À PROPOS du premier numéro de 2014 « Repenser l’événement »

À lire le prologue de l’évangile de Luc (Lc 1,1), on se convainc aisément de ce que les « événements » sont l’élément le plus propre des Écritures juives et chrétiennes et ce qui les a suscitées. Ils sont pourtant restés, des siècles durant, dans l’oubli, recouverts par la Parole ou intégrés d’emblée dans une conception du  monde qui ne connaît pas d’événements nouveaux mais des actualisations de possibilités prévues ou annoncées. Or, le XXe siècle a vu subitement émerger les événements ; et au singulier, sous la forme du lexique, plutôt luthérien, d’« événement-Parole » (Wortereignis), ou sous la forme d’« événement-Christ » (Christusereignis), de coloration plutôt catholique. Le concile Vatican II, dans la constitution Dei verbum, a pour sa part insisté sur le lien intrinsèque entre « événements et paroles », tout en réactivant le singulier patristique de l’« économie de la révélation », et non sans courir le risque que ce qui était perçu de manière nouvelle soit ici rabattu sur du déjà connu. Cinq auteurs ont accepté de relever le

La diffusion du christianisme aux Ier – IIIe siècles

L’histoire des réseaux, champ de recherche récent, apparaît opérante pour étudier la christianisation du fait de l’importance du phénomène associatif dans l’Antiquité. L’approche croisée des textes chrétiens et de la documentation extérieure (textes, inscriptions, papyrus, archéologie) met en évidence le rayonnement de pôles vers la périphérie. La mission apostolique a utilisé des réseaux préexistants d’hospitalité et de clientèle, mais se sont mis rapidement en place des réseaux spécifiquement chrétiens – hospitaliers, financiers, épistolaires – sur lesquels s’est construite l’unité de l’Église. Les évêques ont été des hommes de réseaux et ont fini par construire un réseau épiscopal. Cette évangélisation en interaction avec la société profane a créé une dynamique identitaire en obligeant les Églises à construire leurs marges.

Modes de vie et figures de l’existence chrétienne de la fin du Ier siècle au début du IIIe siècle

Diverses voies aident sans nul doute à saisir comment l’identité chrétienne a été comprise dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, mais elles ne sauraient dispenser d’une attention aux manières de vivre qui furent celles des chrétiens, ainsi qu’aux prises de position dont celles-ci firent l’objet durant la période ici considérée. Après avoir rappelé comment les auteurs païens se représentaient les comportements des chrétiens, l’article montre comment ceux-ci ont pu affirmer une exigence de radicale conversion tout en revendiquant une authentique présence aux cités de leur temps et à partir de là, comment s’éclairent les deux formes de vie que sont le mariage et le célibat pour le Royaume.

Église et Églises : réflexion sur les questions d’autorité dans les communautés chrétiennes au IIe siècle

La conviction d’appartenir à une Église unique, catholique puisque universelle, contribua à forger l’identité chrétienne de petites communautés dispersées, en butte à l’incompréhension de leurs contemporains, mais ne put se dissocier de la revendication, au coeur de ces mêmes communautés, d’un attachement à l’identité locale. Comme l’Empire, dont elle adopte en grande part les structures, l’Église tire sa force de son enracinement dans la cité. En conséquence, le nom de chrétien fut, tout au long du IIe siècle, revendiqué par des individus issus de communautés dont les pratiques liturgiques, la structure de leur clergé, voire leurs textes canoniques et leur profession de foi les distinguaient – ou les opposaient. L’histoire de l’Église au II e siècle est l’histoire de cette expansion du christianisme, de la multiplication de ces communautés, et de la construction d’une identité commune.

Grecs, Romains, Juifs, chrétiens en interaction

Les recherches des dernières décennies sur les identités religieuses ont privilégié les interactions d’opposition au détriment des interactions neutres ou positives. Or, on peut affirmer que les Juifs hellénophones et les Pèresont pensé leurs croyances grâce aux catégories héritées de l’hellénisme. En retour, le judaïsme a donné au monde païen la Bible grecque des Septante, tandis que l’empereur Julien (361-363) a pensé la réorganisation de la religion traditionnelle sur le modèle chrétien. Si l’on passe aux interactions entre judaïsme et christianisme, l’analyse se heurte à des difficultés qui tiennent à la pluralité des courants juifs et chrétiens et aux sources à notre disposition.

À propos de l’émergence de la « Grande Église » : quelques notations introductives

Pour l’historien contemporain il existe un contraste singulier entre l’impression de buissonnement impétueux que donnent encore les sources chrétiennes des premières décennies du IIe siècle et celle de relative structuration que paraissent laisser entrevoir celles des débuts du IIIe siècle. Retracer le processus de formation de la « Grande Église » est une entreprise fort difficile, dûe à un filtrage de la transmission des sources des premiers siècles de l’histoire du christianisme, dont Eusèbe de Césarée fut l’un des artisans majeurs. Depuis la Réforme, un dialogue critique s’est instauré, faisant grandir l’intérêt des historiens du christianisme antique pour les courants jugés minoritaires à l’heure de l’épanouissement de la « Grande Église ». Le paradigme eusébien est-il dès lors en voie d’exténuation ?

La tradition liturgique dans le monde postmoderne

Comment traiter du rapport entre la liturgie et l’anthropologie cinquante ans après Sacrosanctum concilium et ainsi penser la logique « plurielle » du sacrement pour que les chrétiens puissent s’y reconnaître comme fils de Dieu et frères en Christ ? L’article propose de parcourir les grandes évolutions du Mouvement liturgique et de la théologie liturgique, en montrant comment un changement paradigmatique s’est opéré ouvrant sur la perspective d’une raison théologique « plus ample et intégrale » propre à rendre compte de l’expérience rituelle chrétienne.

À la recherche d’un « langage liturgique approprié »

L’auteur pose la question d’un langage liturgique apte à se situer d’une part dans la tradition de l’Église et qui corresponde, d’autre part, à la situation spécifique de la liturgie tout en respectant finalement les exigences de la liturgie émanant de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II ; celle-ci avait pour but, entre autres, la participation pleine, active et fructueuse de tous les fidèles ainsi qu’une vie chrétienne et spirituelle basée sur la liturgie. L’article montre les graves difficultés qui se posent depuis la publication de l’instruction Liturgiam authenticam pour les livres liturgiques en langues vernaculaires et développe des perspectives pour l’avenir de l’euchologie de la liturgie romaine.