Immédiateté médiatisée ou la médiation du langage théologique repensée par Rahner

Les locutions « symbole réel » et « immédiateté médiatisée » véhiculent des choix à la fois métaphysiques et théologiques fondamentaux que Karl Rahner pose à partir du paradigme christologique. Leur force heuristique, pour considérable qu’elle soit, aboutit pourtant à une critique de la médiation du langage théologique. Parce que Dieu se donne en immédiateté médiatisée, le langage est capable d’un discours théologique dont la qualité est à la mesure d’une conscience paradoxale, celle de son impuissance. Ainsi, la théologie accomplit d’autant mieux sa mission qu’elle sait recourir à la blessure du langage.

Bulletin théologie systématique : Dieu-Trinité (105/1 – 2017)

Institut Catholique de Paris – Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses Collège doctoral « Religion, culture et société » (EA 7403) Par le choix de quelques ouvrages d’importance – dont certains ne bénéficient que d’une diffusion trop confidentielle – nous signons notre premier bulletin de théologie trinitaire jusqu’alors tenu magistralement par Christoph Theobald. Une deuxième livraison laissera la part belle à la littérature théologique s’enquérant de la doctrine trinitaire sous l’angle de nouvelles synthèses. Ce premier bulletin est d’intention plus modeste, centré sur des tentatives de relecture critique d’une tradition de pensée tributaire d’une grammaire conceptuelle puisant ses ressources dans l’organon métaphysique. Les ouvrages en question sont déjà des tentatives de « sortie » ou de refonte des catégories d’usage. Il y a encore en théologie trinitaire un « impensé », virtuellement contenu dans des catégories qui semblent, à première vue, avoir épuisé, ou pire, avoir résolu l’indicible et le révélé. Le bulletin s’ouvre par une Trinité contestée, au siècle de Louis le Grand, et c’est l’ombre de Platon qui vient

De l’« An Deus sit » à l’« Ubi Deus est ». Esquisse pour une théologie de l’Adresse et de l’ invocation comme forme de connaissance

S’adresser à Dieu relève d’une expérience qui ne saurait être assimilée ou réduite à une détermination seconde de l’expérience religieuse, moins originaire que l’auto-surgissement de l’Idée de Dieu à la conscience. En théologie chrétienne, l’adresse et l’invocation offrent une particularité qui ne peut être ignorée, tant elle est solidaire de la constitution de l’objet de foi dans sa forme la plus originaire : l’annonce kérygmatique et ses formes très spécifiques de réalisation, qu’elles soient doxologiques, liturgiques ou parénétiques. Esquisser une théologie de l’ « Adresse » relève donc d’une démarche de théologie fondamentale intégrant le domaine de la foi trinitaire et requalifiant du même coup les catégories de la métaphysique qui servent à circonscrire le domaine et le champ de la présence de Dieu à toutes choses. Partir d’une théologie de l’« Adresse », c’est offrir la possibilité de sortir de la seule problématique de l’ubiquité divine pour envisager la question du « lieu » de Dieu (ubi Deus est) en y intégrant de facto et de jure la

Bulletin de théologie systématique 101/4

La présentation des quarante ouvrages – sélection représentative de la recherche actuelle – suffit pour relativiser l’expression des « trente glorieuses de la christologie » ; la christologie vit et continue à avancer au sein d’une société devenue bien différente par rapport à celles des années glorieuses, sans perdre par ailleurs le contact avec les grands classiques du XXe siècle ! On peut certes cependant regretter que, pour diverses raisons culturelles, les cloisons entre sphères linguistiques soient devenues plus étanches ; toujours de haut niveau, la christologie germanophone continue à vivre dans un « splendide isolement ». Ce qui est devenu plus net, ces dernières années, c’est le besoin de se ressourcer dans la tradition, les travaux en patristique, relayés par ceux sur l’époque médiévale, jouant un rôle puissant d’inspiration, même si le risque de perdre la nécessaire force et créativité spéculative dans l’interprétation d’autres pensées, patristique, médiévale et moderne, n’est pas négligeable. Bien que l’exégèse critique, le travail sur leJésus historique et la découverte concomitante de la créativité néotestamentaire donnent