Facticité et Argumentation. Réflexions sur la méthode en théologie fondamentale

La théologie fondamentale a-t-elle vraiment atteint son « identité scientifique » ? Ayant pris la relève de l’apologétique tradiitonnelle, on est en droit d’exiger d’elle une seule méthode qui ordonnerait tout son discours. Grâce à l’apport de L’Action, on sait qu’en déterminant la façon dont la pensée rejoint la réalité comme son objet, la méthode décide de ce qui est pensable. En référence au schéma tripartite (demonstratio religiosa, demonstratio christiana, demonstratio catholica), l’auteur rappelle que Blondel proposait pour le renouvellement de l’apologétique, l’inversion du schéma. Ainsi, l’Église devait-elle devenir le premier objet de la démonstration. Une relecture de L’Action, et notamment du troisième chapitre, permet de saisir la nécessité de ce renversement, ce qui amène l’auteur à conclure que le véritable point de départ du discours ne se trouve pas dans le « il y a quelque chose » du début, mais dans le « C’est » final, dans le fait de l’unique événement du salut.

Apologétique et Dialogue interreligieux

Proposant quelques réflexions suggérées par 1a Lettre de 1896 sur fond de questionnement contemporain (mondialisation des cultures et brassage des croyances), J.-M. Aveline examine d’abord le rapport entre théologie chrétienne et dialogue interreligieux, et l’évolution de la toute récente théologie des religions depuis Vatican II. L’intérêt de la relecture de Blondel dans cette perspective est d’abord de prévenir les facilités, impasses et illusions dans lesquelles la vieille apologétique s’était enferrée, et de donner les conditions d’un véritable dialogue. Pour dépasser les limites d’un pluralisme conçu comme simple juxtaposition tolérante des opinions privées, la reprise de la thématique de la vérité est capitale, en quoi le maître d’Aix s’avère d’autant plus pertinent qu’il permet de poser philosophiquement le problème religieux. Permettant du même coup de tenir avec rigueur la distinction entre immanentisme exclusiviste et transcendance qui procure le salut, Blondel établit de manière féconde la distinction et le rapport entre philosophie et théologie.

Blondel 1913

Le projet d’une apologétique que Blondel concrétise en 1913 dans Comment réaliser l’apologétique intégrale ? s’inscrit dans un contexte culturel français particulièrement riche et, de ce fait, complexe. Il est aussi marqué par un événement particulièrement grave, le décret romain du 5 mai 1913 suspendant les Annales de philosophie chrétienne dirigées par le P. Laberthonnière avec la collaboration de Blondel. L’auteur explicite d’abord le contexte de l’intervention de Blondel en 1913, contexte où les événements littéraires ont une grande part, mais où les incidences politiques marquées d’anticléricalisme, ne sont pas négligeables. C’est dans ce contexte que paraît l’ouvrage de Blondel qui veut montrer que le Catholicisme est un fait qui s’impose inévitablement, le point de vue de l’interlocuteur étant primordial dans ses exigences de raison et la variété de ses objections. Fondamentalement, la tâche de l’apologiste est de répondre aux questions difficiles que se pose l’homme qui pense. L’importance de l’ouvrage de Blondel, qui tient aux prolégomènes qu’il expose, provoquera paradoxalement

Le Phénoménisme dans la Lettre de 1896

Dans la Lettre, Blondel entend étudier le problème religieux en respectant intégralement « les exigences de la pensée contemporaine ». L’auteur s’interroge sur les raisons d’une « restriction méthodique » qui tient à ce que l’étude blondélienne de la religion est rationnelle parce qu’utilisant une méthode d’immanence dont la portée est strictement phénoméniste. Après avoir étudié les deux formes de phénoménisme soutenues à la fin du XIXe siècle, l’une venant du Positivisme, l’autre du Criticisme, celle-ci nourrissant l’objection de Brunschvicg au projet de L’Action, cette contribution analyse les « explications de Blondel » dans sa vive réaction à ses accusateurs, réaction adressée au directeur de la Revue de métaphysique et de morale. S’il s’étonne du silence français en matière d’analyse critique de la religion, à la différence de ce qui se passe dans le monde anglo-saxon parce que sans doute marqué par le Protestantisme, c’est précisément pour y remédier de façon philosophiquement rigoureuse. Sa recension de l’ouvrage de Delbos, sous le titre « L’évolution du Spinozisme », lui permet d’établir la logique

La problématique du Surnaturel dans L’Action et dans la lettre de 1896

Comment l’intention apologétique de Blondel dans L’Action est-elle compatible avec le caractère philosophique de l’œuvre ? Comment éviter le soupçon de préjugé, de pétition de principes ? R. Virgoulay montre comment le projet mis en œuvre dans L’Action et défini dans la Lettre de 1896, ouvrait la philosophie à l’examen du problème religieux par la détermination a priori de la notion de surnaturel. Après avoir exposé « la méthode de L’Action » pour faire passer d’une conviction subjective, d’un témoignage vécu, à une « science », c’est-à-dire à l’exposé qui conjugue nécessité et universalité, il s’attarde sur la cinquième partie de L’Action. Celle-ci, après l’élaboration des quatre autres parties, peut être alors une philosophie de la religion qui porte sur le contenu même du Christianisme, et pour laquelle la notion décisive est celle du surnaturel. Les questions que pose cette notion amènent l’auteur à comparer la problématique blondélienne à celle de Laberthonnière, comparaison qui manifeste la différence entre la démarche théologique de ce dernier et celle, philosophique, de

Henri de Lubac et le devoir de dialogue avec les Incroyants

Une grande partie de l’œuvre de de Lubac est consacrée à la pensée de ceux qui contestent la foi chrétienne. Son étude de l’athéisme en suite de ses recherches sur la relation entre nature et surnaturel dans la vie humaine, l’a. conduit notamment à étudier Proud’hon. La recherche des racines de l’athéisme contemporain lui permet d’aboutir à l’exigence de dialogue avec les athées qui peuvent aussi constituer un aiguillon pour la vérité même des croyants. À la clé de ce dialogue, qui connut ses hésitations, il y a la quête d’un humanisme authentique qui ne soit pas contre l’homme, mais pour l’homme, ce que seule, en définitive, peut garantir la foi au Christ.

Karl Barth, théoricien de la prédication

La « théorie » de la prédication de Barth comme « théologie de la Parole de Dieu » a été remise en question au début des années 60 alors qu’elle était constituée depuis les années 20. Qu’en est-il exactement de cette conception trop peu connue dans son exactitude, en France notamment ? Soucieux de pratique, Barth conçoit d’abord la prédication comme une Theologia viatorum et semble affirmer le caractère divin de la parole de la prédication. Or, la difficulté, voire l’échec, de celle-ci en rappelle le caractère de terrible humanité. Ainsi passe-t-il « d’une attestation indirecte du Christ » dans la prédicaiton de l’église, à une « prédication, service de la parole de Dieu », compte tenu de ce que seul le Christ, en définitive, est Parole de Dieu, et que la charge de prédication appartient à toute la « communauté de témoins ».

Augustin et le scepticisme académicien

Qu’en est-il de la philosophie élaborée par quelqu’un, Augustin, qui finit par rompre avec la philosophie ? Et qu’en est-il du mode de partage entre positions philosophiques et positions religieuses ? L’étude du cas particulier des relations d’Augustin avec le scepticisme académicien permet à la fois de poser ces questions et celles qui leur sont afférentes, et d’y répondre. À partir de l’étude du livre V des Confessions, puis de la présentation de la doctrine académicienne par Cicéron, E. Dubreucq précise ce que furent les relations d’Augustin avec ce scepticisme académicien fait de doute fondamental dans le rapport à la vérité avec, pour risque, le désespoir dont l’auteur des Confessions fit l’expérience. Dans l’itinéraire augustinien, les doctrines académiciennes et néoplatoniciennes ne servent que de temps intermédiaire dans la quête de l’union au Christ auquel elles étaient finalement orientées.

Bible et drogue

Fléau de nos sociétés contemporaines, l’usage de la drogue, des drogues, n’est pas un phénomène absolument nouveau dans l’humanité. La Bible elle-même en traite, à sa façon sans doute, mais qui est d’abord tributaire des modes de pensée et de représentation comme de l’état des connaissances de l’Antiquité et plus particulièrement du Proche-Orient ancien. La pharmacopée autant que des pratiques que nous jugerions aujourd’hui explicitement superstitieuses entrent dans cette recherche et réception des drogues. S’il n’y a pas de traité biblique ni de classification des drogues, du moins psaumes et prophètes notamment font souvent allusion à ces produits qui n’entrent pas directement dans les biens de subsistance immédiate, pour les entendre de façon symbolique. En bref, la Bible est plutôt discrète sur le sujet. Elle n’en permet pas moins d’amorcer une éthique et déontologie, à quoi la consultation du Talmud et de la Mishna apportent une contribution non négligeable.