Éditorial 110/4

Nous avions fini par croire que nous vivions dans un monde sécurisé par l’organisation que nous lui avons donnée et la connaissance que nous en avons acquise. Le monde efficace et productif, qui assure, à certains seulement, paix, prospérité et santé, nous entretient dans l’illusion que l’ensemble de notre existence dépendrait de cet ordonnancement. La COVID-19 a ébranlé notre horizon de certitudes et fait éprouver notre fragilité, à certains plus qu’à d’autres, une fois encore. Nos existences individuelles et collectives sont plongées dans l’incertitude. La pandémie est venue nous redire la vulnérabilité de notre condition et le tragique qui parfois s’en empare. On ne dira pas « rien de nouveau », car la mondialisation de l’épidémie et de ses conséquences économiques, sanitaires et psychosociales, sont bien les symptômes du refoulé de notre situation contemporaine. Nous avons produit une planète interconnectée, aux échanges sans limites, fruits d’une économie dévorante et d’une prétendue rationalisation de toutes nos activités, appuyée sur le développement effréné des techniques

Bulletin de Théologie Morale (110/3 – 2022)

Les ouvrages recensés dans ce Bulletin le sont sous quatre chapitres : A. Conscience, discernement : débats autour d’Amoris laetitia CHIODI Maurizio, Coscienza e discernimento. Testo et contesto del capitolo VIII di Amoris laetitia, San Paolo, Milano, 2018, 172 p. CHIODI Mauricio (Éd.), Discernemento e phrónēsis. Tradizione spirituale, Scrittura e teoria morale, « Quodlibet » 42, Glossa, Milano, 2021, 409 p. MARTINEZ Julio L., Conciencia, discernimiento y verdad, « Estudios y ensayos », BAC, Madrid, 2019, 393 p. THOMASSET Alain, GARRIGUES Jean-Miguel, Une morale souple mais non sans boussole. Répondre aux doutes des quatre cardinaux à propos d’Amoris laetitia, Préface du Cardinal Schönborn, Éd. du Cerf, Paris, 2017, 170 p. POLGAR Nenad, SELLING Joseph (Éds.), The concept of Intrinsic Evil and Catholic Theological Ethics, Lexington/ Fortress Press, Lanham, 2019, 167 p.  B. Méthodes et approches de théologie morale JUNKER-KENNY Maureen, Approaches to theological ethics: Sources, Traditions, Visions, Bloomsbury T &T Clark, London, 2019, 258 p. MIN Anselm (ed.), Faith, Hope, Love and Justice: The theological Virtues Today, Rowman

Bulletin de Théologie Fondamentale (110/3 – 2022)

Liste des ouvrages recensés dans le Bulletin : A. Historiographie DREY Johann Sebastian, Sur l’esprit et l’essence du catholicisme (1819), Introduction M. Seckler, étude et traductions H. Poisson, Beauchesne, Paris, 2019, 293 p. ROBINSON Matthew Ryan, KUEHN Evan F., Theology compromised : Schleiermacher, Troeltsch and the possibility of a sociological theology, Lexington Books/Fortress Academic, Lanham, 2019, 161 p. ARCADI James, TURNER James T. (Éds.), The T&T Clark Handbook of Analytic Theology, Bloomsbury T&T Clark, London, 2021, 544 p. JONES Paul Dafydd, NIMMO Paul T. (Éds.), The Oxford Handbook of Karl Barth, OUP, Oxford, 2019, 710 p. GOUGAUD Emmanuel, Chrétiens virtuels : l’universalité de l’Évangile selon Karl Barth, Éd. du Cerf, Paris, 2020, 392 p. WESTERHOLM Martin, The Ordering of the Christian Mind. Karl Barth and Theological Rationality, OUP, Oxford, 2015, 272 p. RAHNER Karl, Dogmatique après le concile. Fondement de la théologie, doctrine de Dieu et christologie, Œuvres 22/1a, dir. V. Holzer, trad. B. Lauret et al., Éd. du Cerf, Paris, 2021, 562

De quel genre de pensée a-t-on besoin pour aborder la crise environnementale contemporaine ?

L’écologie politique contemporaine donne un nouvel infléchissement aux débats environnementaux qui risquent, sinon, de rester coincés dans un paradigme réducteur et moderniste. Il est intéressant de noter que cette nouvelle écologie politique s’inspire de plus en plus du langage et de concepts théologiques, en particulier dans l’œuvre de Bruno Latour. Le présent article explore les raisons pour lesquelles il en est ainsi et quelle en est la contribution. Il fera valoir que l’écologie politique assigne un rôle à la religion en ce que celle-ci génère le genre de conversion aux valeurs humaines qui s’avèrent nécessaires pour une véritable transformation sociétale. En procédant ainsi, l’écologie politique pourrait même être considérée comme un partenaire de dialogue (surprenant) pour la théologie catholique et pour des approches de la crise environnementale qui s’appuient plus largement sur la tradition de l’enseignement social catholique.

L’ekphrasis salutaire

Le Moyen Âge a-t-il manifesté une espérance de Salut pour le Cosmos ? Notre monde n’étant pas d’abord un objet d’étude ou de délibération, mais l’écosystème de la pensée et de l’expression humaines, nous chercherons à montrer comment la matière épaisse et chaotique d’une Création aspirant au Salut a pu être le support d’un langage théologique surgi en amont des langages plus spéculatifs qui tinrent cette matière à distance. En nous appuyant sur le concept d’ekphrasis, nous tâcherons de montrer qu’au XIIe siècle les visions ont été, par leur matériau et leur forme cosmiques, d’authentiques discours sotériologiques aux dimensions de la Création. Ces visions dressées dans l’histoire restent pour le théologien une invitation à se réapproprier la capacité exploratoire de la poétique.

La Torah d’Israël, chemin de sagesse écologique

Les ressources bibliques en éco-théologie, et spécialement pour penser la « conversion écologique », ne se limitent pas aux lieux scripturaires « classiques » (Gn 1–9 ; Jb 37–38 ; Rm 8 ; etc.). D’autres textes moins sollicités, notamment dans la législation biblique, peuvent apporter un éclairage puissant pour affronter les défis environnementaux de notre époque. À titre de simple illustration, cette contribution examine deux passages tirés du livre du Lévitique (Lv 23 ; 25-26).

Restauration et transformation

L’article présente la pratique de la restauration d’environnements dégradés en se concentrant sur les tensions inhérentes à cette pratique en ce qui concerne le rôle qu’y joue l’histoire pour définir l’action et la fonction de la personne humaine. En s’inspirant des thématiques de résurrection qui caractérisent la restauration et la transformation, l’auteure plaide en faveur d’une approche restauratrice qui, d’une part, reconnaît la valeur d’écosystèmes de jadis et, d’autre part, ouvre un espace pour une action qui va au-delà d’un simple retour au passé et vise à répondre de manière créative aux défis environnementaux du présent, avec sagesse et amour.

La lente émergence de l’idée de conversion écologique dans le monde catholique

L’encyclique Laudato si’ invite à une « conversion écologique ». D’autres textes magistériels l’avaient précédée dans cette voie, marquant ce qu’Adolphe Gesché avait qualifié de « tournant cosmocentrique », par contraste au « tournant anthropocentrique » (Karl Rahner), caractéristique de Vatican II. Ce double tournant explique pourquoi, en dépit de signaux précoces alertant sur la dégradation de l’environnement et sur la responsabilité humaine, le monde catholique a perçu plus tardivement que le monde protestant la nécessité d’un changement d’attitude. En outre, cela pose la question de la place de l’humain au sein du monde selon le dessein créateur de Dieu. Parler de « conversion » suppose un retournement ou un décentrement vers Dieu, mais un Dieu qui confère à chaque créature une « valeur propre ».

Éditorial 110/3

Se convertit-on à l’écologie ? La nécessité d’une transformation de nos modes de vie s’impose. L’urgence s’en fait sentir au rythme des sécheresses meurtrières et de l’extinction en masse des espèces animales et végétales, présages de sombres pertes humaines à venir. La pandémie du COVID a sonné une fois encore l’alarme, mais frappant familles et pays à l’échelle mondiale. En 2015, l’encyclique du Pape empruntait au Cantique de François d’Assise ses premiers mots : « Laudato si’ », Loué sois-tu Seigneur. De la détresse à la louange, voilà un retournement propre à la dynamique des psaumes dans lequel s’exprime la foi chrétienne ! En rien François ne minimise pourtant la violence faite à la terre et aux pauvres qui, les premiers, endurent les conséquences des changements environnementaux. Voir l’étendue de la souffrance sans la restreindre à celle du genre humain, est-ce là la clé pour nous reconduire à découvrir la puissance du Créateur et espérer de Lui qu’il se manifeste en sauvant non pas l’humanité seule,

Bulletin paulinien (110/2 – 2022)

Liste des ouvrages recensés dans le Bulletin : I. Théologie et milieu de vie de l’apôtre BARCLAY John M. G., Paul and the Power of Grace, Eerdmans, Grand Rapids, 2020, 208 p. JOHNSON Luke Timothy, Constructing Paul: The Canonical Paul, vol. 1, Eerdmans, Grand Rapids, 2020, 385 p. HAGEN PIFER Jeanette, Faith as Participation. An Exegetical Study of Some Key Pauline Texts, WUNT 2. 486, Mohr Siebeck, Tübingen, 2019, 260 p. II. Études sur des lettres particulières PITTA Antonio, Romans, The Gospel of God, « Analecta Biblica Studia » 16, Gregorian & Biblical Press, Rome, 2020, 322 p. MOÏSE Caleb, L’Anthropologie de l’apôtre Paul. Vieil homme, homme nouveau, une exégèse de Romains 5-8, « Études d’Histoire et de Philosophie Religieuses » 90, Classiques Garnier, Paris, 2021, 338 p. LAKEY Michael J., The Ritual World of Paul the Apostle. Metaphysics, Community and Symbol in 1 Corinthians 10-11, LNTS 602, T&T Clarke, London, 2019, 218 p. NATHAN Emmanuel, Re-membering the New Covenant at Corinth: A Different Perspective on 2 Corinthians 3,