Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

Un catholicisme diasporique. Réflexions sociologiques sur un propos théologique

Lorsque Karl Rahner annonce dans un fameux article de 1954, les profondes mutations qui attendaient l’Église catholique, il fit preuve d’un singulier courage théologique mais surtout d’une grande originalité d’analyse. En effet, plutôt que de déplorer la sécularisation et de chercher à la contrer, il en prend acte comme de la condition actuelle de la présence du christianisme dans les sociétés occidentales contemporaines. L’article évalue la portée sociologique de cette forme « diasporique » que Karl Rahner présente comme la modalité obligée d’une communalisation catholique répondant à sa situation minoritaire dans le monde tel qu’il est.

Reprise de la problématique du colloque. La synodalité de l’Église, réalités et perspectives

La synodalité de l’Église, telle qu’on peut l’appréhender à partir des contributions du numéro préparatoire au colloque, prolongées par des réflexions plus personnelles, ne se limite pas aux assemblées et aux conseils qui la symbolisent. Elle concerne aussi bien l’organisation de l’Église que sa relation au Message qui la constitue. Elle invite à s’interroger sur la dialectique « personnel-collégial (ou synodal)-communautaire », et éventuellement à en réformer l’exercice. Elle implique une culture du consensus, mais aussi du débat. Et sans doute cette synodalité a-t-elle à voir avec la lutte contre ce qu’un François dénonce sous le nom de « cléricalisme ».

Représentation et incarnation. Approche politico-théologique de la synodalité en Occident

La synodalité est une question théologico-politique qui concerne l’identité de l’Église, sa gouvernementalité et ses rapports avec son environnement politique et social. Entre les deux procédés traditionnels, dans la pensée et la pratique politiques occidentales, de figurer un ensemble social et de poser sa direction par un petit nombre, la représentation et l’incarnation, l’Église a toujours privilégié le second par rapport au premier. Pourtant, la synodalité n’ignore pas la procédure représentative mais selon des modalités qui rappellent moins le mandat libéral que les procédures médiévales de la pars pro toto. Elle présente ainsi l’esquisse d’une démocratie non pas procédurale mais substantielle qui peut apparaître comme un modèle de gestion et de figuration politiques surmontant la crise native et permanente de la représentation.

La force de la « collégialité » aux conférences du Celam : une route historique et théologique lors de la conférence de Medellín (1968)

L’Église avance en fonction des défis de chaque époque comme le montrent les Conférences épiscopales. Par-delà cette histoire, la présente contribution cherche à relever comment la collégialité épiscopale est une manière d’être Église et comment, pour le cas de l’Amérique Latine, elle est l’expression de la synodalité de l’Église traduisant le désir commun d’être peuple de Dieu. La conférence de Medellin a amplifié cet exercice de la synodalité, amenant l’Église de ce continent à ne plus se voir comme « Église-reflet » des autres Églises mais comme « Église-source ». Cette manière de travailler montre qu’il est possible que l’institution soit au service de la société et non d’elle-même.

À l’occasion du cinquantenaire de Medellín. « Tout autre est la tradition européenne »

L’article montre que la synodalité au-delà des limites des Églises particulières est concentrée dans l’action habituelle de collaboration des évêques au sein des conférences épiscopales et du CCEE, où, selon LG, se réalise concrètement le « sentiment collégial » qui lie les évêques entre eux. Mais l’expérience conciliaire, due au rassemblement d’Églises particulières, est restreinte ce qui mérite une analyse afin de permettre une comparaison avec la situation du continent sud-américain. Cette réflexion se fera à partir du Code de droit canonique et de l’action et discours du pape François. Elle mettra en valeur l’expérience conciliaire dans les rassemblements d’Églises particulières.

La synodalité ecclésiale : diversité de lieux et interactions mutuelles

L’Église est foncièrement synodale. Elle l’est de manière constitutive, structurelle. Partant de cet axiome, l’auteur développe les éléments d’une grammaire de la synodalité et considère son déploiement à tous les échelons de la vie ecclésiale de l’Église catholique, les interactions mutuelles qui en découlent, moyennant la consultation généralisée induite par la récente Constitution Episcopalis communio. Enfin, le canoniste sera attentif aux conditions de possibilité et aux chances d’une « synodalisation intégrale » dans une institution confrontée à ses limites et ses résistances.

Le concile provincial, une chance pour la synodalité de l’Église

Dans l’Église catholique, les conciles provinciaux sont rares, tant comme événements de la vie ecclésiale que comme objets d’étude. En théorie, ils ont pourtant toujours été reconnus comme importants, y compris au concile Vatican II. L’auteur commence par un parcours historique, puis analyse le concile provincial de Lille (2013-2015), pour enfin présenter plusieurs enjeux ecclésiologiques qui sont autant de questions que de perspectives. La conclusion est que la synodalité déployée dans un concile provincial permet un triple renforcement : de l’Église locale, de l’épiscopat et de l’Église comprise comme peuple de Dieu et temple de l’Esprit.