Prophète et historien

À première vue, tout sépare les grands historiens grecs et les grands prophètes d’Israël. Le prophète est le porte-parole du Dieu unique qui l’a choisi et requis, l’historien s’emploie à ne parler qu’en son nom propre de ce qui a eu lieu. Entre les deux univers, celui de « l’historien » et celui du prophète, il n’y a, semble-t-il, guère d’interférences. Sauf que nous avons un témoignage du Ie siècle après J.-C., celui de Flavius Josèphe, qui soutient expressément le contraire. La perspective comparatiste de cet article, cherche à montrer que ces deux figures ne sont pas incommensurables en les mettant en tension, en les questionnant l’une par l’autre.

D’Abraham à la conquête. L’Hexateuque et l’histoire d’Israël et de Juda

L’histoire des origines d’Israël telle qu’elle se présente dans le Pentateuque, allant des Patriarches jusqu’à l’Exode, est une construction éphémère de l’époque perse. Si c’est l’époque perse qui est décisive pour la naissance de l’Hexa- et puis du Pentateuque, les différents éléments qui constituent cette histoire remontent à quelques siècles plus haut et reflètent les contextes historiques des royaumes d’Israël et de Juda. Certaines de ces traditions, comme l’histoire de Jacob et celle de l’Exode, proviennent du Nord. Bien qu’elles aient été « judaïsées » par la suite, leur enracinement nordique n’a pas été entièrement occulté et a même pu servir le compromis entre Samaritains et Judéens.

L’histoire d’Israël : un changement de paradigme

Durant ces derniers quarante ans, l’histoire d’Israël est devenue l’objet de nombreux débats en raison des progrès de l’archéologie et, surtout, de l’application de nouvelles méthodes et de nouveaux principes de recherche historique. Cette évolution plonge ses racines dans des essais plus anciens qui ont contribué peu à peu à faire de l’histoire ancienne d’Israël une science autonome par rapport aux récits et à l’exégèse bibliques. Les récits bibliques sont une source pour l’historien, mais ne lui dictent pas sa conduite.

La théologie : Une science fondamentale ?

Peu de théologiens, dans la période contemporaine, oseront user de l’expression « science fondamentale » pour caractériser, voire définir la dimension de scientificité qui revient à la théologie. Dans ce contexte, ce n’est pas le mot de « science » qui pose difficulté mais bien le caractère fondamental attribué à cette science. L’auteur dresse dans un premier temps un état des lieux de cette question disputée avant de considérer le caractère spécifique de la théologie dans le cadre de la révélation et de sa dimension christologique et trinitaire. Ce contenu implique que la théologie-science est aussi une scientia de singularibus.

Est-ce la tâche de « la droite raison » que de « démontrer les fondements de la foi » ?

Exposant la pensée de Dubarle et de Schaeffler sur les relations entre philosophie et théologie, ou plutôt sur l’intérêt d’un exercice philosophique pour la théologie, l’article défend la thèse selon laquelle la recherche de fondements philosophiques pour la théologie résulte d’une naturalisation de la foi religieuse, et d’une confusion entre foi et savoir.

De l’éclosion du christianisme à la « déclosion de la raison » :

Cet article est une analyse du programme de déconstruction du christianisme, proposé par Jean-Luc Nancy, en prêtant une attention particulière au second volume du diptyque. Après avoir rappelé le sens que Heidegger donne à ce terme, l’étude se focalise sur les trois notions centrales de « déclosion de la raison », de « fortuité » et de « raison adorante ». L’étude se termine en adressant douze questions critiques à Nancy.

Philosophie et théologie en procès d’alliance

La théologie est une question disputée en philosophie et nombreux sont les philosophes à se porter à son chevet. Devant tant de sollicitude, le théologien ne peut en rester à une aimable indifférence. Il ne peut oublier que la théologie s’est développée au fil d’un dialogue continu avec la philosophie. Le présent article traite cette question à partir de trois auteurs appartenant à des générations différentes et pour lesquels la théologie est soit libérée, soit congédiée, soit magnifiée. Autant d’invitations à la théologie de clarifier son rapport à l’instance philosophique et à s’assurer de son chemin singulier.

Le corps du témoin. Sur la vision eschatologique du martyr

Dans cet article, deux hypothèses se croisent. La première affirme que l’eschatologie n’est pas une représentation du monde, ni même seulement une conception du temps, mais un mode de vision spécifique. La seconde consiste à inscrire cette vision dans l’institution théologico-politique du martyre, telle qu’elle s’est déployée au début du IIe siècle de notre ère entre judaïsme et christianisme. Une double hypothèse, qui permettra de parler d’une vision eschatologique du martyr, mais aussi de questionner la construction d’un nouveau corps collectif devant le témoignage du martyr.

Reprise conclusive

Opérant, dans un premier temps, une « relecture » du dossier préparatoire et, dans un second, du colloque sur la thématique « Penser la différence dans la crise culturelle de l’Europe. L’expérience chrétienne revisitée », la présente contribution propose, dans un troisième moment, quatre pistes de réflexion qui sont autant d’enjeux pour la crédibilité du discours théologique et de l’expérience chrétienne dans le contexte contemporain. La première a trait au statut du discours théologique, la deuxième s’interroge sur la référence à la tradition, la troisième souhaite réhabiliter l’anthropologie théologale propre à la tradition chrétienne, et la quatrième se penche sur les dimensions et tâches de l’éthique chrétienne.