Représentation et incarnation. Approche politico-théologique de la synodalité en Occident

La synodalité est une question théologico-politique qui concerne l’identité de l’Église, sa gouvernementalité et ses rapports avec son environnement politique et social. Entre les deux procédés traditionnels, dans la pensée et la pratique politiques occidentales, de figurer un ensemble social et de poser sa direction par un petit nombre, la représentation et l’incarnation, l’Église a toujours privilégié le second par rapport au premier. Pourtant, la synodalité n’ignore pas la procédure représentative mais selon des modalités qui rappellent moins le mandat libéral que les procédures médiévales de la pars pro toto. Elle présente ainsi l’esquisse d’une démocratie non pas procédurale mais substantielle qui peut apparaître comme un modèle de gestion et de figuration politiques surmontant la crise native et permanente de la représentation.

La force de la « collégialité » aux conférences du Celam : une route historique et théologique lors de la conférence de Medellín (1968)

L’Église avance en fonction des défis de chaque époque comme le montrent les Conférences épiscopales. Par-delà cette histoire, la présente contribution cherche à relever comment la collégialité épiscopale est une manière d’être Église et comment, pour le cas de l’Amérique Latine, elle est l’expression de la synodalité de l’Église traduisant le désir commun d’être peuple de Dieu. La conférence de Medellin a amplifié cet exercice de la synodalité, amenant l’Église de ce continent à ne plus se voir comme « Église-reflet » des autres Églises mais comme « Église-source ». Cette manière de travailler montre qu’il est possible que l’institution soit au service de la société et non d’elle-même.

À l’occasion du cinquantenaire de Medellín. « Tout autre est la tradition européenne »

L’article montre que la synodalité au-delà des limites des Églises particulières est concentrée dans l’action habituelle de collaboration des évêques au sein des conférences épiscopales et du CCEE, où, selon LG, se réalise concrètement le « sentiment collégial » qui lie les évêques entre eux. Mais l’expérience conciliaire, due au rassemblement d’Églises particulières, est restreinte ce qui mérite une analyse afin de permettre une comparaison avec la situation du continent sud-américain. Cette réflexion se fera à partir du Code de droit canonique et de l’action et discours du pape François. Elle mettra en valeur l’expérience conciliaire dans les rassemblements d’Églises particulières.

La synodalité ecclésiale : diversité de lieux et interactions mutuelles

L’Église est foncièrement synodale. Elle l’est de manière constitutive, structurelle. Partant de cet axiome, l’auteur développe les éléments d’une grammaire de la synodalité et considère son déploiement à tous les échelons de la vie ecclésiale de l’Église catholique, les interactions mutuelles qui en découlent, moyennant la consultation généralisée induite par la récente Constitution Episcopalis communio. Enfin, le canoniste sera attentif aux conditions de possibilité et aux chances d’une « synodalisation intégrale » dans une institution confrontée à ses limites et ses résistances.

Le concile provincial, une chance pour la synodalité de l’Église

Dans l’Église catholique, les conciles provinciaux sont rares, tant comme événements de la vie ecclésiale que comme objets d’étude. En théorie, ils ont pourtant toujours été reconnus comme importants, y compris au concile Vatican II. L’auteur commence par un parcours historique, puis analyse le concile provincial de Lille (2013-2015), pour enfin présenter plusieurs enjeux ecclésiologiques qui sont autant de questions que de perspectives. La conclusion est que la synodalité déployée dans un concile provincial permet un triple renforcement : de l’Église locale, de l’épiscopat et de l’Église comprise comme peuple de Dieu et temple de l’Esprit.

L’eucharistie : trouver une respiration

Après avoir dressé à grands traits un état des lieux des pratiques autour de l’eucharistie en Europe occidentale, l’auteur avance sa thèse : l’eucharistie, célébration clé de la vie ecclésiale, demeure enclavée ; de ce fait, il lui est difficile d’irriguer le quotidien des fidèles. Elle est sans doute « sommet », mais parvient mal à être « source » de la vie chrétienne. L’auteur, en s’appuyant sur la réflexion de Marcel Mauss, fait quelques suggestions pour aller en ce sens.

Corpus mysticum revisité

Corpus mysticum demeure l’un des principaux ouvrages de Henri de Lubac. À la relecture, il apparaît que son but principal – restaurer la dimension ecclésiale de l’eucharistie – est inséparable d’une réflexion sur la sacramentalité. En même temps que l’adjectif «mystique» en venait à qualifier l’Église plutôt que l’eucharistie, son sens s’affaiblissait. Dans la réflexion et la piété eucharistiques, on tendait à dissocier, sinon à opposer, « réalité » et « symbole », à dévaluer le registre du symbolique/sacramentel au profit de la « vérité ». Que les inflexions remontent au IXe ou au XIe siècle, une perte en venait à affecter la compréhension du mystère eucharistique, les questions se posant de savoir dans quelle mesure la théologie ultérieure devait s’en trouver affectée. L’ouvrage érudit du théologien jésuite avait donc une dimension militante, qui ne pouvait qu’affecter sa réception, mais devait se révéler à plus long terme riche de ressources.