Les Recherches de Science Religieuse pendant la Grande Guerre

À la déclaration de guerre le 2 août 1914, Léonce de Grandmaison se trouvait être à la fois Directeur des Études et des Recherches de Science Religieuse, revue bimestrielle qu’il avait fondée en 1910. Pendant quatre ans, Études abordera sous bien des aspects, et très abondamment, les réalités de la guerre : du point de vue politique, militaire, moral et bien sûr religieux. Plus de dix articles de fond traiteront de l’Allemagne, de la guerre, du patriotisme, articles qui se veulent distanciés et équilibrés, mais qui trahissent, relus aujourd’hui, les courants dominants de l’opinion française et catholique de l’époque…

L’impact de la Première Guerre mondiale sur la théologie française : le cas Teilhard de Chardin

La pensée de Pierre Teilhard de Chardin a marqué l’histoire de la réflexion chrétienne au XXe siècle. Il se trouve qu’elle s’élabore au cours de la Première Guerre mondiale. À travers les nombreux écrits de cette période, les principaux thèmes sont élaborés. La réflexion sur la dimension cosmique et évolutive de l’existence humaine n’occulte pas la question du mal.

La Première Guerre mondiale et la mise en crise de la théologie protestante germanophone et francophone

En théologie protestante de langue allemande, la Première Guerre mondiale a été l’occasion d’une mise en question radicale des positions théologiques dominantes jusqu’alors. Des voix, dont celle du jeune Karl Barth, se sont élevées contre la théologie patriotique proposée au début de la guerre par les plus grandes figures théologiques de l’époque (Adolf Harnack, Wilhelm Herrmann et Ernst Troeltsch). À l’instar de Rudolf Bultmann, nombre de théologiens allemands d’abord aveuglés par le puissant élan patriotique des premiers mois de guerre ont, par la suite, questionné certaines associations trop rapides entre le destin de leur pays et la providence divine.

Le droit de guerre juste

Le droit de guerre juste, théorisé par les théologiens chrétiens, a développé des critères qui humanisent et rationalisent le jus ad bellum. Dans le contexte de la conquête espagnole, cette rationalisation a permis de penser des rapports justes avec les Indiens et de jeter les bases d’un droit international. Mais ce droit a préparé à son insu le nouvel ordre spatial des États modernes. Ce nouvel ordre s’est retourné contre l’idée d’une « juste » guerre, la Première Guerre mondiale en constituant le point d’aboutissement. Mais celle-ci a suscité en retour de nombreuses discussions sur le droit de guerre juste qui mériteraient d’être poursuivies dans le sens d’une réflexion sur une dialectique théologico-politique de la guerre et de la paix.

Patriotisme et théologie

Une convergence s’opère en 1914-1918 entre foi en Dieu et foi en la patrie. Comment la théologie justifie-t-elle cette représentation patrioticoreligieuse ? En même temps, des chrétiens continuent à promouvoir la paix et à défendre l’universalité de l’Église. Se rejoignent alors une théologie d’inspiration patriotique et un patriotisme justifié par la théologie qui cherchent à dépasser ces contradictions. Leurs discours motivent des engagements caritatifs et propagandistes ; ils affirment que la guerre est juste, sainte et divine ; ils fondent une théologie en acte qui fait du champ de bataille un Golgotha et du soldat mourant un nouveau Christ. Cela révèle l’extension de la guerre totale qui s’imprègne de toutes les forces vives, y compris religieuses.