“Du temps ? On n’en a pas !”

La modernité a pensé le progrès à partir du paradigme d’un espace euclidien plat. Or l’incertitude de notre époque est liée à l’inadaptation de cette topologie à la complexité du nouvel espace-temps fermé sur lui-même mais ouvert intérieurement, par exemple par les enjeux écologiques. Fermé et ouvert sont en relation duale. Cette dualité conduit à penser la complexité à partir des bords, des marges, de l’altérité, ici des très pauvres. Leur être au monde suggère une manière prophétique de traverser l’Apocalypse : entre le temps de l’urgence et le temps du projet politique s’ouvre une façon de vivre non dans l’anxiété de la fin des temps, mais dans la confiance d’« une présence de la fin dans ce temps à vivre ».

Langage, discours, parole. Rigueur philosophique et ressources bibliques

Est-il possible de chercher un accord – sans concordisme – entre la rigueur du discours philosophique et la ferveur de la parole biblique ? Voilà qui suppose d’abord une raison qui abandonne ses prétentions magistrales pour se laisser ouvrir à l’écoute de ce qui la provoque et la relance. Mais cela exige également une herméneutique des Écritures qui n’y cherche pas un croire-savoir, mais la transmission historique d’expérience(s) dont l’envoi et l’élan sont toujours à reprendre en responsabilité sensée. Entre la discursivité des Dits (et dédits) raisonnables et l’inspiration du Dire prophétique, une relation respectueuse de l’altérité pourrait dès lors donner lieu à une intensification réciproque réveillant et aiguisant en chacune de ces deux orientations le meilleur et le plus légitime de sa visée signifiante.

Que faire des différences ?

La « différence » suppose l’ « altérité » des éléments entre lesquels elle est établie ou constatée, elle suppose, également, une comparaison ou un ordre entre ces éléments. Les deux terrains où ces catégories sont plus particulièrement en jeu sont la différence entre « l’humain » et le « non humain » et la différence entre l’homme et la femme. L’article analyse la mise en cause, à l’époque moderne, de l’importance structurante de la différence des sexes pour les sociétés humaines et s’interroge sur les motifs qui nourrissent cette contestation. Peut-on gérer le conflit entre la demande de reconnaissance de toutes les différences et l’exigence concomitante d’égalité sans « accommodements raisonnables »