Le dialogue juifs-chrétiens et la question de la terre d’Israël

Au coeur du dialogue avec les juifs qui s’est développé dans les cinquante années qui ont suivi la publication de Nostra Aetate, la question d’une revendication juive de la Terre d’Israël est sans cesse revenue. Quelle est la position de l’Église envers cette revendication juive de la Terre à la lumière de son interprétation dans la Bible ainsi que le développement d’une tradition chrétienne et la recherche constante de la justice et de la paix dans un monde brisé ? Comment le dialogue entre juifs et catholiques dans une nouvelle aire de respect et de coopération s’apparente-il avec le cri de justice des Palestiniens ? Cet article retrace le développement de la pensée de l’Église durant ces cinquante dernières années.

L’actualité de l’élection traitée selon deux perspectives différentes en « écriture dialogale »

Comment faire valoir une question difficile et discutée comme celle de l’élection vue par les deux traditions juive et chrétienne, et comment montrer ce qu’un tel échange peut provoquer comme questionnement chez chacun des interlocuteurs sur sa propre position ? Les deux auteurs ont choisi le dialogue comme façon la plus adéquate d’honorer cette question et nous livrent ici leurs échanges qui dévoilent des convergences de vues, mais exprimées de manières différentes : joie et espérance dans cet échange.

Le « modèle » et les « faits » : Daniel Boyarin théoricien de la partition entre christianisme et judaïsme

Cet article se propose d’analyser les travaux que le savant américain Daniel Boyarin a consacrés aux relations entre Juifs et chrétiens pendant l’Antiquité tardive. Selon l’hypothèse de Boyarin avant la christianisation de l’empire romain à la fin du IVe siècle, judaïsme et christianisme n’auraient pas formé des entités autonomes, avec des caractères distincts et une identité définie, mais ils auraient fait partie d’un système unique de circulation à l’intérieur duquel des éléments discursifs pouvaient se déplacer d’un groupe à l’autre et traverser les frontières. Dans cet article, l’auteur cherche non seulement à présenter la pensée de Boyarin et ses développements, mais aussi à les situer dans leur contexte historique, culturel et académique.

Des textes et des événements. Bilan de cinquante années de réception de Nostra Aetate § 4

La réception de la Déclaration conciliaire Nostra Aetate § 4 s’est faite par deux canaux : des textes qui l’interprètent et des événements qui incarnent le changement de regard de l’Église sur les juifs. L’article fournit un résumé des principales publications du Magistère suite à Nostra Aetate § 4 et montre en quoi des événements ont permis la diffusion de l’esprit de Nostra Aetate parmi les fidèles. Il s’interroge sur l’avenir de la fécondité de la Déclaration, alors qu’on n’est qu’au seuil de cette ère de réconciliation.

L’apostolicité de l’Église. Pour une théologie œcuménique des origines chrétiennes

Tirant profit des recherches historiques rassemblées dans ce numéro et dans celui qui l’a précédé en 2013 (101/4), le dernier article de ce dossier tente d’esquisser une théologie des origines chrétiennes. Cette esquisse suppose que le concept d’apostolicité, relevant traditionnellement du « ius divinum » positif, soit libéré de son carcan néoscolastique et repensé dans une perspective oecuménique ; ce qui pourra se faire par une nouvelle confrontation entre, d’un côté, ce que l’histoire et l’exégèse critique nous apprennent de la normativité interne à l’Église naissante et, de l’autre, ce que les différentes Églises chrétiennes et l’Église catholique attendent de leur rapport aux origines. L’hypothèse consiste à interpréter les marqueurs essentiels de l’apostolicité, pouvant entrer dans un « consensus différencié », non pas comme étant « de droit divin » mais, à l’aide du paradigme grammatical, en termes de « grammaire générative ». Il faut alors montrer que « l’irréversibilité », caractéristique décisive de la Révélation chrétienne, peut être honorée dans une telle interprétation grammaticale de l’apostolicité, mieux ajustée aux développements multiples du christianisme post-apostolique que

Message et communauté : une articulation délicate

La communion ecclésiale est d’abord partage des mêmes biens de salut. Deux dimensions se trouvent donc dessinées, celle de la communauté et celle, première, de l’adhésion de la communauté au message qui la constitue. La tradition catholique considère comme centrale l’importance d’un ministère, au service de la communauté, qui est aussi, et sans doute d’abord, un magistère, au service de l’authenticité du message. La légitimité de ce ministère/magistère est placée sous le signe de l’apostolicité. L’article envisage un certain nombre de « blocages » qui, dans l’histoire, ont pu affecter le jeu entre ces deux dimensions, dus notamment à une personnalisation, à tendances monopolistiques, du ministère comme du magistère. Il propose quelques perspectives de dépassements.

La notion d’apostolicité dans les premiers siècles

Depuis Lightfoot en 1865, la définition classique d’une apostolicité réservée aux seuls « Douze apôtres » fut remise en cause par les exégètes qui en vinrent à une position de plus en plus critique vis-à-vis de la réalité historique de cette institution et préférant, à l’instar d’Harnack, la cantonner à une pure fonction charismatique. Il est temps de réviser cette révision, pour certes proposer une extension plus grande du concept d’apôtre, mais aussi tenter de le redéfinir à la lumière du nouveau paradigme historique concernant l’histoire des premières communautés et de la prise en compte de l’histoire de sa réception par les premiers Pères de l’Église.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.

Et les Prophètes en tout cela ?

Cette contribution conclusive, après avoir relu l’ensemble du dossier, prend acte de la collection autonome que représente le corpus prophétique, qui par sa spécificité n’est pas aussi intégré qu’on le croie à l’intérieur de « l’Ancien Testament ». L’auteur se penche sur quelques conséquences de cet isolement et sur le caractère énigmatique de l’origine du prophétisme, qui échappe à une terminologie convenue ou à des références habituelles.

Écrire l’histoire judéenne aux périodes perse et grecque : un défi identitaire

Après avoir montré l’héritage de l’historiographie perse dans l’historiographie judéenne des IV-IIIe siècles av. J.-C., l’auteur met en lumière la manière dont les livres d’Esdras-Néhémie d’un côté, et des Chroniques de l’autre, ont cherché à définir l’identité judéenne par le biais d’une écriture historiographique. Au final se dessinent deux appréhensions fort différentes de cette réalité, alors même que ces livres usent abondamment de schémas scripturaires empruntés aux livres de la Torah et des Prophètes, à travers continuité et rupture.