À PROPOS du premier numéro de 2014 « Repenser l’événement »

À lire le prologue de l’évangile de Luc (Lc 1,1), on se convainc aisément de ce que les « événements » sont l’élément le plus propre des Écritures juives et chrétiennes et ce qui les a suscitées. Ils sont pourtant restés, des siècles durant, dans l’oubli, recouverts par la Parole ou intégrés d’emblée dans une conception du  monde qui ne connaît pas d’événements nouveaux mais des actualisations de possibilités prévues ou annoncées. Or, le XXe siècle a vu subitement émerger les événements ; et au singulier, sous la forme du lexique, plutôt luthérien, d’« événement-Parole » (Wortereignis), ou sous la forme d’« événement-Christ » (Christusereignis), de coloration plutôt catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution Dei verbum, a pour sa part insisté sur le lien intrinsèque entre « événements et paroles », tout en réactivant le singulier patristique de l’« économie de la révélation », et non sans courir le risque que ce qui était perçu de manière nouvelle soit ici rabattu sur du déjà connu. Cinq auteurs ont accepté de relever le

Revisiter les origines chrétiennes

Les recherches historiques et exégétiques des trois dernières décennies sur les origines chrétiennes ont conduit à renouveler la question du « Jésus historique » et ont contribué simultanément à transformer l’image du christianisme primitif. Après s’être interrogées sur la possibilité de faire une théologie de la vie de Jésus (RSR 98/4 et 99/1), les Recherches de Science Religieuse voudraient traiter de la « période fondatrice » de l’Église, l’autre versant de la question des origines chrétiennes. Un des problèmes majeurs de cette reconsidération est la mise en question de la notion théologique (forgée au XIXe siècle par l’École Romaine) de la « mort du dernier apôtre » comme “marqueur” de la clôture de la Révélation. Même la date de 135 n’apparaît plus comme significative du détachement de la matrice juive, le synchronisme entre le débat sur le marcionisme et l’insurrection de Bar Kochba étant artificiel. C’est plutôt un comput par générations qui s’impose aujourd’hui, la génération d’Irénée étant la dernière qui ait reçu une transmission orale de la prédication de

Bulletin de théologie systématique 101/4

La présentation des quarante ouvrages – sélection représentative de la recherche actuelle – suffit pour relativiser l’expression des « trente glorieuses de la christologie » ; la christologie vit et continue à avancer au sein d’une société devenue bien différente par rapport à celles des années glorieuses, sans perdre par ailleurs le contact avec les grands classiques du XXe siècle ! On peut certes cependant regretter que, pour diverses raisons culturelles, les cloisons entre sphères linguistiques soient devenues plus étanches ; toujours de haut niveau, la christologie germanophone continue à vivre dans un « splendide isolement ». Ce qui est devenu plus net, ces dernières années, c’est le besoin de se ressourcer dans la tradition, les travaux en patristique, relayés par ceux sur l’époque médiévale, jouant un rôle puissant d’inspiration, même si le risque de perdre la nécessaire force et créativité spéculative dans l’interprétation d’autres pensées, patristique, médiévale et moderne, n’est pas négligeable. Bien que l’exégèse critique, le travail sur leJésus historique et la découverte concomitante de la créativité néotestamentaire donnent

Bulletin de théologie fondamentale

Dans un précédent bulletin des Recherches (avril-juin 2008, 96/2), plusieurs ouvrages consacrés à des questions relevant de l’histoire de la théologie fondamentale et de sa constitution comme discipline autonome ont été recensés. Le volet historiographique que nous avions pris comme axe se poursuit dans la 1ère partie du présent bulletin. Ce choix est commandé par le fait que les productions significatives de la théologie fondamentale, notamment dans les aires linguistiques allemande et italienne demeurent liées à des questions et à des thèmes qui s’enracinent dans la continuité d’une histoire. Cette composante historiographique se manifeste dans quelques productions récentes toujours aux prises avec une relecture des affirmations de la Constitution dogmatique Dei Filius, actualité singulière d’un texte magistériel qui s’explique aisément dans un contexte où l’affirmation de raison touchant à l’idée et à l’expérience de Dieu demeure, pour une part, la question de prédilection de la théologie fondamentale. La 2ème partie, consacrée quant à elle à des contributions mettant en jeu

La diffusion du christianisme aux Ier – IIIe siècles

L’histoire des réseaux, champ de recherche récent, apparaît opérante pour étudier la christianisation du fait de l’importance du phénomène associatif dans l’Antiquité. L’approche croisée des textes chrétiens et de la documentation extérieure (textes, inscriptions, papyrus, archéologie) met en évidence le rayonnement de pôles vers la périphérie. La mission apostolique a utilisé des réseaux préexistants d’hospitalité et de clientèle, mais se sont mis rapidement en place des réseaux spécifiquement chrétiens – hospitaliers, financiers, épistolaires – sur lesquels s’est construite l’unité de l’Église. Les évêques ont été des hommes de réseaux et ont fini par construire un réseau épiscopal. Cette évangélisation en interaction avec la société profane a créé une dynamique identitaire en obligeant les Églises à construire leurs marges.

Modes de vie et figures de l’existence chrétienne de la fin du Ier siècle au début du IIIe siècle

Diverses voies aident sans nul doute à saisir comment l’identité chrétienne a été comprise dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, mais elles ne sauraient dispenser d’une attention aux manières de vivre qui furent celles des chrétiens, ainsi qu’aux prises de position dont celles-ci firent l’objet durant la période ici considérée. Après avoir rappelé comment les auteurs païens se représentaient les comportements des chrétiens, l’article montre comment ceux-ci ont pu affirmer une exigence de radicale conversion tout en revendiquant une authentique présence aux cités de leur temps et à partir de là, comment s’éclairent les deux formes de vie que sont le mariage et le célibat pour le Royaume.

Église et Églises : réflexion sur les questions d’autorité dans les communautés chrétiennes au IIe siècle

La conviction d’appartenir à une Église unique, catholique puisque universelle, contribua à forger l’identité chrétienne de petites communautés dispersées, en butte à l’incompréhension de leurs contemporains, mais ne put se dissocier de la revendication, au coeur de ces mêmes communautés, d’un attachement à l’identité locale. Comme l’Empire, dont elle adopte en grande part les structures, l’Église tire sa force de son enracinement dans la cité. En conséquence, le nom de chrétien fut, tout au long du IIe siècle, revendiqué par des individus issus de communautés dont les pratiques liturgiques, la structure de leur clergé, voire leurs textes canoniques et leur profession de foi les distinguaient – ou les opposaient. L’histoire de l’Église au II e siècle est l’histoire de cette expansion du christianisme, de la multiplication de ces communautés, et de la construction d’une identité commune.