Hommes et femmes, discerner ensemble la tradition de l’Évangile

Dans les débats actuels qui traversent l’Église catholique, les voix féministes sont parfois disqualifiées a priori comme excessives, non seulement par des hommes, mais aussi par des femmes qui ont une vision négative du féminisme ou qui veulent être intégralement « loyales » envers l’Église catholique. Nous proposons ici une réflexion critique et constructive en quatre temps. Par le recours à l’épistémologie féministe telle qu’elle se définit hors du champ de la théologie, nous établirons d’abord qu’il est légitime et judicieux d’écouter avec soin les interpellations dérangeantes venant de femmes. Nous prêterons aussi attention à la voix d’une théologienne, Lucia Vantini, qui identifie dysfonctionnements et dénis dans l’Église catholique, sans congédier l’espérance. Nous argumenterons ensuite que la fructification de la charité est la visée unifiante de la tradition chrétienne, en vue de distinguer entre la tradition de l’Évangile et les traditions ecclésiales. L’objectif est de soutenir un discernement bifocal, par les hommes et les femmes en conversation, de la puissance de l’Évangile dans

Les femmes théologiennes dans le Chemin synodal en Allemagne. Perspectives pour une plus grande participation des femmes au sein de l’Église

L’essai porte sur la contribution de théologiennes au Chemin synodal de l’Église locale en Allemagne, notamment sur leur collaboration dans le Forum 3 « Les femmes dans les services et ministères ecclésiaux ». Le texte de base et les deux textes d’action proposés par le Forum et adoptés par l’assemblée synodale y sont analysés. Les argumentations théologiques sont intégrées dans l’histoire de la pastorale et de la théologie en Allemagne. Durant ces dernières années, des théologiennes se sont intensément intéressées aux arguments théologiques avancés en faveur de l’accès des femmes à des ministères sacramentels. En conclusion, ces débats sont intégrés dans le discours ecclésial à l’échelle mondiale.

« Cela n’est-il pas écrit dans le livre ? » Quand les femmes lisent les Écritures

La féminisation du corps enseignant en Écriture Sainte depuis les années 1980 en France est le fruit d’une longue et tumultueuse histoire qui a commencé un siècle plus tôt aux États-Unis. Les apports de l’approche féministe sont à l’origine d’une heureuse pluralité qui a profondément renouvelé l’exégèse. Aujourd’hui, hommes et femmes travaillent ensemble à l’interprétation des textes bibliques, au service de l’intelligence de la foi.

Quand les femmes font de la théologie dans les Églises de la Réforme

Cette contribution de théologie pratique montre divers seuils et parcours typiques de la manière dont les femmes protestantes se sont investies par leurs compétences théologiques dans les Églises « historiques » issues de la Réforme, avec quelques éclairages également concernant des personnalités d’Églises évangéliques : de la maison à des engagements sociaux, des Églises aux lieux internationaux, des universités aux presbytères et à l’espace public. On ne suivra pas les travaux d’universitaires, mais les théologiennes « de terrain », même si les frontières sont poreuses. Il apparaît qu’on ne saurait parler ni de théologie « de femmes » ni « du féminin », ni « féministe », la manière de s’engager et de raisonner étant pourtant clairement « réformiste » – réformatrice.

Qui sont les femmes qui enseignent en théologie dans un cadre catholique en France ?

L’objectif de l’article est de décrire qui sont les théologiennes enseignantes en France, d’abord en resituant les femmes parmi les laïcs dans la première moitié du XXe siècle, en examinant ensuite l’histoire propre des religieuses en matière de formation et d’enseignement théologique. L’exemple de l’Institut Catholique de Paris permet de présenter concrètement les étapes de l’entrée des femmes dans la théologie universitaire. Deux axes de réflexion sont déployés : la différence entre étudier et enseigner et le caractère singulier de la manière dont les théologiennes enseignantes en France se positionnent.

Théologie et Sciences Sociales face à la nécessité d’un « grand récit »

L’auteur interroge la possibilité d’un « grand récit » à partir de l’expérience de la précarité. Il met en tension les appels actuels à un récit fondateur commun et la réalité fragmentée et souvent inaudible des plus pauvres. En explorant des formes alternatives de narration à même de porter une parole collective à partir d’expériences singulières, il suggère une ecclésiologie née de la reconnaissance mutuelle des pauvres et d’un Christ rencontré dans la déchirure. Loin d’un système clos, le récit est un lieu d’écoute, de vulnérabilité et d’espérance.

« Maintenir ouvertes les tensions »

La pratique ministérielle de l’Église catholique, mais aussi (par conséquent sans doute) sa théologie, se trouvent remises en cause par le contexte social, au moins en Occident. Ce que l’on peut qualifier de « tensions » se fait jour, quoi qu’il en soit des mises au point auxquelles le concile Vatican II avait procédé. Il se confirme qu’une théologie, en l’occurrence celle des ministères, ne peut être que tributaire d’un environnement culturel donné.

Transitivité d’un corps, entre ecclésiologie et sciences sociales

Alors même que l’Église (comme objet d’étude) et l’ecclésiologie (comme corpus textuel) sont absentes de la science politique française, elles ont historiquement en commun un objet au croisement de différentes sciences sociales : le corps comme modèle de la communauté, autrement dit le corps social. En dépit des critiques contre les théories organicistes, il a été pris en compte par Pierre Bourdieu dans ses travaux sur l’État. Reprenant l’œuvre de Kantorowicz, il a été sensible au contexte ecclésial de pensée de l’institution et notamment aux outils des canonistes comme experts de la chose sociale, mais la construction ecclésiologique du modèle du corps pour penser ce qu’est une entité sociale dépasse cet usage orienté vers la construction étatique. Au-delà du partage entre réalisme et nominalisme ou constructionnisme, la spécificité de la théorie chrétienne du corps collectif est de conjoindre réalisme et métaphorisation, naturalisation et spiritualisation. Elle prend sens dans ce que j’appelle la transitivité, les passages incessants d’un corps à un autre,

La confrontation des savoirs à la naissance de l’Université de Paris

Le dialogue entre la théologie et les sciences sociales peut être éclairé par le moment médiéval. L’introduction aux condamnations de 1277 offre un prisme qui permet d’envisager la confrontation des savoirs à la naissance de l’Université avec la question ecclésiologique de la régulation épiscopale du savoir, celle de l’élargissement permanent des savoirs qui renouvelle sans cesse l’horizon ainsi que la question de la rencontre entre des sciences pensées hiérarchisées.

Linéaments d’une pneumatologie comme instance régulatrice d’une doctrine trinitaire

L’article commence par retracer le « tournant pneumatologique » de la théologie catholique postconciliaire en s’interrogeant sur ses raisons et motivations, à la fois internes au développement de la doctrine trinitaire et relevant du contexte hypermoderne de la fin du deuxième millénaire. Il établit ensuite une analogie entre la pneumatologie du récent Synode sur la synodalité (2021-2024), tributaire du tournant pneumatologique, et le geste de Saint Basile dans son opuscule Sur le Saint Esprit (375), reçu par le concile de Constantinople (391) et cité par le Document final du Synode (2024). Tirant profit de la force heuristique de cette analogie historique entre deux espaces sociétaux et ecclésiaux profondément différents, on peut comprendre que l’insistance spécifique du Synode sur les processus « spirituels » de discernement et de décision, restés implicites au IVe siècle, pose la question des critères de discernement et, par ce biais, celle de la fonction « régulatrice », à exercer par la pneumatologie dans une doctrine trinitaire ajustée aux évolutions de nos sociétés sécularisées. La dernière