Islam et pensée critique en contexte arabe au XXe siècle

Le champ de l’écrit sur l’objet religieux dans le monde arabe est, au long du XXe siècle, le cadre de recherches inédites portées par des hommes de différentes conditions mais dotés d’un capital culturel. Ils défendent le droit à une expression libre. Certains ont suivi un cursus de savant musulman ; tous sont, à un degré ou à un autre, marqués par des questionnements, démarches ou méthodes cristallisés dans l’espace européen. Ils ne constituent pas un mouvement cohérent, à l’inverse de leurs adversaires qui s’appuient sur les institutions traditionnelles des sciences islamiques. La réaction de ces derniers s’étend de la réplique argumentée à la justification de l’application de la peine capitale.

Éditorial 112/4

Il est plutôt rare de trouver dans les RSR des articles consacrés à l’islam ou au Coran pour eux-mêmes. Relire le premier numéro de 1910 donne pourtant à penser que les études islamologiques rejoignaient les préoccupations premières de la revue. Un article, intitulé « Qoran et tradition. Comment fut composée la vie de Mahomet », rédigé par l’islamologue, Henri Lammens, jésuite belge de Beyrouth, soulevait les questions de méthode propres au modernisme. Cette longue étude de plus de vingt pages suivait un article du théologien français jésuite Jules Lebreton, « La foi au Seigneur Jésus dans l’Église naissante », prolégomènes à son maître-livre de la fin des années 1930. Un semblable intérêt le guidait avec d’autres choix : comment écrire une vie de Jésus où l’histoire s’harmoniserait avec les Écritures et la Tradition ? Les RSR n’ont cessé de revenir sur le problème du « Jésus historique », la revue ne pouvant masquer les évolutions, bien sûr des débats, mais encore de ses prises de position, faisant de notre publication un des témoins et un des

L’appartenance du théologien à l’institution

Qu’elle s’exprime au sein d’institutions universitaires sous juridiction ecclésiastique ou dans un jeu relationnel complexe entre pouvoirs facultaires de l’université d’État et pouvoirs ecclésiastiques de nomination et de contrôle, l’appartenance du théologien à l’institution doit être abordée aujourd’hui sur deux terrains différents, intrinsèquement liés entre eux et en tension. L’article entre dans cette configuration par la théologie en s’interrogeant d’abord sur la mutation contemporaine de l’institutionnalité ecclésiale et sa répercussion sur le positionnement institutionnel du théologien et de la théologienne. Abordée en un deuxième temps, leur appartenance à l’institution universitaire, leur pose la question de savoir pour quelles raisons théologiques ils doivent laisser la place à une pluralité de savoirs, parmi eux les sciences sociales, et entrer en apprentissage par rapport à elles. C’est cette double « formalité » ou « appartenance » institutionnelle, difficile à réaliser en raison de la complexité « transdisciplinaire » qui en résulte et de la diversification culturelle et confessionnelle de ses configurations, qui conduira à situer le charisme du théologien et de la

Socialité et historicité de la théologie

Entre fortes aspirations au dialogue avec les sciences sociales et mise à distance, la théologie montre un déficit de prise en compte de sa propre socialité et de son historicité, sans une sociologie et une histoire pragmatiques et pratiques de la construction du savoir théologique. La théologie contemporaine est ainsi exposée tant au risque de l’enfermement dans une forme d’auto-référentialité, qu’au risque contraire de sa dilution dans une extra-référentialité. Le déficit de vrai tournant historique et l’instauration d’un rapport discontinu à l’histoire renforcent ces difficultés. Ici se joue tout l’enjeu de la réflexivité, qui va bien au-delà d’une clarification des modes de fonctionnement de la théologie mais relève aussi des effets ecclésiaux. Pour qu’advienne une théologie réflexive, une démarche proprement historienne, replaçant la socialité de la théologie dans sa variabilité historique, est nécessaire.

Nommer les savoirs du religieux : essai sur les enjeux de dénomination au moment moderniste

Il n’allait pas de soi, en 1910, de placer une revue d’érudition catholique sous le vocable de la « science religieuse ». Cette désignation s’inscrit dans un champ de forces, en tension avec d’autres dénominations possibles, chacune étant porteuse d’une conception des rapports entre théologie et sciences historiques et sociales. Les enjeux de ce réseau de possibles sont étudiés ici, dans le contexte très particulier de la crise moderniste, où se pose de façon aiguë la question de l’assimilation du legs méthodologique du XIXe siècle.

De l’appartenance à l’identité

Cette contribution étudie la conception de l’affiliation religieuse développée par l’institution catholique depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois étapes se succèdent : la première, qui caractérise la période préconciliaire, définit l’appartenance à l’Église suivant des critères objectifs liés au baptême et à la pratique – qui permettent d’établir une séparation stricte entre le monde et l’Église. Le second moment, qui trouve son point de cristallisation dans l’événement conciliaire, admet de définir l’identité chrétienne de manière plus poreuse en la soustrayant aux disciplines unitives propres à l’époque antérieure. Depuis la fin du pontificat de Paul VI, la théologie de la communion détermine une voie intermédiaire : si le magistère engage les fidèles à dialoguer avec le monde pluraliste, c’est dans le cadre d’une axiologie attachée à la souveraineté persistante de la morale objective établie par le magistère. La sociologie des religions permet-elle de rendre compte de cette évolution ? La réponse ici proposée est clairement positive. On la voit accompagner les trois moments théologiques : elle

Enjeux du numérique en théologie pastorale et en pédagogie religieuse

Comment le numérique et la promotion de l’image dans notre culture contemporaine modifient-ils non seulement les manières de vivre en Église, mais la manière de penser la foi et sa transmission ? C’est à un véritable bouleversement dans nos manières de penser, de communiquer, de former, de transmettre la foi et d’évangéliser, que le déploiement des technologies du numérique continue de nous conduire. C’est une sorte d’« écosystème digital » qu’elles établissent. La contribution prend en compte sept défis principaux qu’une e-pastorale et une « e-catéchèse holistique » s’emploient à relever à l’ère des « écologies digitales », du fait des modifications de nos rapports aux savoirs, à la vérité, à la temporalité, à l’autorité, à l’expérience spirituelle, à la pédagogie d’initiation et à la communauté. Ce sont des formes de combinaisons hybrides entre propositions pastorales et catéchétiques en présentiel et en ligne que nous sommes poussés à développer, car vu la loi de l’incarnation « synesthétique » au cœur de la foi chrétienne, le tout numérique demeure une illusion.

Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?