L’apostolicité de l’Église. Pour une théologie œcuménique des origines chrétiennes

Tirant profit des recherches historiques rassemblées dans ce numéro et dans celui qui l’a précédé en 2013 (101/4), le dernier article de ce dossier tente d’esquisser une théologie des origines chrétiennes. Cette esquisse suppose que le concept d’apostolicité, relevant traditionnellement du « ius divinum » positif, soit libéré de son carcan néoscolastique et repensé dans une perspective oecuménique ; ce qui pourra se faire par une nouvelle confrontation entre, d’un côté, ce que l’histoire et l’exégèse critique nous apprennent de la normativité interne à l’Église naissante et, de l’autre, ce que les différentes Églises chrétiennes et l’Église catholique attendent de leur rapport aux origines. L’hypothèse consiste à interpréter les marqueurs essentiels de l’apostolicité, pouvant entrer dans un « consensus différencié », non pas comme étant « de droit divin » mais, à l’aide du paradigme grammatical, en termes de « grammaire générative ». Il faut alors montrer que « l’irréversibilité », caractéristique décisive de la Révélation chrétienne, peut être honorée dans une telle interprétation grammaticale de l’apostolicité, mieux ajustée aux développements multiples du christianisme post-apostolique que

Message et communauté : une articulation délicate

La communion ecclésiale est d’abord partage des mêmes biens de salut. Deux dimensions se trouvent donc dessinées, celle de la communauté et celle, première, de l’adhésion de la communauté au message qui la constitue. La tradition catholique considère comme centrale l’importance d’un ministère, au service de la communauté, qui est aussi, et sans doute d’abord, un magistère, au service de l’authenticité du message. La légitimité de ce ministère/magistère est placée sous le signe de l’apostolicité. L’article envisage un certain nombre de « blocages » qui, dans l’histoire, ont pu affecter le jeu entre ces deux dimensions, dus notamment à une personnalisation, à tendances monopolistiques, du ministère comme du magistère. Il propose quelques perspectives de dépassements.

La notion d’apostolicité dans les premiers siècles

Depuis Lightfoot en 1865, la définition classique d’une apostolicité réservée aux seuls « Douze apôtres » fut remise en cause par les exégètes qui en vinrent à une position de plus en plus critique vis-à-vis de la réalité historique de cette institution et préférant, à l’instar d’Harnack, la cantonner à une pure fonction charismatique. Il est temps de réviser cette révision, pour certes proposer une extension plus grande du concept d’apôtre, mais aussi tenter de le redéfinir à la lumière du nouveau paradigme historique concernant l’histoire des premières communautés et de la prise en compte de l’histoire de sa réception par les premiers Pères de l’Église.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.

Bulletin de judaïsme ancien (2) 103/1 (2015)

I. Histoire du judaïsme à l’époque hellénistique et romaine 1. Gruen Erich S., Rethinking the Other in Antiquity, Princeton University Press, Princeton/Oxford, 2011, XIV + 415 p. 2. Bar-Kochva Bezalel, The Image of the Jews in Greek Literature : The Hellenistic Period, « Hellenistic Culture and Society » 51, University of California Press, Berkeley, 2010, XIV + 606 p. 3. Popovićć Mladen (dir.), The Jewish Revolt Against Rome : Interdisciplinary Perspectives, Brill, Leiden et Boston (Mass.), 2011, XII + 472 p. 4. Schwartz Daniel R., Reading the First Century. On Reading Josephus and Studying Jewish History of the First Century, WUNT I 300, Mohr Siebeck, Tübingen, 2013, XVIII + 204 p. 5. Williams Margaret H., Jews in a Graeco-Roman Environment, Mohr Siebeck, Tübingen, 2013, VI + 462 p. 6. Cotton Hannah M., Di Segni Leah, Eck Werner, Isaac Benjamin, Kushnir-Stein Alla, Misgav Haggai, Price Jonathan et Yardeni Ada (dir.), Corpus Inscriptionum Iudaeae/Palaestinae. Volume I : Jerusalem, Part 2 : 705-1120, Walter De Gruyter, Berlin, 2012, XVI +

Bulletin de judaïsme ancien (1) 103/1 (2015)

Les textes de Qumrân et les études bibliques (1-15) Dans leur très grande majorité, les ouvrages que je présente ici sont des publications collectives. Attentif aux lecteurs des RSR, théologiens et biblistes surtout, j’ai tenu à sélectionner et à valoriser en priorité ce que j’estimai devoir les concerner. Ce faisant, j’ai veillé à ce que ce Bulletin, à la parole libre, puisse être lu au premier degré, à la manière d’un article. 1. Abegg Martin G. Jr, Bowley James E., Cook Edward M. in Consultation with Ulrich E., The Dead Sea Scrolls Concordance. Volume Three : The Biblical Texts from the Judæan Desert, Brill, Leiden/Boston, 2010, Part One-Part two : XVI-762 p. 2. Tov Emanuel, Revised Lists of the Texts from the Judæan Desert, Brill, Leiden/Boston, 2010, VIII-140 p. 3. Lim Thimothy H., Collins John J. (Éds.), The Oxford Handbook of the Dead Sea Scrolls, Oxford University Press, Oxford, 2010, XX-786 p. 4. Kotzé Gideon R., The Qumran Manuscripts of Lamentations. A

Bulletin d’Ancien Testament – Pentateuque 103/1 (2015)

1. Kratz R.G., Spieckermann H. (Éds.), One God, one Cult, one Nation. Archeological and Biblical Perspectives, BZAW 405, De Gruyter, Berlin/New York, 2010, 463 p. 2. Dozeman Thomas B., Schmid Konrad, Schwarz Baruch J. (Éds.), The Pentateuch, FAT 78, Mohr Siebeck, Tübingen, 2011, 578 p. 3. Frevel Christian, Pola Thomas et Schart Aaron (Éds.), Torah and the Book of Numbers, FAT 2 Reihe 62, Mohr Siebeck, Tübingen, 2013, 429 p. 4. Albertz Rainer, Exodus 1-18, Theologischer Verlag, Zürich, 2012, 318 p. 5. Markl Dominik, Gottes Volk im Deuteronomium, BZABR 18, Harrassowitz, Wiesbaden, 2012, 363 p. 6. Edelman D. V., Davies Ph. R., Nihan Chr., Römer Th., Clés pour le Pentateuque. État de la recherche et thèmes fondamentaux, Labor et Fides, Genève, 2013, 239 p., (édition originale anglaise : Opening the Books of Moses, Equinox, Sheffield, 2012). 7. Römer Thomas, L’invention de Dieu, Seuil, Paris, 2014, 332 p. Lire la suite sur CAIRN >

Et les Prophètes en tout cela ?

Cette contribution conclusive, après avoir relu l’ensemble du dossier, prend acte de la collection autonome que représente le corpus prophétique, qui par sa spécificité n’est pas aussi intégré qu’on le croie à l’intérieur de « l’Ancien Testament ». L’auteur se penche sur quelques conséquences de cet isolement et sur le caractère énigmatique de l’origine du prophétisme, qui échappe à une terminologie convenue ou à des références habituelles.

Écrire l’histoire judéenne aux périodes perse et grecque : un défi identitaire

Après avoir montré l’héritage de l’historiographie perse dans l’historiographie judéenne des IV-IIIe siècles av. J.-C., l’auteur met en lumière la manière dont les livres d’Esdras-Néhémie d’un côté, et des Chroniques de l’autre, ont cherché à définir l’identité judéenne par le biais d’une écriture historiographique. Au final se dessinent deux appréhensions fort différentes de cette réalité, alors même que ces livres usent abondamment de schémas scripturaires empruntés aux livres de la Torah et des Prophètes, à travers continuité et rupture.