Laudato si’ : un changement dans ce que signifie la conversion ?

L’encyclique Laudato si’ appelle de manière prophétique à la conversion écologique. S’il n’est pas question de remettre en cause cette lecture, l’auteur analyse le déplacement qu’opère le pape François du discours de conversion à lui donnant un tour sapientiel afin de s’adresser à des lecteurs non-chrétiens et de poursuivre, dans le dialogue, la recherche de solutions pour prendre soin de la maison commune. C’est pourtant au cœur de cette ouverture qu’est maintenue le lien intrinsèque de la conversion écologique à la confession de foi, lien figuré par la référence à François d’Assise ; à la fois sage et saint. S’esquissent ainsi les contours d’un langage d’appel à la conversion écologique selon l’Esprit de Jésus-Christ, propre à une spiritualité vécue dans un temps de postchrétienté.

La « conversion écologique » : un concept pas si évident en éthique

La contribution cherche à comprendre la fascination pour l’idée d’une conversion écologique qui semble être tellement évidente et reste malgré tout confrontée à une réalité peu favorable à un tel discours et à un véritable changement de comportement. L’utilisation du mot « conversion » évoque un champ sémantique complexe et contaminé, notamment dans le contexte de la communication religieuse. Si l’éthique théologique ne veut pas se contenter de l’exégèse des encycliques, elle doit entrer dans une analyse plus critique des niveaux de l’exhortation, de la motivation et de l’argumentation en dialogue avec les sciences humaines. Une éthique théologique compréhensible et crédible est appelée à sortir de sa bulle convictionnelle pour que l’idée noble d’une conversion écologique devienne opérationnelle.

Faut-il une conversion écologique de l’agir politique ?

Pour répondre aux défis de la transition écologique, il faut une transformation profonde de l’agir politique. Mais le terme de conversion est-il adéquat pour décrire cette transformation ? Les appels des prophètes à la conversion politique peuvent nous inspirer, à condition de les transposer de manière analogique au contexte moderne. La conversion peut alors être comprise comme la réorientation de l’agir politique lorsqu’il n’est plus aligné avec le bien commun.

Quelle rationalité pour quelle conversion écologique ?

La conversion écologique suppose de choisir – plutôt que subir – un bouleversement des habitudes et des modes de vie et de multiples transformations institutionnelles, afin de créer les conditions de sociétés moins inhospitalières aujourd’hui et demain. Entendue comme un cheminement intérieur et pratique, transdisciplinaire et holistique, individuel et collectif, elle appelle à de profondes révisions de nos manières de penser et d’agir, à toutes les échelles. L’approche épistémologique des six portes du Manuel de la Grande Transition, conçu dans le cadre de l’expérience vécue au Campus de la Transition, est présentée.

Nos traditions théologiques revisitées pour faire face au défi écologique

 « Elle passe, la figure de ce monde ». C’est ainsi que l’apôtre Paul mettait en garde il y a deux millénaires. Le présent exposé examinera, parmi les sources de la tradition, celles qui, au lieu de déplorer une stabilité perdue, considèrent plutôt le cycle de genesis et de phthora, de venue à l’existence et de disparition, comme le processus par lequel Dieu amène l’ensemble de la création au résultat final prévu dès le commencement. Nous allons voir qu’il faut pour cela prendre au sérieux la proclamation de l’Évangile selon lequel la vie advient par la mort, un don qui, à son tour, libère la création afin qu’elle fleurisse d’une manière que nous ne pouvons même pas imaginer.

La lente émergence de l’idée de conversion écologique dans le monde catholique

L’encyclique Laudato si’ invite à une « conversion écologique ». D’autres textes magistériels l’avaient précédée dans cette voie, marquant ce qu’Adolphe Gesché avait qualifié de « tournant cosmocentrique », par contraste au « tournant anthropocentrique » (Karl Rahner), caractéristique de Vatican II. Ce double tournant explique pourquoi, en dépit de signaux précoces alertant sur la dégradation de l’environnement et sur la responsabilité humaine, le monde catholique a perçu plus tardivement que le monde protestant la nécessité d’un changement d’attitude. En outre, cela pose la question de la place de l’humain au sein du monde selon le dessein créateur de Dieu. Parler de « conversion » suppose un retournement ou un décentrement vers Dieu, mais un Dieu qui confère à chaque créature une « valeur propre ».