La contemporéanité entre sagesse et apocalyptique

En suivant l’ordre chronologique, la présentation des livres sapientiaux de la Bible traverse les époques perse (Job et Proverbes), grecque (Qohélet et Ben Sira) et romaine (Sagesse de Salomon), et termine par la personne de Jésus. À chacune de ces étapes, la confrontation avec le courant apocalyptique permet d’insister sur ce qui oppose les sages à l’apocalyptique.

Patriotisme et théologie

Une convergence s’opère en 1914-1918 entre foi en Dieu et foi en la patrie. Comment la théologie justifie-t-elle cette représentation patrioticoreligieuse ? En même temps, des chrétiens continuent à promouvoir la paix et à défendre l’universalité de l’Église. Se rejoignent alors une théologie d’inspiration patriotique et un patriotisme justifié par la théologie qui cherchent à dépasser ces contradictions. Leurs discours motivent des engagements caritatifs et propagandistes ; ils affirment que la guerre est juste, sainte et divine ; ils fondent une théologie en acte qui fait du champ de bataille un Golgotha et du soldat mourant un nouveau Christ. Cela révèle l’extension de la guerre totale qui s’imprègne de toutes les forces vives, y compris religieuses.

ÉVÉNEMENT ET TRANSCENDANCE

L’article discute la thèse d’après laquelle l’insistance sur le caractère événementiel de tout ce qui est, est la clé des développements les plus récents de la phénoménologie française. L’auteur distingue et explique trois concepts différents d’événement sous-jacents aux discours ontologique, sémiotique et théologique, explicitant le caractère événementiel de l’être, du sens et de l’existence. Aucun de ces concepts ne se laisse réduire à un ou aux deux autres. Les discours philosophiques et théologiques sur l’événement obéissent à des grammaires différentes.

CE QUE L’ÉVÉNEMENT DONNE À PENSER

Penser l’événement nous confronte à une tâche analogue à celle que Paul Ricœur affrontait dans son célèbre article : « Le symbole donne à penser ». Ce qu’il s’agit d’articuler, c’est une pensée donnée à elle-même par autre chose qu’elle et une pensée pensante et posante. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on assiste à une montée en puissance des pensées de l’événement, dont l’article restitue quelques maillons essentiels en référence aux travaux de D. Davidson, J.-L. Marion, C. Romano, M. Heidegger et A. Badiou. Les distinctions linguistiques qui permettent de cerner l’empire varié des événements doivent, tôt au tard, laisser place à l’analyse de la phénoménalité propre aux événements, ce qui nous oblige à scruter leur statut ontologique.

Événement, événementialité, traces

Cet article revisite un certain nombre de textes traitant du prétendu « retour de l’événement », annoncé au début des années 70. Il le fait depuis un point de vue : celui de l’histoire des écrits à l’époque moderne. C’est pourquoi il insiste sur le rapport entre perception, construction, transmission de l’événement et historicité de ses traces.

L’événement contesté

Maître dans l’art du raconter, l’auteur à Théophile se propose, dans la préface à son diptyque Luc-Actes, de composer une diégèse des « événements accomplis parmi nous » (cf. Lc 1, 1-4). Un récit à la fois catéchétique et apologétique dont le lecteur attend qu’il rende compte des hauts-faits de l’histoire sainte advenus au cours des deux premières générations chrétiennes : l’avènement du salut dans la venue du Messie davidique ainsi que son extension à l’humanité entière à la faveur du témoignage apostolique. Si ces deux facettes des πράγματα, respectivement de l’ἔργον, réalisé(s) par Dieu figurent en bonne place dans la chronique lucanienne des origines chrétiennes, elles côtoient en même temps une dimension aussi inattendue que paradoxale : la contestation de cet événement salutaire. C’est cette composante méconnue, mais constitutive du récit fondateur de Luc que l’article se propose de mettre au jour et d’explorer.

Repenser l’événement – sous un angle théologique

Conçu comme un essai, le présent article se donne pour tâche de relire les débats qui ont animé la réflexion sur la catégorie d’événement dans l’histoire récente de la théologie, notamment protestante. Il tente d’en dégager des perspectives pour une reprise actuelle de la catégorie. À partir des travaux herméneutiques d’Ebeling et de Ricœur, il s’inspire de la notion d’événement de parole pour libérer l’événement d’une pure et simple ponctualité, qu’on lui a toujours reprochée, et y découvrir une dimension de procès, susceptible d’être explicitée par la pragmatique de la communication.

Qohéleth et le Sutra du diamant, sagesses biblique et bouddhique

Dans la Bible et le bouddhisme Mahāyāna, du Grand Véhicule, la littérature dite sapientielle occupe une place déterminante, tant en raison de son volume que de sa vivifiante signification pour l’ensemble de chacune de ces traditions. Cet essai cherche à comparer ces deux types de littérature à partir d’un ancrage textuel précis dans chacune d’entre elles : le Sūtra du diamant pour le bouddhisme Mahāyāna, et l’Ecclésiaste ou livre de Qohéleth pour la Bible. L’auteur invite à une rencontre en vérité des traditions bouddhiste et judéo-chrétienne, qui exige de prendre le risque de comparer deux de leurs textes fondateurs.

Le mystère d’Israël dans l’oeuvre de Jacques Maritain

Le 28 octobre 1965, Paul VI promulguait la déclaration conciliaire Nostra aetate, traitant du rapport de l’Église catholique avec les religions non-chrétiennes. Au paragraphe 4 intitulé « de la religion juive », le Magistère de l’Église catholique se prononce pour la première fois sur le lien qui l’unit au peuple de la première Alliance, rompant ainsi avec l’antique enseignement sur les Juifs déicides et rejetés par Dieu. Jacques Maritain peut être considéré comme un pionnier du nouveau discours chrétien sur les Juifs, qu’il développa dans le contexte d’une France rongée par l’antisémitisme et la montée du nazisme. En analysant la pensée de Maritain sur ce qu’il appelait le mystère d’Israël, l’auteure nous montre en quoi celui-ci s’inscrit et prépare le document conciliaire mais aussi quelles pistes sont encore à exploiter par la théologie.

La « sécularisation interne  » du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ?

La « sécularisation interne » du christianisme : quel apprentissage pour la théologie ? Le principe de laïcité en France a imposé l’existence de lieux différenciés et leur identification précise, avec leur objectif spécifique et leur propre logique scientifique. Mais pour ce qui est de la théologie chrétienne, elle est statutairement liée à l’interlocution avec d’autres sciences religieuses. Un long processus d’apprentissage a commencé avec la naissance des RSR dans le cadre d’une « sécularisation » dont le paradigme peut servir à comprendre ce processus.