La diffusion du christianisme aux Ier – IIIe siècles

L’histoire des réseaux, champ de recherche récent, apparaît opérante pour étudier la christianisation du fait de l’importance du phénomène associatif dans l’Antiquité. L’approche croisée des textes chrétiens et de la documentation extérieure (textes, inscriptions, papyrus, archéologie) met en évidence le rayonnement de pôles vers la périphérie. La mission apostolique a utilisé des réseaux préexistants d’hospitalité et de clientèle, mais se sont mis rapidement en place des réseaux spécifiquement chrétiens – hospitaliers, financiers, épistolaires – sur lesquels s’est construite l’unité de l’Église. Les évêques ont été des hommes de réseaux et ont fini par construire un réseau épiscopal. Cette évangélisation en interaction avec la société profane a créé une dynamique identitaire en obligeant les Églises à construire leurs marges.

Modes de vie et figures de l’existence chrétienne de la fin du Ier siècle au début du IIIe siècle

Diverses voies aident sans nul doute à saisir comment l’identité chrétienne a été comprise dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, mais elles ne sauraient dispenser d’une attention aux manières de vivre qui furent celles des chrétiens, ainsi qu’aux prises de position dont celles-ci firent l’objet durant la période ici considérée. Après avoir rappelé comment les auteurs païens se représentaient les comportements des chrétiens, l’article montre comment ceux-ci ont pu affirmer une exigence de radicale conversion tout en revendiquant une authentique présence aux cités de leur temps et à partir de là, comment s’éclairent les deux formes de vie que sont le mariage et le célibat pour le Royaume.

Église et Églises : réflexion sur les questions d’autorité dans les communautés chrétiennes au IIe siècle

La conviction d’appartenir à une Église unique, catholique puisque universelle, contribua à forger l’identité chrétienne de petites communautés dispersées, en butte à l’incompréhension de leurs contemporains, mais ne put se dissocier de la revendication, au coeur de ces mêmes communautés, d’un attachement à l’identité locale. Comme l’Empire, dont elle adopte en grande part les structures, l’Église tire sa force de son enracinement dans la cité. En conséquence, le nom de chrétien fut, tout au long du IIe siècle, revendiqué par des individus issus de communautés dont les pratiques liturgiques, la structure de leur clergé, voire leurs textes canoniques et leur profession de foi les distinguaient – ou les opposaient. L’histoire de l’Église au II e siècle est l’histoire de cette expansion du christianisme, de la multiplication de ces communautés, et de la construction d’une identité commune.

Grecs, Romains, Juifs, chrétiens en interaction

Les recherches des dernières décennies sur les identités religieuses ont privilégié les interactions d’opposition au détriment des interactions neutres ou positives. Or, on peut affirmer que les Juifs hellénophones et les Pèresont pensé leurs croyances grâce aux catégories héritées de l’hellénisme. En retour, le judaïsme a donné au monde païen la Bible grecque des Septante, tandis que l’empereur Julien (361-363) a pensé la réorganisation de la religion traditionnelle sur le modèle chrétien. Si l’on passe aux interactions entre judaïsme et christianisme, l’analyse se heurte à des difficultés qui tiennent à la pluralité des courants juifs et chrétiens et aux sources à notre disposition.

À propos de l’émergence de la « Grande Église » : quelques notations introductives

Pour l’historien contemporain il existe un contraste singulier entre l’impression de buissonnement impétueux que donnent encore les sources chrétiennes des premières décennies du IIe siècle et celle de relative structuration que paraissent laisser entrevoir celles des débuts du IIIe siècle. Retracer le processus de formation de la « Grande Église » est une entreprise fort difficile, dûe à un filtrage de la transmission des sources des premiers siècles de l’histoire du christianisme, dont Eusèbe de Césarée fut l’un des artisans majeurs. Depuis la Réforme, un dialogue critique s’est instauré, faisant grandir l’intérêt des historiens du christianisme antique pour les courants jugés minoritaires à l’heure de l’épanouissement de la « Grande Église ». Le paradigme eusébien est-il dès lors en voie d’exténuation ?

Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ »…

La Liturgie après Vatican II : quelles fidélités créatrices ? Quand l’Église propose la liturgie comme une action du « corps du Christ » dans un acte public de culte, elle adresse une formidable question à la culture moderne. Cette dernière connaît en effet de nombreux rites que les sciences humaines ont largement analysés selon leurs méthodes propres (cf. Enjeux du rite dans la modernité, RSR 78 [1990], nos 3 et 4) alors que la modernité relègue la religion dans la sphère privée. Celle-ci s’étonne donc que le christianisme propose un rapport à Dieu dans un culte public. Aujourd’hui cet étonnement se transforme d’ailleurs plus fréquemment en perte de plausibilité, l’homme contemporain ayant perdu en Occident l’évidence avec laquelle il entrait autrefois dans l’univers symbolique de la tradition rituelle du christianisme. Est-il encore homo liturgicus? Une réflexion anthropologique s’avère donc nécessaire pour comprendre la nature sociale de la liturgie dans l’Église. M.-D. Chenu l’avait fait en son temps dans « Anthropologie et liturgie » (cf. Unam sanctam, no

Bulletin de Patristique grecque (101/1 – 2013)

Qu’il me soit d’abord permis d’exprimer ma gratitude à l’égard du P. Bernard Sesboüé, qui a été pendant titulaire de ce Bulletin entre 1988 et 2011, et qui a ainsi informé de nombreuses publications dans le champ de la patristique grecque tout au long de ces années. M’inspirant largement de sa méthode, je regrouperai dans une première section des ouvrages introductifs ainsi que des recueils de textes patristiques, puis je présenterai, dans les sections suivantes, des ouvrages relatifs à trois périodes successives : les IIe-IIIe siècles ; le IVe siècle ; les Ve-VIIIe siècles. Une dernière section sera consacrée à des ouvrages historiques et théologiques sur l’ensemble de la période. Liste des ouvrages recensés I. Introductions et anthologies 1. Mondésert Claude, Guinot Jean-Noël, Lire les Pères de l’Église dans la collection « Sources Chrétiennes », nouvelle édition refondue et augmentée, Cerf, Paris, 2010, 203 pages. 2. Henne Philippe, La Bible et les Pères. Parcours historique de l’utilisation des Écritures dans les premiers siècles de l’Église, « Initiations aux

Bulletin d’Histoire de l’exégèse

Pour des raisons indépendantes de notre volonté, c’est avec un retard considérable que paraît ce Bulletin d’histoire de l’exégèse. Tenant à garder une certaine actualité selon le rythme biennal, nous avons donné priorité aux publications des trois dernières années de façon à respecter et retrouver un rythme normal. Cependant, pour ne pas ignorer totalement des ouvrages dont il aurait fallu avant ces années avoir déjà rendu compte, nous nous permettrons de les évoquer et de les situer dans leurs apports afin d’assurer une certaine continuité. I. Texte biblique et Canon 1. Abadie Philippe, Des héros peu ordinaires. Théologie et histoire dans le livre des Juges, « Lectio divina », Cerf, Paris, 2011, 198 p. 2. Olivier-Thomas Venard, o.p (éd.), Le sens littéral des Écritures, École biblique et archéologique française de Jérusalem, « Lectio divina », Cerf, Paris, 2009, 362 p. 3. McDonald Lee Martin, The Biblical Canon. Its Origin, Transmission, and Authority, Hendrickson Publischers, Peabody, Massachusetts, 2007, 546 p. II. Commentateurs 4. Skupien Dekens Carine, Traduire