Ministère épiscopal et presbytéral en perspective

Des théologiens tels Moingt, Kehl, Küng, Rahner ou Schillebeeckx, se sont intéressés à plusieurs reprises au ministère ordonné, offrant des contributions qui peuvent stimuler, encore aujourd’hui, une réflexion sur le ministère épiscopal et presbytéral en perspective. En les relisant de manière critique et sur la base de cet intérêt, cet essai propose de revisiter le concept de présidence, la réforme des paroisses et des nouveaux styles de communauté, une redéfinition plus précise des tâches du diaconat, une avancée théologique sur l’épiscopat et le presbytérat, des éléments de réflexion concernant le processus de formation des presbytres et le débat autour de la question des viri probati et de l’accès des femmes au ministère.

Ce que la liturgie donne à voir des ministères

Le contexte actuel de crise sanitaire mondiale et de crise des abus dans l’Église invite les théologiens à renouveler leurs approches. Ceci vaut pour la question des ministères en liturgie. Parce que les célébrations « donnent à voir » ce que les discours peuvent omettre de considérer, voire ce que l’on peut parfois chercher à occulter, la liturgie est en quelque sorte le miroir des impensés en matière ecclésiologique, ces présupposés qui suscitent des réactions spontanées au changement ou qui soutiennent des évidences ou des habitudes non critiquées. En relisant certains aspects de l’héritage du dernier Concile, l’article s’attache à mettre en lumière les apories que créent les décalages entre les discours et les pratiques.

Explorations anthropologiques autour du célibat des prêtres

Après un succinct rappel historique concernant la discipline du célibat sacerdotal, l’article propose une relecture critique des arguments apportés comme raisons de convenance pour ce choix, en montrant en quoi ils posent question aujourd’hui. La recherche s’ouvre ensuite en trois directions, imbriquées entre elles : une réinterprétation des éléments à l’appui de la discipline du célibat des prêtres, associée aux indications pour l’assumer de façon viable ; une exploration du lien positif qui peut subsister entre le mariage et la prêtrise ; un cadrage et une réflexion sur la question des viri probati.

Le « sacerdoce » dans le discours catholique avant Vatican II

Le discours catholique sur le sacerdoce ministériel avant Vatican II peut être étudié à partir des textes pontificaux de la première moitié du XXe siècle et d’une lettre pastorale du cardinal Suhard. Ces documents représentent les états ultimes d’une tradition qui fait du prêtre un homme séparé du peuple, médiateur entre Dieu et les hommes, dans une perspective christologique qui finit par définir son sacerdoce comme participation au sacerdoce du Christ. La prise de conscience, dans les décennies précédant le concile, de la nécessité d’un rôle « missionnaire » conduisit à vouloir faire du prêtre, homme séparé, un homme immergé dans le monde qu’il doit évangéliser. Il n’est pas sûr que le recours, alors renforcé, à la thématique de la médiation sacerdotale ait suffi à honorer un programme aussi ambitieux, sinon contradictoire.

Ordonner des pasteurs

Les déséquilibres doctrinaux de la théologie courante de l’ordination aggravent la crise actuelle du clergé. Selon la Tradition, les pasteurs étaient situés dans leur Église et en vis-à-vis d’elle. Actuellement, prêtres et évêques sont surtout envoyés à leur Église, après une ordination qui les fait personnellement prêtres ou évêques, et en second lieu pasteurs d’une Église, après coup. Cet accent sur la personne individuelle des ministres (vocation antérieure à l’appel de l’Église ; pouvoirs personnellement possédés ; identification au Christ), grève l’ecclésiologie de communion et met l’accent sur l’Église comme organisation. L’évangélisation bénéficierait du retour aux équilibres traditionnels analysés dans l’article.

Le ministère dans et pour la communauté

Au plan œcuménique, quelles sont les difficultés en théologie du ministère, ordonné plus spécifiquement, au sein et au service de la communauté ? Pour recenser et analyser consensus et divergences, l’étude explore trois types de dialogue particulièrement significatifs : (I) un dialogue multilatéral de Foi et Constitution du COE, le BEM (Baptême, Eucharistie, Ministère, 1982) ; (II) un dialogue bilatéral international de la Commission luthéro-catholique sur L’Apostolicité de l’Église (2006) ; (III) le dialogue bilatéral non officiel du Groupe des Dombes, aboutissant en 1972 à l’accord audacieux Pour une réconciliation des ministères.

Instituer l’ininstituable

La crise des abus sexuels commis par des clercs interroge la cohérence de la théologie catholique des ministères et le risque d’épuisement institutionnel des dons de l’Esprit saint. Le pôle charismatique n’est pas extérieur à l’institution mais il est un rappel intérieur de sa propre vocation et nul ne devrait pouvoir s’en arroger la propriété ni prétendre en épuiser l’infinie diversité. Pour envisager la place des ministères pastoraux dans la communauté, il convient de tenir un paradoxe : ce qui édifie l’autorité dans l’Église est en même temps ce qui la corrige et la décentre d’elle-même. La constitution eschatologique de l’Église implique pour l’autorité une non-disponibilité radicale à la fois de son fondement et de son objet. Une telle perspective vient corriger tout régime d’eschatologie réalisée qui ne prendrait pas en charge l’historicité du rapport de l’Église à son essence.

Pour une théologie de la reconnaissance

Charismes et institution font-ils bon ménage ? Cette contribution cherche réponse en traversant quelques épîtres pauliniennes. D’abord l’épître aux Galates, pour relire les fondements de l’argumentation paulinienne en matière de service. Puis la première aux Corinthiens, pour penser la réalité nouvelle qui règne sur l’organisation de la communauté. Enfin l’épître aux Éphésiens, pour réfléchir avec les successeurs de Paul à la dimension cosmologique de l’œuvre commune des serviteurs. Cette traversée scripturaire met au jour une théologie de la reconnaissance : la reconnaissance des charismes que Dieu a gracieusement prodigués à chacune et chacun en vue de prendre efficacement ses responsabilités de croyant dans le monde.

Ministères et charismes dans les principales traditions chrétiennes

Penser tout « ministère » en Église comme un « charisme », c’est-à-dire comme une réalité donnée par l’Esprit-Saint en vue de l’édification de l’Église, voilà l’un des enjeux importants de la théologie des ministères, aujourd’hui comme hier, à la suite notamment des écrits pauliniens. Cela peut nous conduire à mettre en évidence, avant de nous intéresser à ce qui distingue les laïcs des clercs, le socle commun que représente le sacerdoce (ou le ministère, compris ici au sens de « service ») de tous les fidèles. Malgré tout ce qui sépare encore les protestants des catholiques-romains et des orthodoxes sur les questions qui ont trait aux ministères, d’importantes avancées ont été faites depuis le milieu du 20e siècle sur la dimension « charismatique » des ministères. Le présent article met en lumière certaines de ces avancées, comme aussi certaines spécificités propres à chacun de ces trois traditions ecclésiales.

Les ministères remis sur le métier

Le quadrillage total du territoire associant à chaque espace paroissial un curé touche en France à sa fin, le nombre de prêtres étant aujourd’hui insuffisant pour y faire face. Par ailleurs, les scandales sexuels, qui ont éclaté en 2018-2019, conduisent à la dénonciation du « cléricalisme ». Dans ce contexte, la réflexion sur les ministères, c’est-à-dire sur les acteurs et actrices légitimes pour prendre en charge le travail religieux, est rouverte. Deux principales options semblent considérées.