Édito 101/3 : Penser la différence dans la crise culturelle de l’Europe

C’est à une crise culturelle sans précédent que le christianisme européen se trouve aujourd’hui confronté, et particulièrement dans le champ de l’anthropologie. Jusqu’à une époque récente, les contestations dont il faisait l’objet n’empêchaient pas – du moins de façon générale – un certain consensus de fond : sur les représentations élémentaires de l’être humain, de la différence homme-femme, de la vie en société, ou encore du rapport à la nature. Désormais, nous sommes dans un monde où ces représentations ne vont plus de soi pour un certain nombre de nos contemporains, personnes ou groupes. Ce ne sont pas simplement des « valeurs » traditionnelles qui seraient concurrencées par de nouveaux idéaux. Sont en cause les grandes symboliques qui ont puissamment contribué à façonner la société européenne. Or, ces symboliques sont largement redevables de la tradition judéo-chrétienne et des traditions gréco-romaines (ou plus précisément du travail pluriséculaire que la tradition judéo-chrétienne a opéré sur ces traditions gréco-romaines). Ainsi, des valeurs essentielles à la modernité occidentale étaient elles-mêmes

Editorial 93/2 – 2005

Ouvrir un nouveau Tome des RSR, même si le premier numéro dit une année déjà avancée, c’est toujours proposer un certain renouvellement dans l’espoir qu’il ne sera pas trop prétentieux ou illusoire. Pour cette année 2005 précisément, la marque du renouvellement est d’abord dans la nomination d’un rédacteur en chef adjoint. Ainsi, après accord du Conseil de rédaction, le Provincial des Jésuites de France a nommé Christoph Theobald pour me seconder dans la tâche de rédacteur en chef. Dans la mesure où les lecteurs de la revue connaissent déjà la signature de ce théologien tant pour les articles que pour le Bulletin dont il a la charge, je gage qu’il n’y ait guère d’étonnement en cette nomination. Permettez-moi de vous faire part de ma complète satisfaction pour une collaboration que je désirais depuis un certain temps. Les compétences et qualités personnelles de Christoph Theobald sont mieux que bienvenues, nécessaires, dans le service de la revue dont, j’espère, on ne devrait

Editorial 93/1 – 2005

Ouvrir un nouveau Tome des RSR, même si le premier numéro dit une année déjà avancée, c’est toujours proposer un certain renouvellement dans l’espoir qu’il ne sera pas trop prétentieux ou illusoire. Pour cette année 2005 précisément, la marque du renouvellement est d’abord dans la nomination d’un rédacteur en chef adjoint. Ainsi, après accord du Conseil de rédaction, le Provincial des Jésuites de France a nommé Christoph Theobald pour me seconder dans la tâche de rédacteur en chef. Dans la mesure où les lecteurs de la revue connaissent déjà la signature de ce théologien tant pour les articles que pour le Bulletin dont il a la charge, je gage qu’il n’y ait guère d’étonnement en cette nomination. Permettez-moi de vous faire part de ma complète satisfaction pour une collaboration que je désirais depuis un certain temps. Les compétences et qualités personnelles de Christoph Theobald sont mieux que bienvenues, nécessaires, dans le service de la revue dont, j’espère, on ne devrait

Editorial 91/4 2003

« Autour de Michel de Certeau » Dans son dernier ouvrage, Régimes d’historicité. Présentisme et expérience du temps, (Le Seuil, Paris, 2003), François Hartog, qui n’a jamais caché sa dette envers Michel de Certeau, a une expression caractéristique pour relever une intuition à laquelle il se réfère explicitement au seuil de cet ouvrage : « … Michel de Certeau avait rappelé d’une phrase, comme en passant, que ‘sans doute l’objectivation du passé, depuis trois siècles, avait fait du temps l’impensé d’une discipline qui ne cessait de l’utiliser comme un instrument taxinomique.’ La remarque invitait à la réflexion. Ces pages sont une manière de m’y essayer… » (p. 12 ; c’est nous qui soulignons). Et d’ajouter un peu plus loin : « Historien de l’histoire, entendue comme une forme d’histoire intellectuelle, j’ai peu à peu fait mien le constat de Michel de Certeau. Le temps est devenu à ce point l’ordinaire de l’historien qu’il l’a naturalisé ou instrumentalisé. » (p. 18). Gageons que Michel de Certeau eût été heureux de ce rappel, même

Editorial 91/3 2003

Il est une histoire que le P. Gaston Fessard, jésuite, aimait à raconter. Il en était, non sans humour, le héros. Dans les années soixante du XXe siècle, des théologiens et des philosophes s’étaient réunis pour débattre de l’actualité de S. Thomas d’Aquin. Après la brillante conférence d’ouverture d’un thomiste fameux, selon laquelle cette actualité ne posait nulle question, le P. Fessard demanda au conférencier : « Pourriez-vous nous rappeler les dates de S. Thomas ? » Après hésitation, vint l’évidente réponse : né en 1225, mort en 1274… « Du XIIIe siècle donc, fit le P. Fessard. Eh bien alors, parlons du XIIIe siècle ! » Qu’après ce rappel le P. Fessard s’enfermât dans un certain mutisme devant l’ « oubli » de cette « évidence » importe peu ici. Mais si nous avons rappelé cette anecdote c’est que par delà la discrète ironie des sous-entendus, elle rappelle un débat qui dépasse même l’ « actualité » de S. Thomas : elle dépasse toute affirmation d’actualité dans cette condition qui est la nôtre, celle du temps, de ses contraintes

Editorial 91/2 2003

D’un Colloque l’autre : Du Colloque d’Oxford (8-10 avril 2003) au Colloque des RSR (27-30 juin 2004) En 1984, le troisième centenaire de la naissance de Jean Astruc fut, comme il se devait, célébré par l’Université de Montpellier dont le futur médecin de Louis XV avait été un des plus prestigieux élèves de la Faculté de médecine. Son histoire comme sa très considérable œuvre médicale firent donc l’objet de nombreuses études. Mais pas une communication, pas un article ne fut consacré à ses Conjectures de la Genèse dont l’originalité et la rigueur devaient jusqu’à nos jours commander les études sur le Pentateuque. Certes, on trouve bien, ici ou là, une allusion à son œuvre « apologétique », mais comme témoin de la période plus ou moins sénescente de sa vie… Le colloque qui s’est tenu en avril dernier à Oxford, « Sacred Conjectures. The Context and Legacy of R. Lowth and J. Astruc”, avait saisi la double occasion du 250 e anniversaire de la publication, la

Editorial 91/1 2003

Si le présent numéro qui ouvre le tome 91 des RSR n’est pas principalement constitué par un dossier, il n’en répond pas moins à une des vocations de la revue, permettre à des recherches justement de trouver un lieu de communication, qu’il s’agisse d’un point particulier d’intelligence d’un texte d’Ecriture, comme en témoigne Françoise Laurent de l’Université de Strasbourg, ou qu’il s’agisse de faire entrer en débat un système de réflexion qui a plus directement trait à la théologie ou à la christologie : ainsi apporte sa contribution Gérard Rémy, de l’Université de Metz, à propos du système de pensée de René Girard, bien connu des lecteurs francophones comme des milieux universitaires américains. Ici, comme dans bien d’autres cas, il s’agit de faire percevoir derrière l’apparente banalité d’un propos de sagesse, ou derrière le brio d’une théorie, des enjeux essentiels qui méritent d’être traités comme tels. Pas plus que le pessimisme interrogatif d’un Qohéleth n’est l’apanage de l’exégète, l’optimisme d’un René

Editorial 90/1 2002

Comme il est de tradition Les années du colloque biennal, organisé par les RSR du 23 au 25 juin prochains, ce premier numéro de 2002 présente un dossier introductif aux travaux des participants. Intitulé « Résister au mal. Cultures et théologie devant le problème du mal », son propos est non seulement d’aborder ce problème avec tout ce qu’il implique de difficultés tant pour l’humanité en général que pour le croyant, mais aussi avec les parades que l’homme parvient (parfois) à se donner sinon pour le résoudre, du moins pour continuer à vivre malgré lui. L’évocation de la littérature et du cinéma en deux articles de P Sevez et de M.-O. Padis témoignent, par nature pour ainsi dire, de cette réaction de survie, tant il est vrai qu’on a fait de la poésie après Auschwitz (Paul Celan, Nelly Sachs), même si pour être plus explicite encore il eût fallu faire allusion à la musique (Penderecki ou Pârt, par ex.), à la Peinture (des

Editorial 89/3 2001

L’intitulé du dossier qu’offre ce numéro des RSR paraît relever d’abord de la banalité. Comme écriture précisément, la Bible n’est-elle pas à l’évidence littérature, même si, selon diverses motivations, on la place d’abord sous le signe de l’oralité ? Livres et genres littéraires dans leur diversité disent pourtant et largement que la Bible est bien une littérature, celle d’un peuple et d’une religion qui, dans leur particularité, peuvent s’inscrire, soit historiquement soit esthétiquement, dans le patrimoine de l’humanité. Mais la Bible est surtout reçue comme un livre “ sacré ” qui, à ce titre, répond d’abord non à l’appel du plaisir ou du désir de culture, mais aux besoins et nécessités d’une foi religieuse, qu’elle soit juive ou chrétienne. Qu’elle ait été unifiée puis “ canonisée ” dans le contexte juif, qu’elle ait été “ reçue ” dans le contexte chrétien, les ensembles qui la constituent le sont d’abord et principalement au nom de ces exigences de foi. Dès lors, au service d’une pratique légaliste et d’une