Grecs, Romains, Juifs, chrétiens en interaction

Les recherches des dernières décennies sur les identités religieuses ont privilégié les interactions d’opposition au détriment des interactions neutres ou positives. Or, on peut affirmer que les Juifs hellénophones et les Pèresont pensé leurs croyances grâce aux catégories héritées de l’hellénisme. En retour, le judaïsme a donné au monde païen la Bible grecque des Septante, tandis que l’empereur Julien (361-363) a pensé la réorganisation de la religion traditionnelle sur le modèle chrétien. Si l’on passe aux interactions entre judaïsme et christianisme, l’analyse se heurte à des difficultés qui tiennent à la pluralité des courants juifs et chrétiens et aux sources à notre disposition.

À propos de l’émergence de la « Grande Église » : quelques notations introductives

Pour l’historien contemporain il existe un contraste singulier entre l’impression de buissonnement impétueux que donnent encore les sources chrétiennes des premières décennies du IIe siècle et celle de relative structuration que paraissent laisser entrevoir celles des débuts du IIIe siècle. Retracer le processus de formation de la « Grande Église » est une entreprise fort difficile, dûe à un filtrage de la transmission des sources des premiers siècles de l’histoire du christianisme, dont Eusèbe de Césarée fut l’un des artisans majeurs. Depuis la Réforme, un dialogue critique s’est instauré, faisant grandir l’intérêt des historiens du christianisme antique pour les courants jugés minoritaires à l’heure de l’épanouissement de la « Grande Église ». Le paradigme eusébien est-il dès lors en voie d’exténuation ?

La tradition liturgique dans le monde postmoderne

Comment traiter du rapport entre la liturgie et l’anthropologie cinquante ans après Sacrosanctum concilium et ainsi penser la logique « plurielle » du sacrement pour que les chrétiens puissent s’y reconnaître comme fils de Dieu et frères en Christ ? L’article propose de parcourir les grandes évolutions du Mouvement liturgique et de la théologie liturgique, en montrant comment un changement paradigmatique s’est opéré ouvrant sur la perspective d’une raison théologique « plus ample et intégrale » propre à rendre compte de l’expérience rituelle chrétienne.

À la recherche d’un « langage liturgique approprié »

L’auteur pose la question d’un langage liturgique apte à se situer d’une part dans la tradition de l’Église et qui corresponde, d’autre part, à la situation spécifique de la liturgie tout en respectant finalement les exigences de la liturgie émanant de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II ; celle-ci avait pour but, entre autres, la participation pleine, active et fructueuse de tous les fidèles ainsi qu’une vie chrétienne et spirituelle basée sur la liturgie. L’article montre les graves difficultés qui se posent depuis la publication de l’instruction Liturgiam authenticam pour les livres liturgiques en langues vernaculaires et développe des perspectives pour l’avenir de l’euchologie de la liturgie romaine.

La réforme liturgique de Vatican II a-t-elle fait preuve de « créativité » ? En quel sens ?

Le passage du latin aux langues vivantes après Vatican II tenait du défi, relevé par les artisans des nouveaux rituels et les traducteurs des textes bibliques et liturgiques en langue française. À travers divers exemples, il apparaît que la création de textes, la traduction et l’adaptation des rituels aux cultures et aux situations diverses, relèvent de la « créativité » à des degrés divers. Traduire, n’est-ce pas plus que traduire ? N’est-ce pas risquer une « (re) création » ? Selon le philosophe P. Ricoeur, ce défi est redoutable. Il postule de faire le deuil du travail parfait, car ne pas l’entreprendre, c’est se priver du bonheur de l’ « hospitalité langagière » par laquelle j’accueille dans ma maison la parole de l’étranger.

Réforme liturgique et église locale

L’article analyse la question de la réforme liturgique après Vatican II au niveau de l’Église locale, en tentant de définir la juste relation entre l’ordre (liturgique) et la liberté et la la possibilité de procéder à des adaptations concrètes en fonction de la situation pastorale. Le conflit autour du nouveau rituel allemand des obsèques, publié en 2009, sert d’entrée en matière. Dans un deuxième temps, l’article présente un éventail des résultats d’une enquête qualitative sur la liturgie de Carême et de Pâques, pour dresser ensuite un bilan théologique s’intéressant à la question de fond qui se tient à l’arrière-plan de tout ce débat : la condition de possibilité de penser de façon appropriée le primat de l’action de Dieu dans la liturgie, qui, seule, porte et rend possible la réponse de l’homme.

La place de la Constitution sur la liturgie dans l’herméneutique de Vatican II

En matière d’herméneutique de Vatican II, il existe une sorte de ligne de démarcation entre l’approche des liturgistes et celle des autres interprètes du corpus conciliaire. D’un côté, les exégètes de la Constitution sur la liturgie sont habituellement dépendants de la relation entre le texte même de Sacrosanctum concilium et sa mise en application dans la réforme liturgique. De l’autre côté, les travaux sur Vatican II font relativement peu de place à la Constitution sur la liturgie. En partant de ce constat, et en s’appuyant sur la recherche récente concernant l’herméneutique du Concile, l’article tente de penser une place renouvelée de la Constitution Sacrosanctum concilium dans cette recherche.

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe

Les « savoirs du religieux » dans la France du XXe siècle. Trois moments d’une histoire intellectuelle de la sécularisation L’expression « savoirs du religieux » désigne à la fois ce que savent ou croient savoir du religieux les sciences et ce que savent ou croient savoir du monde et d’elles-mêmes les religions. Les savoirs du religieux dessinent le lieu d’un écart et d’un échange, dont l’histoire éclairerait le devenir des rapports entre l’intelligence et la foi à l’époque contemporaine. Le propos de l’article s’organise autour de trois « moments » analogues : le « moment moderniste », le « moment progressiste » et le « moment 68 » et pour chacun d’eux, l’auteur retrace le contexte dans lequel on peut le comprendre et quelques-uns des enjeux qui le structurent.

Qohéleth et le Sutra du diamant, sagesses biblique et bouddhique

Dans la Bible et le bouddhisme Mahāyāna, du Grand Véhicule, la littérature dite sapientielle occupe une place déterminante, tant en raison de son volume que de sa vivifiante signification pour l’ensemble de chacune de ces traditions. Cet essai cherche à comparer ces deux types de littérature à partir d’un ancrage textuel précis dans chacune d’entre elles : le Sūtra du diamant pour le bouddhisme Mahāyāna, et l’Ecclésiaste ou livre de Qohéleth pour la Bible. L’auteur invite à une rencontre en vérité des traditions bouddhiste et judéo-chrétienne, qui exige de prendre le risque de comparer deux de leurs textes fondateurs.