Bulletin de théologie sacramentaire (105/4 – 2017)

Ces dernières années ont vu la publication de plusieurs ouvrages particulièrement suggestifs sur l’eucharistie ; il convenait dans ce bulletin des honorer, c’est pourquoi nous commencerons par ceux-ci. Certains des auteurs poursuivent un travail sur l’histoire de la liturgie eucharistique et les élaborations théologiques qui l’accompagnent, donnant ainsi un aperçu sur cette étonnante efflorescence (merci à Jean-Baptiste Sèbe qui a recensé l’ouvrage d’Arnold Angenendt). Plusieurs s’affrontent à la question difficile de la « présence réelle » : comment en rendre compte, après notamment la critique heideggérienne de la métaphysique ? D’autres enfin abordent l’eucharistie à partir de questions actuelles. Le synode sur le mariage et la famille a donné lieu à d’abondantes publications, notamment sur les questions les plus débattues. J’ai rendu compte d’une dizaine d’entre elles dans une note publiée dans le Tome 103/2 des RSR (avril-juin 2015). Je ne reviendrai donc pas sur celles-ci, mais recense ici d’autres ouvrages sur le mariage, certains en rapport avec le synode. La troisième partie du bulletin rend compte de livres sur les sacrements du baptême et de l’ordre ; elle est suivie

Bulletin de théologie de la création et sciences (105/4 – 2017)

Comme dans les bulletins précédents, on distinguera les ouvrages qui traitent de théologie de la création, ceux qui abordent plus explicitement la question écologique, ceux qui portent sur la relation entre théologie et sciences de la nature, pour terminer par quelques études teilhardiennes. Il est clair que les frontières entre ces catégories sont extrêmement poreuses.  I. Théologie de la création 1. Re Manning Russell et alii (Éds.), The Oxford handbook of natural theology, OUP, Oxford, 2013, 632 p. 2. Fergusson David, Creation, Eerdmans, Grand Rapids, 2014, 150 p. 3. Bracken Joseph A., The World in the Trinity. Open-Ended Systems in Science and Religion, Fortress Press, Minneapolis, 2014, 224 p. 4. Rubini Costantino, Il divenire della creazione. In dialogo con Karl Rahner e Jurgen Moltmann, Città Nuova, Roma, 2013, 298 p. 5. Revol Fabien, Le temps de la création, Éd. du Cerf, Paris, 2015, 400 p. 6. Kärkkäinen Veli-Matti, Creation and Humanity, Eerdmans, Grand Rapids, 2015, 554 p. 7. Greenway William, For the Love of All Creatures, Eerdmans, Grand Rapids, 2015,

Note sur « Jésus, l’encyclopédie », J. Doré et Chr. Pedotti

L’ouvrage représente un événement éditorial en France, dans l’édition francophone, appelé à une postérité universelle. Organisateurs et auteurs se sont mobilisés pour faire connaître Jésus de manière attrayante, convaincante et libérante. On ne peut d’abord que renvoyer au génie pédagogique mis en oeuvre dès l’Avant-propos de Jean Mouttapa, directeur du secteur « spiritualité » chez Albin Michel, l’introduction nuancée de Joseph Doré et le mode d’emploi proposé pour explorer le volume…

Les Recherches de Science Religieuse pendant la Grande Guerre

À la déclaration de guerre le 2 août 1914, Léonce de Grandmaison se trouvait être à la fois Directeur des Études et des Recherches de Science Religieuse, revue bimestrielle qu’il avait fondée en 1910. Pendant quatre ans, Études abordera sous bien des aspects, et très abondamment, les réalités de la guerre : du point de vue politique, militaire, moral et bien sûr religieux. Plus de dix articles de fond traiteront de l’Allemagne, de la guerre, du patriotisme, articles qui se veulent distanciés et équilibrés, mais qui trahissent, relus aujourd’hui, les courants dominants de l’opinion française et catholique de l’époque…

L’arrivée des penseurs orthodoxes en Europe occidentale à la suite de la révolution d’Octobre

Cet article fait le récit de quelques débats qui agitèrent l’intelligentsia russe au cours de la Première Guerre mondiale puis présente l’un des principaux fruits du renouveau de la pensée chrétienne orthodoxe post-moderne, à savoir la redécouverte de l’icône et l’invention de l’art concret. Vladimir Ern et Nicolas Berdiaev, Vassily Kandinsky, et Serge Boulgakov, des intellectuels passés par le marxisme et le nietzschéisme avant de retrouver la foi chrétienne, furent les principaux protagonistes de cette prise de conscience de la fin de la Modernité et de l’avènement d’un « nouveau Moyen-Âge ». Leur influence sur la pensée occidentale fut considérable.

L’impact de la Première Guerre mondiale sur la théologie française : le cas Teilhard de Chardin

La pensée de Pierre Teilhard de Chardin a marqué l’histoire de la réflexion chrétienne au XXe siècle. Il se trouve qu’elle s’élabore au cours de la Première Guerre mondiale. À travers les nombreux écrits de cette période, les principaux thèmes sont élaborés. La réflexion sur la dimension cosmique et évolutive de l’existence humaine n’occulte pas la question du mal.

La Première Guerre mondiale et la mise en crise de la théologie protestante germanophone et francophone

En théologie protestante de langue allemande, la Première Guerre mondiale a été l’occasion d’une mise en question radicale des positions théologiques dominantes jusqu’alors. Des voix, dont celle du jeune Karl Barth, se sont élevées contre la théologie patriotique proposée au début de la guerre par les plus grandes figures théologiques de l’époque (Adolf Harnack, Wilhelm Herrmann et Ernst Troeltsch). À l’instar de Rudolf Bultmann, nombre de théologiens allemands d’abord aveuglés par le puissant élan patriotique des premiers mois de guerre ont, par la suite, questionné certaines associations trop rapides entre le destin de leur pays et la providence divine.

Le droit de guerre juste

Le droit de guerre juste, théorisé par les théologiens chrétiens, a développé des critères qui humanisent et rationalisent le jus ad bellum. Dans le contexte de la conquête espagnole, cette rationalisation a permis de penser des rapports justes avec les Indiens et de jeter les bases d’un droit international. Mais ce droit a préparé à son insu le nouvel ordre spatial des États modernes. Ce nouvel ordre s’est retourné contre l’idée d’une « juste » guerre, la Première Guerre mondiale en constituant le point d’aboutissement. Mais celle-ci a suscité en retour de nombreuses discussions sur le droit de guerre juste qui mériteraient d’être poursuivies dans le sens d’une réflexion sur une dialectique théologico-politique de la guerre et de la paix.

Patriotisme et théologie

Une convergence s’opère en 1914-1918 entre foi en Dieu et foi en la patrie. Comment la théologie justifie-t-elle cette représentation patrioticoreligieuse ? En même temps, des chrétiens continuent à promouvoir la paix et à défendre l’universalité de l’Église. Se rejoignent alors une théologie d’inspiration patriotique et un patriotisme justifié par la théologie qui cherchent à dépasser ces contradictions. Leurs discours motivent des engagements caritatifs et propagandistes ; ils affirment que la guerre est juste, sainte et divine ; ils fondent une théologie en acte qui fait du champ de bataille un Golgotha et du soldat mourant un nouveau Christ. Cela révèle l’extension de la guerre totale qui s’imprègne de toutes les forces vives, y compris religieuses.