La substitution pénale. De Luther à Bossuet

Le hasard n’est pas étranger au constat d’un recours de Luther et de Bossuet à des références scripturaires sensiblement identiques, en particulier Ga 3, 13, pour justifier et illustrer l’universalité et la variété des péchés endossés par le Christ chargé de les expier, à titre de substitut pénal. Mais alors que Luther lie cette thèse à celle de la justification par la foi et voit dans le Christ le lieu d’un combat entre son innocence victorieuse et le péché assumé, Bossuet, prédicateur, se plaît à charger le Christ des souffrances les plus atroces par lesquelles le Père se venge de nos fautes assumées par lui. Quel crédit accorder au thème de la substitution pénale ? Il appelle bien des réserves à adapter à chacun de ces deux modèles. Serait-il à ranger dans le domaine des dérives d’une certaine théologie périmée ? Le renouveau qu’il a connu, parrainé par des théologiens contemporains de renom, ne lève pas son ambiguïté : le Christ ayant agi à notre place, serions-nous dispensés de coopérer ?

Au-delà de 2017

La commémoration des origines de la Réforme en l’année 2017 est un jalon sur un itinéraire en vue de la pleine communion. Le dialogue luthéro-catholique a déjà permis d’atteindre un consensus sur des questions fondamentales et doit trouver là un élan pour franchir de nouveaux pas. Encore faut-il persévérer dans une expérience proprement spirituelle de réconciliation et de guérison, par-delà les blessures héritées du passé. Le dialogue doit aussi se poursuivre sur le plan doctrinal ; l’article montre comment il serait possible d’aller de l’avant sur des questions controversées, comme celles de la succession apostolique et du ministère de communion dans l’Église universelle.

Luther et la théologie luthérienne dans le mouvement oecuménique

Luther et la théologie luthérienne sont deux choses bien distinctes, et doivent l’être plus encore dans un âge oecuménique. Les simplifications du confessionnalisme ont laissé la place à un travail de reconstruction critique, à la fois entre Églises luthériennes séparées par des divisions, entre Églises de la Réforme, ou dans le cadre du dialogue luthérien-catholique. De remarquables acquis méthodiques ainsi que thématiques ont été atteints, ouvrant la voie à des communions ecclésiales. Comment faut-il aborder les points d’achoppement qui demeurent ?

Église catholique, réforme et méthodologie oecuménique

La méthodologie du consensus différencié, mise en œuvre dans le dialogue luthéro-catholique, a permis d’obtenir un accord historique sur la justification. Elle a d’ores et déjà pu être appliquée à d’autres sujets. Elle ne saurait toutefois être considérée comme la voie unique dans le processus de recomposition de l’unité. Une meilleure articulation avec la notion de réforme permet de mettre en évidence ce que l’interpellation luthérienne garde d’actuel, sans pour autant figer le débat à un stade historique de cimentation des différences confessionnelles.

Luther d’après les recherches récentes

Université de Strasbourg Luther a repris les dogmes de l’Église ancienne et s’est inspiré des Pères de l’Église ancienne ainsi que des écrits de la mystique rhénane et de la théologie de la piété du XVe siècle, tout en les jugeant à l’aune de l’Écriture sainte qui est, pour lui, l’autorité principale. Dans ses premiers cours, il souligne que la justice de Dieu annoncée par l’Évangile est une justice miséricordieuse. C’est de cette justice que le croyant, malgré son péché, peut vivre. En 1517 ses 95 thèses critiquent la pratique des indulgences. Il qualifie le pape d’Antichrist et en appelle au concile et aux autorités temporelles de l’Empire. Il n’admet plus que deux sacrements, proclame le sacerdoce universel de tous les chrétiens et se résout à la mise en place d’Églises évangéliques distinctes de l’Église romaine, desservies par des pasteurs mariés et célébrant le culte dans la langue du peuple. L’article présente la démarche et les affirmations théologiques de Luther,

Pouvons-nous nous adresser à Dieu ? Et si oui, que faisons-nous ?

La prière est un phénomène étonnant. Les uns y tiennent de tout cœur, les autres la prennent pour un acte de superstition. L’auteur s’intéresse au mode spécifique de parler qui caractérise la prière. Qui prie, à vrai dire ? Seulement celui qui s’adresse à Dieu, ou – avec lui – aussi celui à qui la prière est adressée ? En s’engageant sur cette piste, des questions diverses, comme celle de la possibilité (ou impossibilité) de la prière, de son exaucement (ou non), de son caractère illusoire (ou non) rencontrent des réponses imprévues. Que faisons-nous avec nos paroles, et nos paroles, que font-elles de nous, quand nous prions ?