À qui s’adresser

L’article montre qu’il s’agit d’une question originaire et non pas d’une question qui suivrait le constat d’un problème : elle provient d’un « soi » qui s’adresse, se remet à quelqu’un d’autre, dans et pour son existence même ; l’expérience même d’être « quelqu’un », un « soi », dépend de cette relation et de cette adresse « à » quelqu’un d’autre. S’adresser « au divin » ou « à quelqu’un » : cette distinction interroge l’expérience humaine dans la relation du soin, dimension vitale de l’adresse. Car l’expérience humaine s’avère être déchirée de l’intérieur entre une destruction extrême et une création extrême. Mais il y a aussi des actes ou des paroles en acte qui semblent témoigner pour une relation possible entre les humains, par-delà leurs séparations et leurs ruptures. Tout comme certains soins originaires, certains actes ou certaines paroles viennent répondre à celles qui demandent entre les humains une réparation ou un témoignage de ce qui reste possible et ouvert.

Comment l’adresse à Dieu est-elle possible ?

En référence aux gestes de Hegel et de Kant, on met en contraste deux abords concurrents de la question de la religion : l’une par une justification de la foi ; l’autre, par une explication de Dieu. Tandis que la philosophie de la religion, chez Kant postule qu’il y a un Dieu, elle entreprend, avec Hegel, d’exposer qui est Dieu. La confrontation de ces deux gestes philosophiques éclaire le programme philosophique d’une réconciliation de la raison et de la religion.

La prière comme pratique religieuse. La quête d’une dimension ultime dans la spiritualité athée, le bouddhisme et la religion théiste

Le concept de « préoccupation ultime » proposé par Paul Tillich est un outil utile pour cerner la nature englobante de l’engagement religieux, c’est-à-dire le fait qu’un tel engagement imprègne la vie des croyants et se manifeste dans une pléthore d’activités. L’article avance que la prière, entendue comme une pratique soutenue et concrète, est une des composantes les plus importantes d’une vie proprement « religieuse », tout en reconnaissant que les formes aussi bien que les visées de la prière varient grandement dans les différentes religions mondiales selon la manière dont elles conçoivent l’objet de leur pratique religieuse.

Dieu a changé. Où le trouver ?

Toutes les recherches le montrent : en Europe, la représentation de Dieu a changé. Lorsque son existence n’est pas niée ou lorsqu’elle n’est pas marquée par le doute, la vision de Dieu comme étant une personne s’efface très souvent au profit de sa conception comme étant une force ou un esprit anonyme. Et de transcendant, il devient parfois immanent. Ce n’est donc plus nécessairement dans la religion qu’on le cherche mais bien dans la nature, les arts… Pour beaucoup dès lors, il n’est plus question de religion mais bien de spiritualité.

Éditorial (104/3)

En hommage à Mgr Joseph Doré à l’occasion de ses quatre-vingts ans Que faisons-nous quand nous nous adressons à celui que nous appelons « Dieu » ? Cette question oriente le présent numéro préparatoire au prochain colloque des RSR. L’enjeu est de taille : prendre en compte non seulement la pluralité des manières de s’adresser à « Dieu », mais aussi les incertitudes quant à celui ou ce que recouvre cette désignation. Il s’agit donc en même temps de poser le problème d’une « critériologie » de ce qui mérite d’être appelé « divin ». Cette entrée dans la problématique nous conduira à reposer, dans les conditions historiques qui sont les nôtres, et donc à frais nouveaux, la question plus « classique » de la juste nomination de Dieu : qu’en est-on aujourd’hui déterminé et autorisé à dire (ou ne pas dire) ? À ce titre, on ne peut que se souvenir d’un auteur fort attentif aux conditions ou modalités de la prière, de la méditation ou de la contemplation, Denys l’Aréopagite qui n’en hésitait pas moins à parler

Lettres pauliniennes et théologie du nouveau testament (104/2 – 2016)

Jean-Noël Aletti Institut Biblique – Rome I. Introductions et commentaires 1. Arbiol Carlos Gil, Pablo en el naciente cristianismo, « Ché se sabe de… », Editorial Verbo Divino, Estella, 2015, 283 p. 2. Attinger Daniel, Lettera ai Romani. La misteriosa compassione di Dio, « Spiritualità biblica », Qiqayon, Comunità di Bose, 2013, 367 p. 3. Gignac Alain, L’épître aux Romains, CNT 6, Éd. du Cerf, Paris, 2014, 645 p. 4. Focant Camille, Les lettres aux Philippiens et à Philémon, CNT 11, Éd. du Cerf, Paris, 2015, 263 p. II. Études sur une lettre 5. Linebaugh Jonathan A., God, Grace, and Righteousness in Wisdom of Solomon and Paul’s Letter to the Romans. Texts in Conversation, “Supplements to Novum Testamentum” 152, Brill, Leiden, 2013, 268 p. 6. Arnold Matthieu, Dahan Gilbert, Noblesse-Rocher Annie (Éds.), Philippiens 2, 5-11. La kénose du Christ, « Études d’histoire de l’exégèse » 6, Éd. du Cerf, Paris, 2013, 173 p. 7. Raimbault Christophe, L’avènement de l’amour. Épître aux Romains chapitres 12 et 13, « Lectio Divina », Éd. du Cerf ,

Bulletin Évangiles Synoptiques et Actes (104/2 – 2016)

Marc Rastoin Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris En guise d’introduction, on peut observer la part notable des travaux portant sur l’analyse narrative des textes évangéliques (cf. no 9 et 31) et tout ce qui touche au contexte gréco-romain : on constate à ce niveau-là une recherche croissante sur les parallèles narratifs entre certains récits néotestamentaires et la littérature grecque. Il en va ainsi particulièrement pour le livre des Actes (cf. no 4, 5, 8, 10, 11-12, 14, 48-49). Les études dites « postcoloniales » continuent à être bien représentées, aux États-Unis en particulier, mais aussi en Asie et Angleterre (cf. le livre de C. Pero dans le no 26, celui de S. Mainwaring dans le no 35). La question synoptique continue à être très présente également du fait que la domination de la « théorie des deux sources » n’est plus aussi assurée qu’il y a une vingtaine d’années : les partisans de l’hypothèse de Michael Goulder (que Luc aurait connu Matthieu, ce qui permet de ne

Composition d’une théologie systématique

Un projet d’ensemble En 2007, Christoph Theobald publiait deux forts volumes de théologie systématique dont il prolonge aujourd’hui les attendus dans un nouvel ouvrage1. Les deux volumes initiaux, publiés sous le titre significatif, Le Christianisme comme style, entendaient mettre en lumière la forme de la théologie systématique, en l’appréhendant précisément comme « manière de procéder », sans qu’elle ne se réduise à une forme de rhétorique persuasive, une ornementation du discours ou une grammaire du croire chrétien. […]

Sensus fidei fidelium. Enjeux d’avenir d’une notion classique

S’il est une notion qui, à notre époque, fait un retour dans le discours ecclésial et intéresse les théologiens, c’est le sensus fidei fidelium. Est-ce pour répondre à l’air du temps citoyen ou bien pour s’interroger, dans une situation de non évidence de la proposition chrétienne, sur la « boussole » interne qui permet de la maintenir vivante ? L’article répond à cette question en situant le sensus fidei fidelium dans l’ « architecture » relationnelle, toute en tensions, de la tradition ; il analyse ensuite les mutations historiques, intervenues au sein de celle-ci, et s’ouvre ainsi sur les potentialités d’avenir que contient cette notion, au moment historique qui est le nôtre.

Sensus fidei et vision de l’Église chez le pape François

Le thème du sensus fidei, relativement discret chez le pape François, semble cependant occuper un emplacement stratégique. Il prend tout son sens dans le contexte de la « théologie du peuple », développée notamment par les théologiens argentins dans la foulée de Lumen gentium et d’Evangelii nuntiandi, qui informe le document d’Aparecida et est reçue par le pape. Celui-ci insère le sensus fidei dans un ensemble de réalités (expression des fidèles, synodalité, rôle des Églises particulières…) qui peut seul le rendre opératoire. La question est posée de la transposition aux Églises des sociétés dites occidentales d’une théologie née dans un contexte social et ecclésial différent.