Bulletin d’histoire contemporaine (XIXe-XXIe) (106-3/2018)

Le présent bulletin, établi selon les principes définis il y a trois ans (RSR, 103/3, 2015, 419), analyse des ouvrages parus en 2015, 2016 et 2017 (à deux exceptions près). I. L’historien et son objet d’étude 1. Fouilloux Étienne, Fourcade Michel, Religion, culture et histoire. Lignes de vie et de recherche, Éditions CLD, Paris, 2015, 279 p. 2. Michel Florian, La chapelle vide. Entre sécularisation et laïcité impérative, itinéraire historien, Éditions CLD, Paris, 2017, 140 p. 3. Langlois Claude, Le continent théologique. Explorations historiques, PUR, Rennes, 2016, 358 p. II. Enjeux internationaux 4. Lamberts Emiel, Struggle with Leviathan. Social Responses to the Omnipotence of the State, 1815-1965, Leuven University Press, Leuven, 2016, 343 p. ; trad. it., La lotta con il Leviatano. Percorsi di un ordine politico conservatore in Europa (1815-1965), Rubbettino, Soveria Mannelli, 2016, 492 p. ; trad. fr., Les catholiques et l’État. Un tableau européen, DDB, Paris, 2018, 463 p. 5. Gruaz Laurent, Les Officiers français des zouaves pontificaux. Histoire et devenir entre XIXe et XXe siècle, Honoré Champion, Paris, 2017, 715 p. 6. Dumons

La question de la providence divine dans les Écritures

Le parcours, relativement linéaire, part d’un constat : les saintes Écritures d’Israël ont constamment maintenu l’existence de la providence divine en lui opposant, sous forme de question, la rétribution indigne et scandaleuse des justes. Il finit avec un constat inverse : c’est dans la mort scandaleuse du juste par excellence que s’accomplit définitivement la bienveillance prévenante et toute-puissante de Dieu pour notre humanité. De l’un à l’autre constat se donnent à lire toute l’interrogation et la réflexion des sages d’Israël, de l’Ancien et du Nouveau Testament.

L’épreuve de la providence

La providence fut longtemps conçue comme la mise en oeuvre infaillible d’un plan fixé de toute éternité. Ces dernières décennies, une nouvelle prise en compte de la toute-puissance de Dieu et de la liberté humaine a conduit au rejet de l’ancienne conception : la providence s’exerce dans une histoire ouverte, dont Dieu a pris le risque. L’évaluation des enjeux, des critères d’appréciation et de la pertinence de cette évolution se prolonge par l’exposé des éléments fondamentaux d’une théologie du Christ comme manifestation, bénéficiaire et fin de la providence et par l’examen de ses conséquences pour la prière de demande, l’abandon à la providence et notre participation à celle-ci par la charité.

Bulletin Johannique (106-2/ 2018)

Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, CNRS, TDMAM (Centre Paul-Albert Février), UMR 7297 Université catholique de Lyon – Faculté de théologie Le Bulletin johannique rédigé par Michèle Morgen jusqu’en 2015 est poursuivi par David Pastorelli (Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse-CNRS, UMR 7297) pour l’évangile et les épîtres de Jean et par Jacques Descreux (Faculté de théologie de Lyon) pour l’Apocalypse. Le premier recense trente et un titres, le second cinq. Quelques lignes directrices émergent à la lecture des publications actuelles. Tout d’abord, au niveau synchronique, l’intérêt de l’exégèse actuelle pour les personnages de l’évangile est confirmé par l’édition de deux recueils parus la même année (4 et 11). Études de personnages et réflexions méthodologiques composent ces deux volumes. Au total cinquante chercheurs ont mis leur talent au service de l’analyse narrative. Par ailleurs, l’emploi de l’Ancien Testament dans l’évangile est discuté autant par l’ancienne génération (22) que par la nouvelle (7). Les débats au niveau historique restent d’actualité.

Bulletin d’ecclésiologie (106-2/ 2018)

Université catholique de Lyon – Faculté de théologie Il va de soi que les sections de ce Bulletin présentent quelque chose d’arbitraire : plusieurs ouvrages pourraient en fait être déplacés, notamment dans la section « ecclésiologie fondamentale ». Nous distinguons entre « bilans et prospectives » et « perspectives d’avenir », selon que, de par la date de leur parution, les ouvrages prennent plus ou moins en compte les orientations de l’actuel pontificat. *** I. Bilans et prospectives : depuis l’Europe 1. Famerée Joseph (dir.), La situation critique de l’Église catholique. Analyses et perspectives, « Cahiers de la RTL » 40, Peeters, Leuven/Paris/Bristol, 2015, 259 p. 2. Focant Camille (dir.), L’Église catholique a-t-elle donné sa chance au concile Vatican II ? Analyses et perspectives, « Cahiers de la RTL » 41, Peeters, Leuven/Paris/Bristol, 2016, 417 p. 3. Famerée Joseph, Ecclésiologie et oecuménisme. Recueil d’études, BEThL 289, Peeters, Leuven/Paris/Bristol, 2017, 668 p. II. Bilans et prospectives : depuis les États-Unis 4. McDonough Peter, The Catholic Labyrinth. Power, Apathy and a Passion for Reform in the American Church, OUP, Oxford, 2013, 389 p. 5. Hinze Bradford E., Prophetic Obedience. Ecclesiology for a Dialogical Church, Orbis Books,

« Que ta volonté soit faite » selon Origène, Grégoire de Nysse et Maxime le Confesseur

L’interprétation du verset du Notre Père : « que ta volonté soit faite » par Origène dans son traité Sur la prière reprend l’idée philosophique stoïco-platonicienne qu’il faut imiter par son intellect le bon ordre du cosmos, mais il présente la figure d’un Dieu paternel, nullement inflexible, mais au contraire réagissant au coup par coup, selon son propre plan, à la quête spirituelle de l’homme et à sa liberté. Grégoire de Nysse dans ses Cinq homélies sur le Notre Père présente une interprétation qui tient davantage compte du lien de l’âme avec le corps : faire la volonté de Dieu, c’est retrouver la santé de l’âme que le Christ médecin a réintroduit en l’homme en soignant le mal par le mal, le mal du péché par le mal de la Croix. Après ses deux prédécesseurs, Maxime le Confesseur, dans sa Brève explication du Notre Père, propose à l’homme d’imiter les anges en se libérant des passions, ou plutôt en réemployant ses passions dans la quête amoureuse par l’intellect de la volonté divine. Pour lui, le Christ à Gethsémani a donné

Éditorial (106/2 – 2018)

Parler aujourd’hui de la Providence par Dans l’actuel processus de « réinterprétation » du mystère chrétien, la question de la Providence divine joue un rôle-clé. Que disent les chrétiens quand, s’adressant à Dieu, ils lui demandent d’accomplir Sa volonté ? Que font-ils quand ils lui attribuent une volonté, un désir, un dessein ?

Repenser la Providence

La notion classique de providence divine (conduite du monde par un Dieu bienveillant) soulève plusieurs objections : la présence du mal, la liberté de l’homme, la conception d’un agir divin. À la différence de la perspective stoïcienne qui mettait l’accent sur l’ordre du monde, la tradition chrétienne valorise une liberté qui ouvre une histoire. La poursuite de cette histoire fait appel à une pluralité d’instances.

S’abandonner à la Providence

Après s’être cherchée dans les apories du pur amour, c’est dans « l’abandon à la Providence » que s’est reconnue la mystique moderne à la fin du XIXe siècle – à l’époque précisément où la main de Dieu devenait de moins en moins lisible dans l’histoire. Le traité de L’Abandon et la littérature qu’il ne cesse d’inspirer depuis, invitent à passer de la considération de l’histoire comme lieu de manifestation d’une volonté (celle de Dieu Providence), à la concentration sur l’instant présent comme exercice d’union à Dieu dans  « l’indifférence », gage de paix et de joie indicibles. L’abandon mystique au « sacrement du moment présent » déplace ainsi le terrain de la théodicée. Face à l’apparente inertie divine devant le triomphe des « ennemis de Dieu », la charge de la preuve d’innocence ne revient plus à Dieu mais au sujet mystique. C’est la qualité de son abandon qui devrait valoir, aux yeux des autres, théodicée, justification de la bonté de Dieu, de sa bienveillance, de sa providence. Le Dieu des mystiques n’a décidément rien à voir avec le Destin, même sous sa forme christianisée, la

Philosophes devant l’histoire

La philosophie ne s’est pas toujours intéressée à l’histoire, entendue comme développement immanent de l’aventure humaine, finalisé vers un but atteignable par l’industrie des hommes. Un tel intérêt est désormais compromis devant le constat des désillusions engendrées par ces grandes épopées idéologiques. Dès lors faut-il s’incliner devant le fait que présentisme et fatalité dominent désormais pensée et action ? Et si oui, à quel prix ?