La diplomatie du Saint-Siège dans les médiations internationales

Cet article propose une analyse de la médiation internationale du Saint-Siège comme pratique diplomatique spécifique, située à l’intersection du politique, du religieux et du normatif. En s’appuyant sur les apports de la science politique et des relations internationales, il montre que la médiation pontificale ne peut être assimilée à une technique neutre de gestion des conflits ni à celle des États neutres classiques. Fondée sur une « neutralité engagée », articulant normativité religieuse et intérêts ecclésiaux de long terme, cette diplomatie mobilise des formes de médiation variées – facilitatrices, relationnelles, transformationnelles ou testimoniales –, inscrites dans une temporalité longue et orientées vers la cohérence des processus de paix.

Bons offices et médiations du Saint-Siège de Léon XIII à François

Depuis la perte des États pontificaux, le Saint-Siège a été périodiquement désigné comme médiateur dans des conflits internationaux. Si ces interventions qui sortent du champ de son activité religieuse, encore qu’elles aient à voir avec la singulière autorité dont le pape est revêtu dans l’opinion publique mondiale, ont été freinées sous le pontificat de Pie XII, elles ont connu un extraordinaire développement entre le pontificat de Paul VI et celui de Jean-Paul II, dont l’intervention entre l’Argentine et le Chili au sujet du canal de Beagle a fait date. Ce mouvement ne n’est pas interrompu par la suite, comme en témoigne la médiation de François entre les États-Unis et Cuba qui a préludé au rapprochement entre Washington et la Havane. La médiation du Saint-Siège constitue donc l’une des modalités par lesquelles il promeut la paix dans un monde polycentrique et interconnecté.

Demande politique, réponse confessionnelle ? Les médiations de la communauté Sant’Egidio

Depuis la fin du monde bipolaire, la résolution des conflits est un champ pluriel investi par une variété d’acteurs non régaliens. Parmi ceux-ci, la communauté catholique de Sant’Egidio est régulièrement sollicitée par les diplomates. L’article interroge cette demande politique : elle procède d’un contexte international, et de l’histoire militante et religieuse du groupe. Cette histoire dote la communauté de ressources comparables à celles d’autres acteurs confessionnels, mais elle inscrit aussi son action dans un répertoire sécularisé et politique. Elle rencontre enfin des limites, internes comme contextuelles.

L’évolution du magistère sur la doctrine de la « guerre juste »

La tradition millénaire de la doctrine de la guerre juste est remise en question en 1917, lorsque Benoît XV qualifie la Grande Guerre de « massacre inutile ». Cependant, le magistère continue à proposer cette doctrine jusqu’à Jean XXIII, pour qui l’emploi possible des armes atomiques rend inacceptable toute guerre d’agression. Il reste toutefois le problème de l’autre circonstance de guerre juste : le recours aux armes pour légitime défense. Il est résolu par le pape François qui établit un lien entre l’adhésion à l’Évangile et la non-violence active. Mais l’actuelle multiplication des guerres d’agression a fait ressurgir la doctrine traditionnelle.

Système international et conflictualités contemporaines : comment comprendre les causes des conflits ?

L’article étudie les transformations du contexte international et leur effet sur les formes contemporaines de conflictualité. Il analyse la manière dont les transformations de l’architecture, de l’infrastructure et de l’écologie du système international altèrent les possibilités de conflit armé et de leur résolution, et présente le caractère des conflits armés contemporains, avant d’étudier le cas de la guerre en Ukraine comme révélateur des dynamiques analysées.

Comment la théologie fait-elle face à la violence en Afrique ?

Le génocide de 1994 au Rwanda constitue un tournant critique pour la réflexion théologique en Afrique, en particulier pour la compréhension de la foi chrétienne dans un continent où le christianisme occupe une place prépondérante. Ce drame, survenu dans un pays majoritairement chrétien, interroge en profondeur le lien entre foi, identité et violence. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux du théologien ougandais Emmanuel Katongole, dont l’œuvre s’efforce de penser la foi chrétienne à l’aune des blessures de l’histoire africaine contemporaine. Face aux logiques de violence politique fondées sur l’identité ethnique, Katongole propose une reconfiguration de l’appartenance chrétienne comme chemin vers un « nouveau nous » : une communauté de fils et filles de Dieu qui transcende les appartenances ethniques, raciales ou nationales. Cet article se propose de présenter l’auteur, encore peu connu dans l’espace francophone, son parcours intellectuel, ses principales publications ainsi que les grands axes de sa pensée théologique.

Bible et violence : quelles dialectiques ?

La Bible entretient avec la violence des relations complexes, d’ordre dialectique. En relisant quelques textes en fonction de leur teneur cathartique, et selon le principe exégétique et herméneutique de l’analogie de la foi, nous pouvons les comprendre comme une entreprise de déconstruction et de délégitimation de la violence. Le processus qui met en œuvre diverses stratégies littéraires semble être une condition requise pour proposer une éthique et une spiritualité de la non-violence.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.