Razika Adnani : « le féminisme islamique est une imposture intellectuelle et le voile est un vêtement patriarcal islamiste dénué d’un fondement coranique »

L’article présent a pour objet d’étude de l’apport de la philosophe et islamologue Razika Adnani dans son analyse critique sur le féminisme islamique, qualifié d’imposture intellectuelle, et sur la question du voile, assimilé à un vêtement patriarcal islamiste, en tentant de répondre aux questions suivantes : quelle est l’approche méthodologique de la philosophe ? quels sont notamment les postulats de départ du féminisme islamique mis en exergue par l’islamologue ? comment Razika Adnani démontre-t-elle que le voile islamique est une contrainte vestimentaire patriarcale islamiste sans fondement coranique ?

Socialité et historicité de la théologie

Entre fortes aspirations au dialogue avec les sciences sociales et mise à distance, la théologie montre un déficit de prise en compte de sa propre socialité et de son historicité, sans une sociologie et une histoire pragmatiques et pratiques de la construction du savoir théologique. La théologie contemporaine est ainsi exposée tant au risque de l’enfermement dans une forme d’auto-référentialité, qu’au risque contraire de sa dilution dans une extra-référentialité. Le déficit de vrai tournant historique et l’instauration d’un rapport discontinu à l’histoire renforcent ces difficultés. Ici se joue tout l’enjeu de la réflexivité, qui va bien au-delà d’une clarification des modes de fonctionnement de la théologie mais relève aussi des effets ecclésiaux. Pour qu’advienne une théologie réflexive, une démarche proprement historienne, replaçant la socialité de la théologie dans sa variabilité historique, est nécessaire.

De l’appartenance à l’identité

Cette contribution étudie la conception de l’affiliation religieuse développée par l’institution catholique depuis la Seconde Guerre mondiale. Trois étapes se succèdent : la première, qui caractérise la période préconciliaire, définit l’appartenance à l’Église suivant des critères objectifs liés au baptême et à la pratique – qui permettent d’établir une séparation stricte entre le monde et l’Église. Le second moment, qui trouve son point de cristallisation dans l’événement conciliaire, admet de définir l’identité chrétienne de manière plus poreuse en la soustrayant aux disciplines unitives propres à l’époque antérieure. Depuis la fin du pontificat de Paul VI, la théologie de la communion détermine une voie intermédiaire : si le magistère engage les fidèles à dialoguer avec le monde pluraliste, c’est dans le cadre d’une axiologie attachée à la souveraineté persistante de la morale objective établie par le magistère. La sociologie des religions permet-elle de rendre compte de cette évolution ? La réponse ici proposée est clairement positive. On la voit accompagner les trois moments théologiques : elle

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Encore ?, se plaindront certains. Enfin !, soupireront d’autres. S’interroger sur les rapports entre la théologie et les sciences sociales ne cesse d’ouvrir de nouveaux débats, à moins que ce ne soit le même qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommencée ? Ce trouble pourrait bien être le symptôme d’une indécision chronique de la théologie, du moins dans le catholicisme romain, à prendre parti pour l’historicité de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la théologie ne pourrait se décider quant aux relations qu’elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l’homme et de la société, quels que soient les qualificatifs retenus : sciences « humaines », à la française, ou sciences « sociales », à l’anglaise. La théologie ne ferait qu’instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou là de données qu’elle emprunte à la sociologie, à l’histoire ou à l’anthropologie. À moins qu’elle ne recycle certains de ses concepts. Mais au fond, rien ne ferait bouger la théologie, science pérenne de la

Aspects cliniques de l’irréparable en matière d’agressions sexuelles

Les sévices sexuels ont des conséquences dramatiques dans la vie d’un enfant. Leur prévention du côté des victimes comme des auteurs et la difficile question du pardon passent par une nécessaire compréhension de ces actes et de leurs conséquences, par le respect de la dignité des enfants, par des prises de positions sociétales, politiques, juridiques et ecclésiales sans ambiguïté, par l’éducation des petits dans la famille, à l’école, dans les institutions et la société, par l’existence enfin de systèmes d’accueil et de soins accessibles, de qualité et coordonnés.

Incertitudes covidiennes

Outre les morts qu’elle a provoquées, la pandémie a été (et reste) une expérience inconnue, difficile à vivre pour la plupart, toutes générations confondues. Elle a provoqué rapidement dépressions et fatigue. Elle a mis à l’épreuve la confiance, ou accru la défiance, envers la politique, la science médicale, le système de santé, et donné libre cours au “complotisme” et aux procès de la démocratie. L’Église catholique a été soumise aux mêmes mesures que les autres cultes, mais les restrictions apportées à la liberté de culte (à la célébration de la messe) ont divisé les catholiques (y compris la Conférence épiscopale), et posé la question de la messe, de sa place dans la vie cultuelle et sacramentelle, ainsi que des formes de sa célébration.

Un catholicisme diasporique. Réflexions sociologiques sur un propos théologique

Lorsque Karl Rahner annonce dans un fameux article de 1954, les profondes mutations qui attendaient l’Église catholique, il fit preuve d’un singulier courage théologique mais surtout d’une grande originalité d’analyse. En effet, plutôt que de déplorer la sécularisation et de chercher à la contrer, il en prend acte comme de la condition actuelle de la présence du christianisme dans les sociétés occidentales contemporaines. L’article évalue la portée sociologique de cette forme « diasporique » que Karl Rahner présente comme la modalité obligée d’une communalisation catholique répondant à sa situation minoritaire dans le monde tel qu’il est.

L’histoire du salut au rythme de la diaspora

Dans Evangelii Gaudium, le pape François invite à une mission pastorale, en contact avec la joie de l’Évangile, qui prend comme orientation le document d’Aparecida et fait sortir l’Église des zones de confort de la culture du bien-être. Dans le cadre des succès missionnaires dynamiques du christianisme au sein de la civilisation mondiale contemporaine, on voit naître précisément dans la diaspora une zone de contacts avec les hommes d’aujourd’hui, qui ne se laisse pas réduire à l’indifférence de cette culture du bien-être où les chrétiens sont en position majoritaire. Il y a bien longtemps que la diaspora n’est plus une région où la foi est en minorité ; elle est plutôt un rythme à la fois désillusionnant et encourageant de la vie, notamment de celle des migrants, mais aussi du style de vie urbain de notre époque. Les sciences culturelles diagnostiquent dans ces rythmes toujours déroutants une hybridité qui pousse les hommes à s’aligner en référence à un pays natal où ils

Le construit-déconstruit des âges de la vie

Le concept d’âges de la vie est un construit social qui a connu des développements divers au cours des siècles. Les mutations contemporaines (augmentation de l’espérance de vie, technologisation de l’existence, morcellement du travail professionnel, mobilités, recomposition des familles…), transforment et remodèlent la segmentation de l’existence. L’auteur propose un état des lieux identifiant quelques-unes des ruptures récentes les plus significatives, avec leurs conséquences paradoxales : brouillage des âges, lutte des âges, solidarité intergénérationnelle, déconstruction et recomposition des segments du cycle de vie, reconfiguration des rôles… pouvant faire préférer l’idée de parcours de vie à celle d’âge de la vie. L’auteur discute enfin du rôle et de la place de la théologie chrétienne dans ces évolutions et en particulier à l’aune des promesses transhumanistes qui ne manquent pas de l’interpeler.

Systèmes de parenté et des formes de famille

L’histoire humaine dans la diversité de ses systèmes sociaux et culturels n’échappe pas à la pensée « scientifique ». L’enjeu de cet article sera de montrer qu’il existe des approches, des méthodes au sein des sciences sociales, dont l’anthropologie sociale, qui permettent d’éclairer les logiques de fonctionnement des sociétés, ainsi que les modes de pensée des acteurs engagés dans la reproduction et l’évolution de ces sociétés. Les fonctions de la parenté sont universelles, mais elles sont assumées par des personnes différentes, selon les principes qui organisent les systèmes de parenté. Ceux-ci sont en nombre limité. Et en Occident, le système dominant appartient au type de système baptisé par les anthropologues du mot « eskimo ».