Le salut de l’Évangile et les saluts de l’Église

Dans une Église idéale, la sotériologie devrait pouvoir se confondre avec l’ecclésiologie. En effet, quelle autre réalisation du salut peut-on espérer que l’Église ? Autant cette affirmation ravira certains théologiens, autant elle choquera la plupart de nos contemporains, tellement le vécu ecclésial est éloigné, dans la pratique de toutes les communautés, d’une expérience de salut. Cette tension entre sotériologie et ecclésiologie est due au fait qu’une Église « idéale », cela n’existe pas dans l’histoire ; c’est bien l’histoire qui est l’élément déterminant pour distinguer salut et Église et qui pourrait inspirer le sursaut susceptible de mener à un renouveau.

Ce que la liturgie donne à voir des ministères

Le contexte actuel de crise sanitaire mondiale et de crise des abus dans l’Église invite les théologiens à renouveler leurs approches. Ceci vaut pour la question des ministères en liturgie. Parce que les célébrations « donnent à voir » ce que les discours peuvent omettre de considérer, voire ce que l’on peut parfois chercher à occulter, la liturgie est en quelque sorte le miroir des impensés en matière ecclésiologique, ces présupposés qui suscitent des réactions spontanées au changement ou qui soutiennent des évidences ou des habitudes non critiquées. En relisant certains aspects de l’héritage du dernier Concile, l’article s’attache à mettre en lumière les apories que créent les décalages entre les discours et les pratiques.

Ministères et charismes dans les principales traditions chrétiennes

Penser tout « ministère » en Église comme un « charisme », c’est-à-dire comme une réalité donnée par l’Esprit-Saint en vue de l’édification de l’Église, voilà l’un des enjeux importants de la théologie des ministères, aujourd’hui comme hier, à la suite notamment des écrits pauliniens. Cela peut nous conduire à mettre en évidence, avant de nous intéresser à ce qui distingue les laïcs des clercs, le socle commun que représente le sacerdoce (ou le ministère, compris ici au sens de « service ») de tous les fidèles. Malgré tout ce qui sépare encore les protestants des catholiques-romains et des orthodoxes sur les questions qui ont trait aux ministères, d’importantes avancées ont été faites depuis le milieu du 20e siècle sur la dimension « charismatique » des ministères. Le présent article met en lumière certaines de ces avancées, comme aussi certaines spécificités propres à chacun de ces trois traditions ecclésiales.

Les ministères remis sur le métier

Le quadrillage total du territoire associant à chaque espace paroissial un curé touche en France à sa fin, le nombre de prêtres étant aujourd’hui insuffisant pour y faire face. Par ailleurs, les scandales sexuels, qui ont éclaté en 2018-2019, conduisent à la dénonciation du « cléricalisme ». Dans ce contexte, la réflexion sur les ministères, c’est-à-dire sur les acteurs et actrices légitimes pour prendre en charge le travail religieux, est rouverte. Deux principales options semblent considérées.

Patriotisme et théologie

Une convergence s’opère en 1914-1918 entre foi en Dieu et foi en la patrie. Comment la théologie justifie-t-elle cette représentation patrioticoreligieuse ? En même temps, des chrétiens continuent à promouvoir la paix et à défendre l’universalité de l’Église. Se rejoignent alors une théologie d’inspiration patriotique et un patriotisme justifié par la théologie qui cherchent à dépasser ces contradictions. Leurs discours motivent des engagements caritatifs et propagandistes ; ils affirment que la guerre est juste, sainte et divine ; ils fondent une théologie en acte qui fait du champ de bataille un Golgotha et du soldat mourant un nouveau Christ. Cela révèle l’extension de la guerre totale qui s’imprègne de toutes les forces vives, y compris religieuses.

Le rapport à Dieu dans la liturgie

Comment s’adresse-t-on à Dieu dans la célébration eucharistique ? Comment la relation à l’humanité envers Dieu et de Dieu envers l’humanité y est-elle qualifiée et interprétée ? Il ne va pas de soi qu’on lise l’Ordo Missae comme une vraie source théologique. Or, la liturgie en tant que doxologie primaire au sens que lui donne Jean-Yves Lacoste dans son dictionnaire de théologie, nous invite à reconsidérer nos théologies usuelles, exercice toujours trop rare. La liturgie invite et incite à reconsidérer notre idée d’orthodoxie : d’abord une juste louange, ensuite l’exactitude doctrinale. L’auteur nous propose cette réflexion selon une méthodologie consistant en une lecture approfondie et une analyse sémantique de l’Ordo Missae dans la plus récente version latine du Missel Romain.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.

Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ »…

La Liturgie après Vatican II : quelles fidélités créatrices ? Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ » dans un acte public de culte, elle adresse une formidable question à la culture moderne. Cette dernière connaît en effet de nombreux rites que les sciences humaines ont largement analysés selon leurs méthodes propres (cf. Enjeux du rite dans la modernité, RSR 78 [1990], nos 3 et 4) alors que la modernité relègue la religion dans la sphère privée. Celle-ci s’étonne donc que le christianisme propose un rapport à Dieu dans un culte public. Aujourd’hui cet étonnement se transforme d’ailleurs plus fréquemment en perte de plausibilité, l’homme contemporain ayant perdu en Occident l’évidence avec laquelle il entrait autrefois dans l’univers symbolique de la tradition rituelle du christianisme. Est-il encore homo liturgicus? Une réflexion anthropologique s’avère donc nécessaire pour comprendre la nature sociale de la liturgie dans l’Église. M.-D. Chenu l’avait fait en son temps dans « Anthropologie et liturgie » (cf. Unam sanctam, no

La tradition liturgique dans le monde postmoderne

Comment traiter du rapport entre la liturgie et l’anthropologie cinquante ans après Sacrosanctum concilium et ainsi penser la logique « plurielle » du sacrement pour que les chrétiens puissent s’y reconnaître comme fils de Dieu et frères en Christ ? L’article propose de parcourir les grandes évolutions du Mouvement liturgique et de la théologie liturgique, en montrant comment un changement paradigmatique s’est opéré ouvrant sur la perspective d’une raison théologique « plus ample et intégrale » propre à rendre compte de l’expérience rituelle chrétienne.

À la recherche d’un « langage liturgique approprié »

L’auteur pose la question d’un langage liturgique apte à se situer d’une part dans la tradition de l’Église et qui corresponde, d’autre part, à la situation spécifique de la liturgie tout en respectant finalement les exigences de la liturgie émanant de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II ; celle-ci avait pour but, entre autres, la participation pleine, active et fructueuse de tous les fidèles ainsi qu’une vie chrétienne et spirituelle basée sur la liturgie. L’article montre les graves difficultés qui se posent depuis la publication de l’instruction Liturgiam authenticam pour les livres liturgiques en langues vernaculaires et développe des perspectives pour l’avenir de l’euchologie de la liturgie romaine.