La théologie de Moltmann en Chine : réception, dialogue et lectures comparatives

La présente contribution introduit à la réception de Jürgen Moltmann en Chine en offrant d’abord une vue d’ensemble de la réception de sa théologie chez les érudits chinois contemporains. La seconde partie « Une comparaison de la doctrine de Dieu chez Y. T. Wu et Jürgen Moltmann » propose une mise en parallèle innovatrice entre Le Dieu crucifié de Moltmann et la pensée d’une figure séminale de l’histoire moderne de l’Église chinoise : Y. T. Wu (1895-1979), un penseur chrétien controversé et initiateur du Three-Self Patriotic Movement (TSPM) dans l’Église protestante chinoise. La doctrine de Dieu proposée par Wu, telle qu’elle est introduite dans son No One Hath Seen God (沒有人看見過上帝), de 1943, est comparée à la relecture radicale du Dieu chrétien mise en œuvre par Moltmann à travers son trinitarisme social et le Dieu souffrant, des notions qui sont importantes dans les théologies chrétiennes chinoises qui se sont traditionnellement concentrées sur la christologie, le salut national (chez les modernistes), la piété personnelle (chez

Expériences transformées et transformatrices en Église

À la lecture du bilan méthodologique de Jürgen Moltmann (1999) et de son Éthique de l’espérance (2010), il se confirme comme penseur œcuménique de la mission propre des Églises : recevoir et transmettre un appel à la liberté, une incarnation sociale transformatrice et une anticipation messianique du Règne de vie. Les divers partenaires concrets évoqués par l’auteur indiquent des voies pratiques pour un tel vécu communautaire, qui répond à l’envoi du Christ et de l’Esprit par le Père. Il incarne librement, corporellement et politiquement la mission du Dieu trinitaire, dont la cohabitation aimante anime une convivialité transformée.

L’impulsion écologique chez Jürgen Moltmann

La théologie sert à aimer les êtres et les choses, c’est le cas chez Moltmann. Il choisit de penser l’espérance et dans l’espérance, ce qui est mis à rude épreuve quand il s’agit de donner à la théologie des outils pour se confronter de façon responsable à la crise écologique. Pour y parvenir il est nécessaire de remodeler des schémas traditionnels en matière de théologie – ce qu’il fait explicitement – dont l’un concernant la capacité à souffrir, de la part de Dieu aussi.

La Trinité comme programme social. Discussion à propos de la théologie politique et communionnelle de Moltmann

La tentative de Jürgen Moltmann de faire de la Trinité un programme social illustre une volonté audacieuse : penser le politique et le vivre-ensemble à partir d’un mystère théologique central du christianisme. En réinterprétant la périchorèse comme principe relationnel et égalitaire, il ouvre des pistes pour concevoir des modèles communautaires fondés sur la réciprocité, la solidarité et la coopération. Cependant, les critiques adressées à cette démarche rappellent les dangers d’une transposition trop directe entre théologie et politique : risque d’anthropomorphisme, projection d’idéaux modernes sur Dieu, affaiblissement de l’unicité divine ou encore instrumentalisation de la foi au service d’un projet social. Entre l’audace de l’analogie et la prudence des traditions théologiques, l’enjeu est de maintenir un équilibre : reconnaître la valeur heuristique de la pensée de Moltmann, sans réduire la Trinité à un simple modèle social. La communion trinitaire demeure un mystère qui inspire, mais qui résiste à toute appropriation politique. La véritable fécondité de cette réflexion réside sans doute moins dans une application

Jürgen Moltmann et la pensée protestante au XXe siècle

Sans conteste, Jürgen Moltmann figure parmi les plus grands théologiens protestants de la seconde moitié du XXe siècle et du début du XXIe siècle. Cet article cherche à situer son œuvre dans le paysage de la théologie protestante de son temps, en s’intéressant aux débats et discussions dans lesquels il s’engagea au fil de sa vie, avec les théologiens dialectiques qui le précédaient, mais aussi avec les penseurs qui lui étaient contemporains et pas forcément théologiens (comme Paul Ricœur, qui fut un lecteur de Moltmann principalement dans les années 1960 en lien avec la Théologie de l’espérance). Jürgen Moltmann fut un homme du dialogue, avec divers courants théologiques, philosophiques et scientifiques, qui nourrirent sa réflexion tout au long de son travail théologique.