Croire en commun – une affaire de style ?

L’objectif de cette contribution est de penser la lente sortie de la tradition catholique de l’édifice doctrinal de la fides ecclesiae médiévale en discutant les résistances qui s’y opposent. Dans la perspective du colloque qui consiste à repenser la place de la théologie comme « science de la foi » parmi les sciences sociales, elle s’appuiera sur le geste fondateur de celles-ci, posé par les Émile Durkheim, Ernst Troeltsch, Rudolph Sohm et Max Weber : le premier installant l’Église comme objet dans le champ du social, lui enlevant tout privilège ontologique et la mettant au cœur  du social, le deuxième distinguant trois types de socialisation chrétienne en interaction (Église, secte, mystique) et les deux autres initiant l’intérêt pour la structure charismatique de la communalisation sociale et ecclésiale. Le « théologique » qui, dans ce geste différencié se révèle à la racine des sciences sociales place la théologie face à une « héritière » et la met en position d’apprentissage critique. Comment dès lors comprendre et penser la sortie de la fides ecclesiae médiévale et

L’immédiateté de Dieu dans l’ordinaire de la vie chrétienne : les charismes au service d’une Église synodale

La théologie des charismes pâtit jusqu’à aujourd’hui d’une assimilation des charismes à l’« extraordinaire » : Dieu ne pourrait se donner de manière immédiate que dans l’« extraordinaire ». Cet article vise au contraire à mettre en évidence comment les charismes s’inscrivent dans l’ordinaire de la vie vertueuse et se déploient en vocations au service du Royaume. Dans cette perspective, en conjonction avec le sensus fidei, ils contribuent au discernement de l’Esprit à l’œuvre dans l’Église, appelée à être toujours plus authentiquement synodale.

La réception du concile Vatican II entre théologie et histoire

La controverse nouée en 2005 entre théologiens et historiens, autour de l’analyse du concile Vatican II comme événement ou comme texte du genre littéraire « constitutionnel », relève d’une histoire intellectuelle. Mais elle participe aussi d’une histoire du catholicisme contemporain marquée par les débats qui se succèdent sur la façon de mettre en œuvre l’aggiornamento. Si la majorité des protagonistes a le souci de donner toute sa validité à un concile vécu comme « de transition » et « pastoral », les uns en font une lecture conservatrice, l’inscrivant dans le prolongement de Vatican I et d’un catholicisme intransigeant, critique de la modernité ; les autres soulignent son caractère radicalement innovateur, tout en relisant à partir des textes conciliaires l’ensemble de l’histoire de la révélation à travers la notion de « signes des temps ». La réception conciliaire devient ainsi un observatoire privilégié pour comprendre l’histoire d’un catholicisme qui se mondialise, dans le contexte d’un écart qui s’approfondit entre le magistère romain et l’évolution des mœurs.

Itinéraire de Karl Rahner

Partant de l’intervention de Karl Rahner au colloque à Budapest sur « La responsabilité de l’homme dans le monde d’aujourd’hui », quelques semaines avant sa mort en 1984 – en quelque sorte son testament théologique –, l’article présente l’itinéraire du théologien, se focalisant sur sa vision du « monde ». Ayant contribué au changement de cette vision dans l’Église, la pensée de Karl Rahner s’est transformée elle-même dans cette évolution.

Obéissance ecclésiale comme engagement et protestation

L’intention la plus profonde de Karl Rahner ayant toujours été celle d’être un théologien au service de son Église et des hommes, divers conflits sont nés autour de sa théologie, avant et après le Concile Vatican II. Si, dans un premier temps, il a cherché prioritairement à renforcer la position du croyant individuel et la liberté de la parole et de la théologie, il a tenté, après le Concile, de défendre cette première mise en œuvre de l’Église universelle comme le « début d’un début ». À côté du débat autour du « chrétien anonyme », il faut signaler surtout son engagement en faveur d’une nouvelle place des femmes au sein de l’Église. Alors qu’avant le Concile, Rahner était partiellement contesté, mais reconnu, certains, après le Concile, ont mis en doute son orthodoxie objective, signe du changement radical de la théologie et de l’Église à cette époque.

La naissance d’une théologie pratique et pastorale

Vatican II a introduit une nouvelle manière d’élaborer un discours chrétien et d’exprimer la foi chrétienne, mais ce renouveau de la théologie a besoin d’être poursuivi et approfondi si celle-ci ne veut pas être marginalisée, car la situation présente du monde et de l’Église lui lance de nouveaux défis. L’article questionne le rôle du Concile dans cette révolution puis réfléchit aux nouveaux approfondissements exigés dans la situation actuelle. L’enjeu pour la théologie est de demeurer enracinée dans son terreau et de reprendre la question du salut dans le Christ à partir du cri des pauvres et de la terre. S’appuyant certes sur des spécialistes voués au travail théologique, elle ne pourra pas s’isoler du travail d’interprétation menée par les communautés.

À propos des synodes : l’histoire nous interroge

Le théologien a encore beaucoup à apprendre de l’histoire des synodes comme tels. Après une clarification des termes (synode, synodalité, collégialité), l’article cherche à illustrer cette affirmation en abordant quelques problèmes particuliers : la nature de l’événement synodal, celle de la repraesentatio synodale, le synode comme liturgie, le tournant de Vatican II.

Synodalité et ecclésiologie de l’Église universelle

L’ecclésiologie à perspective universaliste qui a été, sur le très long terme, celle de l’Église catholique, n’a pas favorisé l’émergence d’institutions incarnant une synodalité réelle, notamment entre les évêques et donc les Églises locales dont ils ont la charge. Ce qui aurait pu aller en ce sens a, après le concile, été délibérément freiné par plusieurs initiatives en provenance de Rome. Il est vrai que le concile lui-même, en promouvant une vision de la « collégialité » en termes de collège épiscopal succédant au collège des apôtres, en est resté à une perspective universaliste. Une autre relecture des origines chrétiennes permettrait de fonder une véritable ecclésiologie de communion des Églises.

Théologie et manifestations de la synodalité : un défi permanent pour l’Église

Depuis ses origines, l’Église a vécu et s’est structurée de manière synodale, comme le montre l’expérience du premier millénaire. La doctrine russe de la sobornost a rappelé la dimension organique et synodale de la vie ecclésiale. L’ecclésiologie eucharistique permet de comprendre que cette synodalité fait partie de la nature de l’Église, s’enracinant dans le mystère de la Sainte Trinité. En outre, la synodalité va toujours de pair avec la primauté et réciproquement, à tous les niveaux de la vie ecclésiale : locale, régionale et universelle.

La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme