Aux commencements astrologiques de l’apocalyptique juive

Souvent présentée en rupture avec le reste de la Bible hébraïque (ou Ancien Testament) et le Nouveau Testament parce qu’elle est une littérature de crise, l’apocalyptique juive antique s’inscrit aussi dans un continuum intellectuel : elle vise à comprendre et à prolonger la prophétie et la sagesse. Un des moteurs de cette permanence se trouve initialement hors du judaïsme ancien, comme l’attestent les manuscrits de Qumrân 4Q208 et 4Q209. Prodromes du Traité d’astronomie (1 Hénoch 72-82), ils témoignent de l’emprunt de conceptions du temps et de la durée dans l’astronomie, les mathématiques et l’astrologie mésopotamiennes, avant leur intégration à dessein dans l’apocalyptique juive.

La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme

La christologie patristique dans le contexte des débats avec les juifs

Dans quelle mesure la christologie patristique a-t-elle pu alimenter une hostilité de fond entre chrétiens et juifs ? Après avoir rappelé quelques évolutions qui ont marqué la recherche contemporaine sur le sujet, l’article montre quels furent les principaux thèmes des controverses christologiques dans le contexte de l’opposition au judaïsme. Si certains écrits développent incontestablement des thèmes antijudaïques (comme celui de la substitution de l’Église à Israël), le constat de cet « antijudaïsme » ne doit pourtant pas empêcher de percevoir ce qui, originellement, était en cause dans les débats entre chrétiens et juifs, à savoir une décision existentielle sur l’identité même de Jésus. L’article invite à relire de ce point de vue le Dialogue de Justin avec le juif Tryphon, en rendant attentif à la forme même de cet écrit et à son prologue narratif.

L’un et l’autre Peuple de Dieu. Christ, Peuple et Écriture, après la théologie de la substitution

Institut Catholique de Paris – UR « Religion, Culture et Société » – EA 7403 Cet article veut explorer ce que la sortie de la théologie de la substitution, qui valorise la permanence d’Israël, peut avoir comme conséquence pour l’ecclésiologie fondamentale. Partant d’une intuition féconde de Kurt Koch, sur la place des développements de l’exégèse dans l’émergence puis dans la réception de Nostra ætate nº 4, l’article traverse deux documents essentiels de la Commission biblique pontificale (1993 et 2001) en examinant les rapports entre l’Écriture et le peuple de Dieu. L’avant-propos de Joseph Ratzinger à Jésus de Nazareth, paru en 2007, confirme la difficulté à articuler le plan exégétique et le plan ecclésiologique, pour faire droit en même temps à la nouveauté en Jésus-Christ et à la permanence du peuple juif. Il s’agit d’articuler ce que l’exégèse connaît depuis longtemps à propos de l’un et l’autre Testament avec ce que l’ecclésiologie peut encore découvrir en honorant christologiquement les liens dialectiques entre l’un et l’autre peuple

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.

Le dialogue juifs-chrétiens et la question de la terre d’Israël

Au coeur du dialogue avec les juifs qui s’est développé dans les cinquante années qui ont suivi la publication de Nostra Aetate, la question d’une revendication juive de la Terre d’Israël est sans cesse revenue. Quelle est la position de l’Église envers cette revendication juive de la Terre à la lumière de son interprétation dans la Bible ainsi que le développement d’une tradition chrétienne et la recherche constante de la justice et de la paix dans un monde brisé ? Comment le dialogue entre juifs et catholiques dans une nouvelle aire de respect et de coopération s’apparente-il avec le cri de justice des Palestiniens ? Cet article retrace le développement de la pensée de l’Église durant ces cinquante dernières années.

L’actualité de l’élection traitée selon deux perspectives différentes en « écriture dialogale »

Comment faire valoir une question difficile et discutée comme celle de l’élection vue par les deux traditions juive et chrétienne, et comment montrer ce qu’un tel échange peut provoquer comme questionnement chez chacun des interlocuteurs sur sa propre position ? Les deux auteurs ont choisi le dialogue comme façon la plus adéquate d’honorer cette question et nous livrent ici leurs échanges qui dévoilent des convergences de vues, mais exprimées de manières différentes : joie et espérance dans cet échange.

Le « modèle » et les « faits » : Daniel Boyarin théoricien de la partition entre christianisme et judaïsme

Cet article se propose d’analyser les travaux que le savant américain Daniel Boyarin a consacrés aux relations entre Juifs et chrétiens pendant l’Antiquité tardive. Selon l’hypothèse de Boyarin avant la christianisation de l’empire romain à la fin du IVe siècle, judaïsme et christianisme n’auraient pas formé des entités autonomes, avec des caractères distincts et une identité définie, mais ils auraient fait partie d’un système unique de circulation à l’intérieur duquel des éléments discursifs pouvaient se déplacer d’un groupe à l’autre et traverser les frontières. Dans cet article, l’auteur cherche non seulement à présenter la pensée de Boyarin et ses développements, mais aussi à les situer dans leur contexte historique, culturel et académique.

Des textes et des événements. Bilan de cinquante années de réception de Nostra Aetate § 4

La réception de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate § 4 s’est faite par deux canaux : des textes qui l’interprètent et des événements qui incarnent le changement de regard de l’Église sur les juifs. L’article fournit un résumé des principales publications du Magistère suite à Nostra Aetate § 4 et montre en quoi des événements ont permis la diffusion de l’esprit de Nostra Aetate parmi les fidèles. Il s’interroge sur l’avenir de la fécondité de la Déclaration, alors qu’on n’est qu’au seuil de cette ère de réconciliation.