Éditorial 108/4

La vie éternelle Source toujours jaillissante ? La « vie éternelle » est incontestablement, comme le soulignait récemment le Pape François, une « ligne de crête » de la foi chrétienne et sans doute l’une des plus escarpées. Dès qu’il s’agit de confronter nos espérances à la réalité de la mort, tout se passe comme si les mots pour mettre ces deux dimensions en rapport nous faisaient défaut. Rien d’étonnant à cela : la ligne de crête qui sépare le versant de la foi et le précipice de la peur a, depuis toujours, de quoi donner le vertige et, souvent, le silence est préférable au vite-dit bavard. C’est ce vertige qui se fait sentir dans la manière dont l’Épître aux Hébreux articule le constat que « le sort des hommes est de mourir une seule fois » (He 9,27) et l’unicité de la Passion du Christ.

Décès du Père Joseph Moingt

Le Père Joseph Moingt, sj, s’est éteint le 28 juillet 2020, dans sa 105ème année. Théologien à la pensée toujours en éveil et ouvrant inlassablement à l’intelligence de la foi, il a dirigé la Revue des RSR de 1968 à 1997. Nous lui devons beaucoup. Christoph Theobald, rédacteur en chef, avec le Comité de Rédaction Joseph Moingt – Un grand théologien vient de nous quitter

Bulletin de Littérature prophétique (108/3 – 2020)

par Treize ouvrages sont recensés dans ce bulletin : De Troyer Kristin, Schmitz Barbara (Éds.), The Early Reception of the Book of Isaiah, De Gruyter, Boston, 2019, 133 p. Byun Seugli L., The Influence of Post-biblical Hebrew and Aramaic on the Translator of Septuagint Isaiah, Bloomsbury T&T Clark, London, 2017, 265 p. Hildebrandt Samuel, Interpreting Quoted Speech in Prophetic Literature. A Study of Jeremiah 2.1–3.5, « Supplements to Vetus Testamentum » 176, Brill, Leiden / Boston, 2017. Crouch Carly L., An introduction to the Study of Jeremiah, Bloomsbury T&T Clark, London, 2017, 181 p. Bodner Keith, After the Invasion. A Reading of Jeremiah 40–44, OUP, Oxford, 2015, 179 p. Ferrari Matteo, La chiamata del profeta. Isaia, Geremia, Ezechiele, Le faggine, EDB, Bologna, 2017, 79 p. Pentiuc Eugen J., Barnea Gad, Méténier Étienne, Popko Łukasz et al. (Éds.), The Word of the Lord That Happened to Hosea, « The Bible in Its Traditions » 3, Peeters, Leuven / Paris / Bristol (Connecticut), 2017, 411 p. Werse Nicholas R.,

Bulletin Pentateuque, Livres historiques et Histoire d’Israël (108/3 – 2020)

I. Études historiques et critiques – (Olivier Artus) – Lepesqueux Guillaume, L’exposition du nom divin dans le livre de l’Exode, FAT 2. Reihe  102, Mohr Siebeck, Tübingen, 2019, 432 p. Germany Stephen, The Exodus-Conquest narrative, FAT 115, Mohr Siebeck, Tübingen, 2017, 515 p. Tucker Paavo N., The Holiness Composition in the Book of Exodus, FAT 2. Reihe 98, Mohr Siebeck, Tübingen, 2017, 230 p. Finkelstein Israel, Hasmonean Realities behind Ezra, Nehemiah, and Chronicles. Archeological and Historical Perspectives, SBL Press, Atlanta, 2018, 208 p. II. Études narratives et synchroniques – (André Wénin) – a.     Narration, anthropologie et théologie De-Whyte Janice Pearl Ewurama, Wom(b)an: A Cultural-Narrative Reading of the Hebrew Bible Barrenness Narratives, «Biblical Interpretation Series» 162, Brill, Leiden/Boston, 2018, xi + 320 p. Zurli Emanuela, Giacobbe in cammino verso sé e verso l’altro (Gen 25,19–35,29). Le lotte di Giacobbe-Israele per la benedizione nel contesto delle tematiche antropologiche e teologiche della Genesi, Cittadella Editrice, Assisi, 2018, 591 p. Crignon Albert-Marie, « Qui es-tu mon fils ? ». La vie prophétique de

Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

Karl Rahner – Genèse et aspects d’une théologie systématique

Après tant d’études érudites et une réception hors du commun, quelles que soient les aires culturelles et linguistiques, l’œuvre de Karl Rahner continue d’inspirer de nouvelles synthèses théologiques et de nouveaux champs de recherche. Cette propriété, l’œuvre de Karl Rahner la tire de son infrastructure philosophique puissante, disponible pour de nouvelles prospections. L’étude que nous proposons cherche essentiellement à examiner, dans un acte de relecture et d’interprétation critique, les moments instaurateurs de la théologie de Karl Rahner, en privilégiant les grandes polarités qui la caractérisent : « subjectivité et révélation », « libre révélation et ontologie », « transcendantal et catégorial », « théologie de la grâce et christologie transcendantale ». Ces explorations conduisent à une évaluation actualisante.

Obéissance ecclésiale comme engagement et protestation

L’intention la plus profonde de Karl Rahner ayant toujours été celle d’être un théologien au service de son Église et des hommes, divers conflits sont nés autour de sa théologie, avant et après le Concile Vatican II. Si, dans un premier temps, il a cherché prioritairement à renforcer la position du croyant individuel et la liberté de la parole et de la théologie, il a tenté, après le Concile, de défendre cette première mise en œuvre de l’Église universelle comme le « début d’un début ». À côté du débat autour du « chrétien anonyme », il faut signaler surtout son engagement en faveur d’une nouvelle place des femmes au sein de l’Église. Alors qu’avant le Concile, Rahner était partiellement contesté, mais reconnu, certains, après le Concile, ont mis en doute son orthodoxie objective, signe du changement radical de la théologie et de l’Église à cette époque.

Karl Rahner : ses sources et lieux théologiques

En partant des différentes phases d’après lesquelles les Œuvres complètes répartissent les travaux de Rahner, l’on peut identifier divers lieux et diverses sources théologiques qui ont joué un rôle décisif dans ses prises de conscience et dans la formation de son jugement théologique. Il s’agit plus particulièrement de la spiritualité ignatienne, de la théologie patristique, de la théologie de l’école néoscolastique, de la problématique de la philosophie moderne de Descartes et de Kant à Heidegger, et enfin de la situation sociale de la foi et de l’Église comme lieu de « pastoralité ». Le cœur de l’option fondamentale de Rahner, centrée autour de la théologie de la grâce, peut être situé dans la reformulation du thème traditionnel de l’analysis fidei.

La réception de l’œuvre de Karl Rahner

La théologie de Karl Rahner s’inscrit dans la tradition de la théologie catholique de l’école jésuite classique, mais cherche à l’élargir et à l’actualiser en démultipliant les sources auxquelles il puise et en entrant en dialogue avec la pensée contemporaine. La réception de la théologie ainsi mise en œuvre débute dans le cadre universitaire, pour prendre ensuite de l’ampleur dans le débat théologique grâce à des publications pertinentes et s’imposer à une échelle plus large au travers de réseaux théologiques (ordres religieux, groupes de travail), de projets au niveau de l’organisation scientifique (lexiques, manuels), mais aussi d’écrits spirituels. L’événement majeur du concile Vatican II la fait connaître sur le plan international. L’importance de sa théologie se révèle également au travers de la recherche internationale sur son œuvre.

Éditorial 108/3

Dossier préparatoire du 27e colloque des RSR (Paris, 12-14 novembre 2020) Il pourrait sembler incongru de s’intéresser, en pleine crise de pandémie, à un penseur, certes parmi les grands « classiques » du XXe siècle mais tout de même éloigné de nos préoccupations actuelles, par ailleurs omniprésentes dans les dernières livraisons des Recherches de Science Religieuse. Mais un interview de Karl Rahner, donné il y a exactement quarante ans, nous fait dresser l’oreille : Je ne suis pas un scientifique, déclarait-il, et ne veux pas non plus l’être. Mais j’aimerais être un chrétien qui prend le christianisme au sérieux, qui vit sans appréhension dans le temps d’aujourd’hui et qui, dans cette position, se laisse donner tel ou tel problème, un troisième et un vingtième, et qui y réfléchit. Si alors on veut appeler cela « théologie », c’est bien. (« Der Werdegang eines Theologen. Gespräch mit Peter Pawlowsky im 1. Fernsehprogramm des Österreichischen Rundfunks 1980 », dans Sämtliche Werke, 31, p. 247). Et si c’était précisément cette manière de