Le principe « pour »

Questionner Jésus de Nazareth, l’oeuvre pour le moment bipartite de Benoît XVI-Joseph Ratzinger, c’est aussi chercher à identifier le genre littéraire de cet objet théologique dont l’auteur doit assumer à la fois le théologienqu’il reste, toujours sujet et objet de critique, et le pape qu’il est devenu, en charge du magistère doctrinal dans l’Église catholique. S’il y a bien une différence entre les deux, que Benoît XVI affirme savoir distinguer, il y a également une unité profonde de l’auteur, qui est aussi celle du Jésus qu’il veut présenter. Le narrateur se met sur le chemin de Celui dont il veut déployer toute la puissance d’être et, ce faisant, avoue ce qu’il doit au Seigneur de Guardini. Le genre littéraire du Jésus de Nazareth de Benoît XVI se présente alors comme une apologie évangélique narrative, raisonnée, de Jésus de Nazareth, Christ et Seigneur. En filigrane, l’auteur raconte aussi son histoire, celle d’une relation profonde au Christ qui l’a fait devenir le

Remarques sur quelques remarques

Dans le numéro 98/1 (2011) des RSR, la revue avait consacré un dossier au thème « Philosopher en théologie », et, dans ce cadre, porté une particulière attention à certaines des thèses que, sur cette frontière, le travail de l’auteur permettrait d’avancer. L’article présent offre une réponse à certaines des objections alors formulées. Il voudrait par là dissiper quelques mécompréhensions, en apportant des précisions sur trois points que les auteurs du numéro 98/1 (2011) discutaient : la question du transcendantal, celle de la distinction des théologies et enfin les questions conjointes de la passivité, de l’urgence et de l’herméneutique.

L’herméneutique de Vatican II. Réflexions sur la face cachée d’un débat

En 2003, trois universités francophones joignaient leurs forces pour conduire un projet de recherche sur l’herméneutique théologique de Vatican II . La création de ce groupe interuniversitaire reposait sur la conviction que l’avenir du catholicisme se joue notamment sur l’interprétation que l’on va donner au concile. L’objectif n’était pas de définir et de promouvoir une position ni de faire école dans le domaine. Le projet reposait d’abord sur un constat : celui d’un déplacement de la recherche sur le terrain de l’herméneutique du concile. allant de paire avec une utilisation de cette dernière comme arme par ceux qui s’opposaient au concile. Plus fondamentalement, c’est la notion de tradition et de développement de la doctrine qui se trouvent en jeu dans le débat. L’étude de l’herméneutique du concile doit donc aujourd’hui conduire les théologiens à un travail en profondeur sur ces questions.

La pensée franciscaine médiévale. Un seuil majeur de la modernité ?

Cette étude examine l’émergence de la voie moderne à partir de la pensée médiévale qui élabore une nouvelle conception de la rationalité comme liberté (dans la lignée scotiste) et une nouvelle optique touchant les relations entre l’être et le langage (dans la lignée du terminisme occamiste). Non seulement la volonté libre serait rationnelle, mais plus rationnelle que l’activité intellectuelle qui reste trop fascinée par le modèle de la nécessité ou par le destin naturel. Ce qui suscite une forme d’effroi chez certains esprits conservateurs, et plus encore une tentation d’y porter remède, car ils veulent y voir l’origine du subjectivisme ruineux non seulement pour la portée du discours théologique, mais pour la morale, le droit et la vie sociale et ecclésiale, voire la liturgie.

Eckhart, un précurseur

Le procès d’Eckhart a quelque chose d’unique dans l’histoire de la pensée. Qu’un maître en théologie, professeur extraordinaire à l’Université de Paris, dominicain de surcroît et, en outre, numéro deux de son Ordre, ait été suspecté et ait fait l’objet d’un procès, sur la demande d’autres dominicains, est une première. Si ce procès a été intenté contre Eckhart, c’est pour une part en raison de l’expérience mystique qu’il a eue très jeune et qui l’a amené à préconiser une réforme en profondeur, à repenser les catégories de son époque, à opter pour le paradoxe et pour le langage des mystiques, à être en avance sur son temps et, finalement, à ne pas être compris.

Les chrétiens d’Occident face aux juifs et aux musulmans au Moyen Âge. XIe-XVe siècles

À mesure que la chrétienté occidentale prit conscience de son unité qui reposait fondamentalement sur l’appartenance à l’Église romaine et à la culture latine, elle eut tendance à considérer avec une méfiance croissante ceux qui ne partageaient pas ses croyances et qui utilisaient pour leurs cultes des langues incompréhensibles pour elle comme l’hébreu et l’arabe. Mais, parmi ces derniers, il convient de distinguer entre les minorités religieuses qui vivaient au sein du monde chrétien et les peuples du dehors. Dans le premier cas, il s’agissait essentiellement des juifs, qui bénéficiaient d’un statut particulier ; dans le second, des musulmans et des païens qui constituaient une menace pour l’Occident. De multiples contacts cependant eurent lieu au cours de ces cinq siècles, non sans soubresauts, contresens et polémiques.

L’intérêt du théologien pour le Moyen Âge

Ce qui valait pour la génération de H. de Lubac, Y. Congar ou M.-D. Chenu vaut encore de nos jours : la théologie contemporaine a besoin du Moyen Âge. Non pas comme d’une période dont on prétendrait reproduire telles quelles toutes les orientations ecclésiales ou doctrinales, ni dont le souvenir aurait simplement fonction de justifier, en creux, de nouvelles orientations pour notre propre temps. La théologie a besoin du Moyen Âge pour poursuivre aujourd’hui même son chemin – de tout le Moyen Âge, une époque beaucoup plus vaste et complexe que ce que laissent entendre les représentations habituelles de la chrétienté.

Statut et place de l’Église en compréhension interne et face à la société

Il est aujourd’hui requis de revisiter la question du statut et de la fonction de l’Église et de réfléchir au rapport noué entre le monde et elle, rapport horizontal et qui ne peut se penser hors de l’institutionnel. Le motif de la sacramentalité de l’Église, apporté par la constitution Lumen gentium a ouvert des perspectives qu’il faut interroger. Les débats entre les rédacteurs conciliaires montrent à quel point ce motif fut problématique et peut mettre en cause celui de l’unité par son aspect inclusif. Mais plus positivement, en tant qu’institution intermédiaire, l’Église est lieu de symbolisation de l’humain et de convocation à l’engendrement du sujet. Elle est le lieu où se dit et peut s’opérer un « salut ». « Signe et instrument », elle est occasion, mais, sans occasion, rien ne se passe, rien n’advient.

La raison d’être de l’Église. Les réponses de la tradition paulinienne

Si Paul s’est posé la question « Pourquoi l’Église ? », on ne peut être qu’étonné par le relatif silence des protopauliniennes à ce sujet dont les métaphores ecclésiales montrent une communauté d’abord pensée par rapport à la justification des croyants, dans une dialectique de salut individuel et universel, alors que les deutéropauliniennes abordent la raison d’être de l’Église de manière plus systématique. Cette progression vers une énonciation claire de cette raison d’être s’opère grâce à la catégorie de mystèrion sollicitée par Col et Ep. La double métaphore de l’Église corps et du Christ tête s’impose pour décrire la relation unique existant entre le Christ et l’Église. L’Église fait partie du mystèrion et doit l’annoncer. Elle a pour charge et fonction de faire connaître au monde sa relation unique au Christ. Bienque lointaine dans le temps, la tradition paulienne doit aujourd’hui encore nous provoquer et nous inspirer.