La miséricorde qui rend justice : une perspective thomiste

L’éthique de la miséricorde promue par l’Église comme réponse aux abus sexuels commis en son sein risque de renforcer l’injustice à l’égard de ceux et de celles qui en ont été les victimes. Le présent essai examine les relations intégrales entre la miséricorde et la justice en passant en revue les réflexions de Thomas d’Aquin à ce propos. Sur cette base, est développé un argument théologique, scripturaire et éthique selon lequel une miséricorde qui néglige la justice n’est pas une vertu véritable, mais contrefaite et bon marché. Seule une éthique de vraie miséricorde est à même de stimuler et de guider la réponse de l’Église aux abus sexuels en son sein et une nécessaire réforme institutionnelle.

Éditorial 112/1

Le scandale des agressions sexuelles et des emprises commises en Église a vite mis au-devant de la scène la question de la miséricorde et de la justice. C’est à cette question proprement théologique que ce dossier s’attache. Il en va de notre foi en Dieu, et de la vérité de notre confession, que d’entrer dans une attitude juste et miséricordieuse envers les victimes, les fidèles, clercs ou laïcs, et les agresseurs, dont, pour le droit civil, bon nombre de leurs actes relèvent de la criminalité. Dis-moi quelle est ta justice, et je te dirai quel est ton Dieu. Le comité de rédaction n’a pas souhaité revenir sur l’analyse des causes, les mesures à prendre, les réformes à entreprendre. Cela a déjà été très bien fait par d’autres plus qualifiés. Les RSR, fidèles à leur dimension de recherche, ont choisi d’interroger comment ce couple de justice et de pardon pouvait être éclairé théologiquement alors que les abus dans l’Église et leur

Bulletin de Théologie sacramentaire (111/4 – 2023)

I. Sacramentaire fondamentale 1. RAHNER Karl, La corporéité de la grâce. Écrits sur la doctrine sacramentaire, édition critique autorisée sous la direction de Michel Fédou, « Œuvres complètes » 18, Éd. du Cerf, Paris, 2022, 923 p. 2. De VILLEROCHÉ Laurent, L’Église fait l’Eucharistie, l’Eucharistie aussi fait l’Église. Un paradoxe en sacramentaire, CF 313, Éd. du Cerf, Paris, 2021, 565 p. 3. MORRILL Bruce T., Practical Sacramental Theology. At the Intersection of Liturgy and Ethics, Cascade Books, Eugene (Oregon), 2021, 188 p. 4. CHAUVET Louis-Marie, Dieu, un détour inutile ? Entretiens avec Dominique Saint-Macary et Pierre Sinizergues, Éd. du Cerf, Paris, 2020, 328 p. 5. DROUIN Gilles (dir.), L’espace liturgique, un espace d’initiation. Actes du colloque de l’Institut supérieur de liturgie 23-24-25 janvier 2019, « Patrimoines », Éd. du Cerf, Paris, 2019, 291 p. 6. HOMEDES-PALAU Marc, Les fondements bibliques de la consécration chrétienne, « Patrimoines », Éd. du Cerf, Paris, 2021, 249 p. 7. VOS Nienke M., GELJON Albert C. (éds.), Rituals in Early Christianity. New Perspectives on Tradition

Bulletin de Théologie de la création et Sciences (111/4 – 2023)

I. Théologie de la création 1. KNOTTS Matthew W., On Creation, Science, Disenchantment, and the Contours of Being and Knowing, T&T Clark, New York, 2019, xxiv + 176 p. 2. CHRYSSAVGIS John, Creation as Sacrament: Reflections on Ecology and Spirituality, T&T Clark, London, 2019, 240 p. 3. ANDERSON Gary A., BOCKMUEHL Markus (éds.), Creation « ex nihilo »: Origins, Development, Contemporary Challenges, University of Notre Dame Press, Notre Dame (IN), 2018, 418 p. 4. LEESE Jennifer Janeen Johnson, Christ, Creation and the Cosmic Goal of Redemption: A Study of Pauline Creation Theology as Read by Irenaeus and Applied to Ecotheology, « The Library of New Testament Studies », T&T Clark, London, 2018, 248 p.. 5. CELIER Grégoire, Saint Thomas d’Aquin et la possibilité d’un monde créé sans commencement, Via Romana, Le Chesnay, 2020, 376 p. (avec dossier de textes : Thomas d’Aquin, L’éternité du monde, introduction et traduction de G. CELIER, « Bibliothèque des textes philosophiques », Vrin, Paris, 2020, 269 p.). 6. WILLIAMS Rowan, Christ the Heart of Creation,

Interpréter l’humain – l’imago Dei à l’heure du numérique

Les programmes d’intelligence artificielle s’avèrent de plus en plus compétents à assumer des tâches considérées jusqu’alors comme spécifiquement humaines, telles la génération du langage et de l’art, ou la reconnaissance d’image, et sont en marche vers un niveau d’intelligence équivalant au nôtre ou le dépassant même. D’un point de vue théologique, il est à craindre que de tels développements pourraient invalider l’intuition de la spécificité humaine, impliquée dans la doctrine de l’imago Dei, et nous rendre peu remarquables et peut-être même remplaçables. Dans le présent article, je soutiens que ces inquiétudes sont injustifiées. Les évolutions technologiques représentent en réalité une opportunité d’enrichir et de ré-articuler notre anthropologie théologique en renvoyant aux vrais marqueurs de la spécificité humaine : non pas à la rationalité et à la capacité de résoudre des problèmes, mais à la relationnalité et à la vulnérabilité authentiquement personnelles. Pour une théologie de l’imago Dei, cela signifie prendre ses distances par rapport à des modèles plus anciens axés sur

L’humain imago Dei et l’intelligence artificielle imago hominis ?

Dans cette contribution, nous présentons d’abord les principaux modèles d’interprétation de l’imago Dei (ontologique, fonctionnel, relationnel) dont Noreen Herzfeld se sert dans son livre In Our Image: Artificial Intelligence and the Human Spirit (Fortress Press, 2002) pour élaborer sa thèse de l’intelligence artificielle (IA) comme imago hominis. À la lumière du Christ imago Dei par excellence, nous proposons ensuite une révision de la théologie de l’image en nous focalisant sur l’humain comme image incarnée, personnelle et filiale de Dieu, à savoir des dimensions qui ne sont pas purement et simplement transposables aux IA. Malgré des potentialités impressionnantes, l’IA est plutôt une apparence humaine qu’une image de l’humain au sens propre.

Intelligence artificielle et transhumanisme : vers une redéfinition de l’humain ?

Le transhumanisme est une contestation de la conception classique de l’humain, puisqu’il fait de celui-ci un être de technique et sans essence propre, donc potentiellement sans limites. C’est dans ce cadre d’une redéfinition de l’humain que la question de l’intelligence artificielle doit être posée, ce que nous faisons en en présentant les principaux enjeux. Les progrès des programmes informatiques conduiront-ils à une intelligence artificielle générale et forte supérieure à l’intelligence humaine ? Et si oui, celle-ci sera-t-elle bénéfique ou dangereuse ? Sera-t-elle pour l’humanité comme un nouveau Dieu ?