Nommer les savoirs du religieux : essai sur les enjeux de dénomination au moment moderniste

Il n’allait pas de soi, en 1910, de placer une revue d’érudition catholique sous le vocable de la « science religieuse ». Cette désignation s’inscrit dans un champ de forces, en tension avec d’autres dénominations possibles, chacune étant porteuse d’une conception des rapports entre théologie et sciences historiques et sociales. Les enjeux de ce réseau de possibles sont étudiés ici, dans le contexte très particulier de la crise moderniste, où se pose de façon aiguë la question de l’assimilation du legs méthodologique du XIXe siècle.

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

La divinisation de l’être. Le différend Blondel (1861-1949) – Laberthonnière (1860-1932)

La relation épistolaire entre Maurice Blondel et Lucien Laberthonnière est la scène d’un débat soutenu autour de la destinée de l’être. Elle soulèvera des antagonismes irréductibles entre les auteurs menant à la rupture totale de leur correspondance en mars 1932 après près de quarante ans d’échanges quotidiens. Cette déchirure intellectuelle et humaine est éclairée sous l’angle du réel comme voie sotériologique. Dans un souci commun de la métaphysique, Blondel et Laberthonnière associent la question du réel à celle du salut, mais ils ne déclinent pas de la même manière les conditions de divinisation de l’homme à partir d’une « ontologie concrète » ou d’une « métaphysique de la charité ».

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe siècle. Trois moments d’une histoire intellectuelle de la sécularisation L’expression « savoirs du religieux » désigne à la fois ce que savent ou croient savoir du religieux les sciences et ce que savent ou croient savoir du monde et d’elles-mêmes les religions. Les savoirs du religieux dessinent le lieu d’un écart et d’un échange, dont l’histoire éclairerait le devenir des rapports entre l’intelligence et la foi à l’époque contemporaine. Le propos de l’article s’organise autour de trois « moments » analogues : le « moment moderniste », le « moment progressiste » et le « moment 68 » et pour chacun d’eux, l’auteur retrace le contexte dans lequel on peut le comprendre et quelques-uns des enjeux qui le structurent.