Éditorial (103/3)

Lors de sa promulgation, le 28 octobre 1965, la Déclaration Nostra aetate fût saluée par la plupart des observateurs comme un des textes les plus novateurs du Concile. En traitant des rapports de l’Église avec toutes les religions non chrétiennes, son numéro 4, noyau initial et central du texte, inaugurait une des grandes révolutions du XXe siècle : la mutation des relations entre juifs et chrétiens. Après avoir traité en 2012 des débats herméneutiques et en 2013 de la Liturgie, et au moment où s’achève l’année du Cinquantenaire du concile Vatican II (1962-1965), il convenait que les Recherches reviennent sur ce court passage de la Déclaration, qui a véritablement fait événement.

Bulletin d’Histoire contemporaine (XIXe-XXIe) 103/3 (2015)

Ce premier bulletin bibliographique consacré à l’époque contemporaine porte sur des ouvrages édités de 2012 à 2015. L’abondance et la variété des publications imposent une présentation souvent brève. Il ne saurait prétendre cependant à l’exhaustivité et garde un caractère trop franco-français, en raison notamment de l’empressement inégal des éditeurs pour assurer des services de presse. Il sera sans doute appelé à évoluer dans sa structuration et son orientation au fil des livraisons. L’auteur n’a pas cru devoir exclure systématiquement les publications qu’il a dirigées ou auxquelles il a participé en gardant naturellement une réserve sur ses contributions personnelles. I. Aspects généraux 1. Durand Jean-Dominique (dir.), Le Monde de l’histoire religieuse. Essais d’historiographie, LARHRA-RESEA, Lyon, 2012, 248 p. 2. Cuchet Guillaume, Faire de l’histoire religieuse dans une société sortie de la religion, Publications de la Sorbonne, Paris, 2013, 236 p. 3. Dumons Bruno, Sorrel Christian (dir.), Le Catholicisme en chantiers. France, XIXe-XXe siècles, Presses univ. de Rennes, Rennes, 2013, 282 p.

Bulletin d’Ecclésiologie 103/3 (2015)

Précisons que le découpage proposé a quelque chose d’arbitraire, la dimension œcuménique intervenant ailleurs que dans la section qui lui est spécifiquement consacrée. On a choisi de traiter de façon plus rapide les collectifs, dont la présentation prendrait trop de place s’il fallait honorer chacune des contributions. I. Dictionnaires, monographies, colloques 1. Calabrese Gianfranco, Goyret Philip, Piazza Orazio Francesco (dir.), Dizionario di Ecclesiologia, Città Nuova, Rome, 2010, 1567 p. 2. Theobald Christoph (dir.), Pourquoi l’Église ? La dimension ecclésiale de la foi dans l’horizon du salut, Bayard, Montrouge, 2014, 375 p. 3. Fédou Michel (dir.), L’Église catholique dans le monde : entre unité et diversité, Médiasèvres, Paris, 2012, 308 p. 4. De Mey Peter, De Witte Pieter, Mannion Gerard (dir.), Believing in Community. Ecumenical Reflexions on the Church, « BETL » CCLXI, Peeters, Leuven, 2013, 608 p. 5. Kasper Walter, L’Église catholique. Son être, sa réalisation, sa mission, « Cogitatio fidei » 293, éd. du Cerf, Paris, 2014, 587 p. 6. Peterson Cheryl M., Who is the Church ?

Éditorial (103/2)

Après avoir traité des « prophètes postérieurs » et de la composition de l’Ancien Testament, les RSR poursuivent leur exploration aux limites de l’histoire et de la théologie en abordant à nouveau les origines chrétiennes. Comme l’éditorial du dernier numéro de 2013 l’annonçait, un premier numéro de ce dossier avait pour but d’établir un status quaestionis, principalement historique, réservant à un second numéro la tâche d’expliciter les questions qu’une recherche historique renouvelée pose à une « théologie des origines chrétiennes ». S’il est encore trop tôt pour élaborer une telle théologie, il est au moins possible d’en énumérer quelques points cardinaux et de prendre acte des « reconsidérations », voire des « corrections », également oecuméniques, de certains schèmes directeurs classiques (y compris du concile Vatican II). Il y a là nécessité du fait de l’état actuel de la recherche. Dans la théologie et l’apologétique modernes, les conflits entre recherche historique et théologie fondamentale se sont cristallisés autour du concept d’« apostolicité ». Pareil concept intervient sur trois niveaux : (1) dans la détermination de

Bulletin Johannique 103/2 (2015)

I. Quatrième évangile 1. Anderson Paul N., The Christology of the Fourth Gospel. Its Unity and Disunity in the Light of John 6 (With a New Introduction, Outlines and Epilogue). Third printing. Cascade Books, Eugene, 2010, lxxxx-358 p. 2. Anderson Paul N., The Riddles of the Fourth Gospel. An Introduction to John, Fortress Press, Minneapolis, 2011, xii-296 p. 3. Anderson Paul N., Just Felix and Thatcher Tom (Éds.), John, Jesus, and History. Vol. 2. Aspects of Historicity in the Fourth Gospel, Society of Biblical Literature, Atlanta, 2009, xii-456 p. 4. Aus Robert David, Feeding the Five Thousand : Studies in the Judaic Background of Mark 6:30-44 par. and John 6:1-15, UPA, Lanham, 2010, xvii + 187 p. 5. Back Frances, Gott als Vater der Jünger im Johannesevangelium, Mohr Siebeck, Tübingen, 2012, x-254 p. 6. Beutler Johannes, Do not be afraid. The Farewell Discourse in John’s Gospel (Jn 14), Peter Lang, Frankfort, 2011,146 p. 7. Beutler Johannes, Neue Studien zu den johanneischen

L’apostolicité de l’Église. Pour une théologie œcuménique des origines chrétiennes

Tirant profit des recherches historiques rassemblées dans ce numéro et dans celui qui l’a précédé en 2013 (101/4), le dernier article de ce dossier tente d’esquisser une théologie des origines chrétiennes. Cette esquisse suppose que le concept d’apostolicité, relevant traditionnellement du « ius divinum » positif, soit libéré de son carcan néoscolastique et repensé dans une perspective oecuménique ; ce qui pourra se faire par une nouvelle confrontation entre, d’un côté, ce que l’histoire et l’exégèse critique nous apprennent de la normativité interne à l’Église naissante et, de l’autre, ce que les différentes Églises chrétiennes et l’Église catholique attendent de leur rapport aux origines. L’hypothèse consiste à interpréter les marqueurs essentiels de l’apostolicité, pouvant entrer dans un « consensus différencié », non pas comme étant « de droit divin » mais, à l’aide du paradigme grammatical, en termes de « grammaire générative ». Il faut alors montrer que « l’irréversibilité », caractéristique décisive de la Révélation chrétienne, peut être honorée dans une telle interprétation grammaticale de l’apostolicité, mieux ajustée aux développements multiples du christianisme post-apostolique que

Message et communauté : une articulation délicate

La communion ecclésiale est d’abord partage des mêmes biens de salut. Deux dimensions se trouvent donc dessinées, celle de la communauté et celle, première, de l’adhésion de la communauté au message qui la constitue. La tradition catholique considère comme centrale l’importance d’un ministère, au service de la communauté, qui est aussi, et sans doute d’abord, un magistère, au service de l’authenticité du message. La légitimité de ce ministère/magistère est placée sous le signe de l’apostolicité. L’article envisage un certain nombre de « blocages » qui, dans l’histoire, ont pu affecter le jeu entre ces deux dimensions, dus notamment à une personnalisation, à tendances monopolistiques, du ministère comme du magistère. Il propose quelques perspectives de dépassements.

La notion d’apostolicité dans les premiers siècles

Depuis Lightfoot en 1865, la définition classique d’une apostolicité réservée aux seuls « Douze apôtres » fut remise en cause par les exégètes qui en vinrent à une position de plus en plus critique vis-à-vis de la réalité historique de cette institution et préférant, à l’instar d’Harnack, la cantonner à une pure fonction charismatique. Il est temps de réviser cette révision, pour certes proposer une extension plus grande du concept d’apôtre, mais aussi tenter de le redéfinir à la lumière du nouveau paradigme historique concernant l’histoire des premières communautés et de la prise en compte de l’histoire de sa réception par les premiers Pères de l’Église.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.