Les mutations sociales en Afrique, un appel à faire de la théologie autrement

La théologie africaine contemporaine, constituée dès son émergence comme « théologie en contexte », a été longtemps dominée par les paradigmes de l’inculturation et de la libération. Après une phase de relative stagnation, accompagnée d’une quête de renouveau théorique et méthodologique, elle fait aujourd’hui face à des transformations socioculturelles inédites qui redéfinissent les modes de vie, d’expression et de compréhension de la foi. Dans ce contexte nouveau, une interrogation majeure s’impose : de quelle manière la théologie africaine peut-elle encore repenser ses méthodes, ses contenus et ses finalités afin de conjuguer fidélité à sa vocation et pertinence innovante pour des sociétés africaines en transformation rapide ?

Faire de la théologie au service d’un christianisme en diaspora

C’est une évidence qui se manifeste dans le célèbre texte de Karl Rahner sur l’Église en diaspora (1954), à savoir le lien, historiquement variable mais en principe chaque fois intrinsèque, entre une situation historico-sociale de l’Église et la désignation correcte du moment présent, d’un côté, et des manières spécifiques de faire de la théologie, de l’autre. Partant de ce constat et tenant compte des évolutions post-conciliaires de la théologie catholique, l’article distinguera et précisera trois tâches de la théologie au sein d’un christianisme diasporique. La toute première est celle que Rahner a entreprise à son époque, à savoir celle de discerner aujourd’hui les « signes des temps » et d’aider ainsi les communautés chrétiennes à comprendre le moment de crise hautement inconfortable qu’elles traversent. Une deuxième tâche consiste alors à penser l’existence chrétienne et sa communalisation ecclésiale, en sa source et en son déploiement minoritaire au sein de nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Ce qui nous conduira, pour finir, à concevoir un type de « formation » élémentaire au

Crise, christianisme et société contemporaine

Une sourde appréhension hante aujourd’hui les consciences : « Le christianisme survivra-t-il à la modernité ? S’il a été un facteur historique de civilisation, sa pertinence est-elle caduque quand cette civilisation se transforme, comme cela est le cas dans le monde contemporain ? De quelles quêtes, de quelles souffrances, les regards portés sur lui, de l’intérieur comme de l’extérieur, sont-ils symptômes ? Quels en sont les dynamismes fondamentaux ? À quelles conversions l’expérience chrétienne est-elle appelée ? Pour baliser des pistes de réponses à ces questions, nous questionnerons ici l’institution culturelle du christianisme, c’est-à-dire les modes selon lesquels, dans son histoire, il a soutenu du sens et se trouve, aujourd’hui, confronté à une conjoncture inédite. Cette institution culturelle comprend davantage que la vie interne et l’action des Églises qui à la fois la débordent et en dépendent. Par christianisme, nous entendons donc saisir les modes variés par lesquels se sont inscrites, historiquement, « des nappes de produit relatives à des systèmes de production » en transactions constantes avec le « monde ».

La mondanisation du salut

La question du salut, individuel et collectif, parce qu’elle est au centre de l’identité morale de nos sociétés sécularisées, n’intéresse plus seulement les religions. La pensée et la politique libérales s’autorisent à se préoccuper du salut de chacun, même contre sa propre volonté. La sociologie permet de comprendre quelle conception du salut est aujourd’hui dominante et quel rapport elle entretient avec les modalités contemporaines du croire : il n’y a pas éclipse de la transcendance et le salut demeure une question d’actualité dans le cadre du pluralisme moral et religieux. Mais quelle place l’Église pourra-t-elle prendre dans cette réflexion largement investie ? Elle ne peut délaisser cette question ni se dérober à l’impératif d’humanisation, car le monde moderne a besoin de comprendre son identité dans ses origines théologiques. Il faut sauver le salut chrétien.

À « l’âge du renoncement », comment la paroisse peut-elle faire émerger l’Église ?

La crise de la paroisse est le reflet emblématique de la « crise » qui affecte le champ ecclésial dans son intégralité. C’est bel et bien en paroisse que l’on touche très concrètement du doigt les bouleversements qui traversent le catholicisme en Occident. Ce qui est en jeu dans la « crise » de la paroisse, c’est d’une part la représentation que l’on se fait de la présence de l’Église catholique dans nos pays et d’autre part, l’image que l’on se fait de ses rapports avec la société et la culture ambiante. Ce double enjeu est capital. Il y va de la crédibilité de l’Église et… de la foi chrétienne. Mais, l’institution paroissiale ne pourrait-elle pas être un atout pour l’Évangile et son oeuvre d’humanisation ?

La dimension ecclésiale de la foi aujourd’hui

La dimension « ecclésiale » de la foi catholique ne parvient pas à s’inscrire dans l’état présent de la culture postmoderne sous une forme communautaire crédible. Si nous vivons le temps d’une « exculturation du catholicisme » cela peut se dire « Nous n’avons pas l’Église qu’il nous faut ». On pourra aussi dire « L’Église doit changer pour faire face au tournant civilisationnel dans lequel elle se trouve prise avec l’ensemble de l’humanité ». N’est-ce pas faute de trouver son point d’application dans la vie sociale de nos contemporains, que notre catholicisme se trouve en quelque sorte « flottant » ?

Que faire des différences ?

La « différence » suppose l’ « altérité » des éléments entre lesquels elle est établie ou constatée, elle suppose, également, une comparaison ou un ordre entre ces éléments. Les deux terrains où ces catégories sont plus particulièrement en jeu sont la différence entre « l’humain » et le « non humain » et la différence entre l’homme et la femme. L’article analyse la mise en cause, à l’époque moderne, de l’importance structurante de la différence des sexes pour les sociétés humaines et s’interroge sur les motifs qui nourrissent cette contestation. Peut-on gérer le conflit entre la demande de reconnaissance de toutes les différences et l’exigence concomitante d’égalité sans « accommodements raisonnables »

Crise de l’Occident, crise du christianisme, crise de la différence

Nombre d’analyses de la crise culturelle que traverseraient nos sociétés trouvent leur inspiration dans le rejet du caractère indéterminé, immanent et relatif de l’organisation politique des Modernes. La crise, moment décisif, y apparaît comme l’identité même du moderne qui se construit hors de tout fondement absolu, dans l’indétermination des fins politiques et le pluralisme moral. Crise du sujet, crise de la différence, crise de l’universel sont l’enjeu d’une concurrence généralisée des visions du monde et questionnent la nature du bon et du juste. Habiter la crise et y trouver le salut implique de choisir entre le renoncement à tout universalisme ou à définir une « grammaire » qui accueille toutes les versions particulières de l’humanité, et mener une réflexion sur la manière dont les hommes peuvent être épargnés de la peur, de l’oppression et de la cruauté.