’exaspérer les docteurs), art d’exister (tout en réserve et en pudeur). Comme la sentinelle au seuil de la Loi dans Le Procès de Kafka, Certeau

La mystique : une histoire au présent

Le présent article se propose d’analyser le projet de La Fable mystique en tant que démarche historienne. En l’abordant sous cet angle, nous souhaitons mettre en évidence le style singulier de Michel de Certeau. Trente ans après le premier tome, la publication de La Fable mystique II continue un itinéraire : les mêmes intuitions se trouvent étayées, des contenus déjà annoncés y sont élaborés. En prenant en considération les deux volumes, cet article met en lumière une préoccupation centrale de Michel de Certeau, celle de ne pas séparer les recherches sur la mystique du présent de celui qui l’étudie. Il cherche ainsi à saisir la relation établie entre l’historien, son objet et son présent. La mystique, science éphémère aux XVIe et XVIIe siècles, objet historique étrange qui noue l’expérience au langage, se fait et se défait sous la plume de Michel de Certeau. Elle finit par ne plus avoir de lieu propre, fixé d’avance dans un périmètre littéraire déterminé. Le discours

Éditorial (104/2)

Sens de la foi, sens des fidèles Délicat sujet que ce thème du « sens de la foi » des fidèles (sensus fidei fidelium), aussi traditionnel soit-il dans l’Église ! Évoqué à Vatican II (cf. notamment Lumen gentium, 12), il a fait en 2014 l’objet d’un document de la Commission théologique internationale (CTI). Plus récemment, dans le contexte des deux synodes sur la famille (en 2014 et 2015), l’exhortation apostolique Evangelii gaudium (EG) du pape François, invitait à reprendre à frais nouveaux un tel sujet. Pareille invitation soulève un certain nombre de questions théologiques de fond, qui ne sont pas sans incidences sur la façon dont se conçoit la vie en Église. Il y a tout d’abord le recours souvent fait à ce « sens de la foi » des fidèles dans un contexte apologétique : soit pour justifier une position théologique déjà fixée dans l’Église, soit, au contraire, pour soutenir une évolution sinon doctrinale ou tout au moins pastorale, notamment dans le champ éthique. Dans les deux

Éditorial (103/4)

Comme de coutume, les RSR publient tous les deux ans un numéro de Varia, afin d’accueillir quelques-uns des articles envoyés à la Rédaction, soit par de jeunes chercheurs, soit pour approche d’une question d’actualité. Ainsi notre Conseil de rédaction s’était-il interrogé en janvier dernier, après les attentats de Paris, sur les nombreuses pages des Écrits fondateurs du judaïsme, du christianisme et de l’islam où la violence s’étale, que celle-ci soit le fait des croyants ou de Dieu Lui-même : épisodes violents, appels à la violence ou oracles la justifiant, prières de vengeance ou d’exécration, décrets d’exclusion ou anathèmes, etc. Les événements récents ne donnent que plus d’urgence à cette interrogation. Les religions qui se réclament de ces écrits sont tôt ou tard confrontées à la question de savoir que faire de ces pages qu’elles ne peuvent évacuer purement et simplement en raison de leur reconnaissance « canonique ». À côté de lectures littéralistes, souvent fondamentalistes, générant ou appuyant des comportements fanatiques individuels ou collectifs,

Bulletin de sociologie des religions (103/4)

Ce bulletin de sociologie religieuse est le premier à paraître dans les RSR. Nous prendrons en considération essentiellement les livres parus depuis 2010 tout en en signalant quelques-uns antérieurs de quelques années mais dont l’importance et l’actualité méritent encore mention. Étant donné le très grand nombre de publications en ce domaine, même en s’en tenant aux 5 dernières années, on privilégiera des recensions courtes, donnant les informations essentielles sur le contenu des ouvrages. On ne reviendra pas sur quelques publications qui mériteraient leur inscription dans cette rubrique mais qui ont été recensées antérieurement dans cette même revue : Sébastien Fath, Dieu XXL. La révolution des megachurches, « Frontières », Éditions Autrement, Paris, 2008, 194 pages (Jean-François Chiron, RSR 2010, tome 98/3, p. 457-458) ; Julien Ries, Symbole, mythe et rite. Constances du sacré, « Patrimoines, Histoire des religions, Éd. du Cerf, Paris, 2012, 696 p. et Camille Tarot, Le symbolique et le sacré. Théories de la religion, « Textes à l’appui/Bibliothèque du MAUSS, La Découverte, Paris, 2008, 911 p.