Dramatique personnelle de la quête d’immédiateté de Dieu

Analyser la question de l’immédiateté de Dieu en regard avec le développement du fondamentalisme permet de clarifier les modalités de cette « immédiateté », mais aussi d’interroger les institutions ecclésiales et académiques sur leur capacité à en rendre compte d’une manière qui réponde aux besoins vitaux de la foi. Partant de la quête contemporaine d’immédiateté de Dieu, cet article explore les ressources de l’approche dramatique et de la grammaire trinitaire tant pour exposer les impasses de certaines quêtes spirituelles que pour ouvrir un chemin d’intelligibilité propre à l’existence chrétienne.

Éditorial 110/2

Immédiateté de Dieu Il n’est sans doute pas de questions de théologie spéculative qui ne reconduisent pourtant au plus ordinaire de la relation du croyant à Dieu. L’immédiateté de Dieu introduit au Mystère même de la Trinité sans nous faire quitter les enjeux les plus actuels de la vie du monde. L’expérience croyante d’aujourd’hui se déclare souvent en accès direct avec Dieu : dans la chaleur d’une communauté, le cœur à cœur de la méditation, à la portée d’un clic. Foin des lourdes complexités théologiques ! haro sur l’institution, dont les dérives ne sont qu’une preuve supplémentaire qu’elle n’est en rien médiation vers Dieu ! L’Église, ou les Églises sont elles-mêmes hantées par des manières d’annoncer l’Évangile qui mettent en contact direct avec Dieu, le manifestant comme guérisseur, s’emparant de prédicateurs, témoins d’être plus que tout sous la motion de l’Esprit, de véritables relais transparents de la présence de Dieu. On pourrait certes avec Yves Congar, il y a déjà près de quarante

Bulletin de Patristique latine (110/1 – 2022)

I. Généralités : Histoire, doctrine DI BERARDINO Angelo, Istituzioni della Chiesa antica, ‎(Facoltà di diritto canonico San Pio X, Manuali 12), Marcianum Press, Venezia, 2019, 680 p. II. IIIe s.-IVe ARNOBE, Contre les Gentils (contre les païens), Tome III, livre III, Texte établi, traduit et commenté par Jacqueline Champeaux, « Collection des Universités de France », Les Belles Lettres, Paris 2007, xlv +177 p. CHAMPEAUX Jacqueline, Arnobe : le combat Contre les païens. Religion, mythologie et polémique au IIIe siècle ap. J.-C., « Recherches sur les rhétoriques religieuses » 23, Brepols, Turnhout, 2018, 438 p. TIMOTHÉE. Sur la Pâque. Introduction, texte, traduction, notes et Index par Pierre Chambert-Protat et Camille Gerzaguet, SC 604, Éd. du Cerf, Paris, 2019, 206 p. HILAIRE DE POITIERS, Commentaires sur les Psaumes. Tome III (Psaumes 62-66). Texte critique du CCSL 61 (J. Doignon). Traduction, notes et index par Mgr Patrick Descourtieux, SC 603, Éd. du Cerf, Paris, 2019, 310 p. HILAIRE DE POITIERS, Commentaires sur les Psaumes. Tome IV (Psaumes 67-69 et 91). Texte

Bulletin de Patristique grecque (110/1 – 2022)

I. Irénée, Clément, Origène WILSON Valerry D. A., La récapitulation chez Irénée de Lyon. Le dessein absolu de Dieu pour l’homme, préface de Mgr Patrick Descourtieux, Parole et Silence, Paris, 2019, 182 p. 2. BERTRAND Dominique, Irénée de Lyon. La théologie de la gloire de l’homme, préface du cardinal Ph. Barbarin, Parole et Silence, Paris, 2020, 185 p. PASQUIER Cyril (Dom), Approches du millénium. Et si Irénée de Lyon avait raison ?, « Studia oecumenica friburgensia » 103, Aschendorff, Münster, 2021, 807 p. CLÉMENT D’ALEXANDRIE, Stromate III; texte grec O. Stählin, L. Früchtel et U. Treu (GCS 52), revu par Patrick Descourtieux et Alain Le Boulluec ; traduction Marcel Caster (†), révisée par Claude Mondésert (†), Alain Le Boulluec et Yves Tissot ; introduction et notes Alain Le Boulluec ; Index Patrick Descourtieux, SC 608, Éd. du Cerf, Paris, 2020, 427 p. ALBANO Emmanuel, I silenzi delle Sacre Scritture. Limiti e possibilità di rivelazione del Logos negli scritti di Filone, Clemente e Origene, « Studia Ephemeridis Augustinianum » 138, Institutum

« Je suis celui qui est, qui était et qui vient » (Ap 1,8)

L’article met en relief la succession des trois ensembles de théologie systématique de Joseph Moingt, labourant un même terrain, ce qui pose donc la question sur les raisons d’être de ces « reprises ». De nombreux éléments textuels par lesquels l’auteur entre en dialogue avec ses lecteurs permettent une réponse. Ils révèlent les évolutions de la recherche théologique d’une cinquantaine d’années qui, greffées sur les mutations de l’Église et des sociétés européennes, se cachent dans son œuvre systématique et l’exposent, en sa forme de totalité unifiée, au test par l’histoire. L’enquête commence par l’examen du « genre littéraire » bien singulier de cette dogmatique catholique dans le contexte des théologies systématiques du XXe siècle. Elle se poursuit par une analyse détaillée des dialogues « interstitiels » de l’auteur avec la recherche et ses lecteurs, s’intéressant aux deux principales mutations épistémologiques intervenues lors de ce long parcours. Elle se termine par la difficile question de la réception de cette œuvre : quelle pertinence garde-t-elle dans la conjoncture actuelle de nos sociétés

« Déploiement de la Trinité » comme Protohistoire dans l’œuvre de Joseph Moingt

Dans son opus magnum, Dieu qui vient à l’homme, Joseph Moingt poursuit les tâches de l’heuristique trinitaire telle qu’elle s’est déployée dans l’histoire de la théologie. Cette orientation fondamentale va bien au-delà d’une archéologie du croire. Elle prend la forme d’un projet de théologie systématique dont les orientations et les thèses constituent l’une des contributions les plus novatrices de la théologie trinitaire contemporaine. Le caractère novateur de l’entreprise est dépendant de la nouvelle intelligibilité qui marque l’usage du concept d’Incarnation relié à une protohistoire et à une nouvelle configuration du concept de prédestination. La complexité de cette construction théologique fait l’objet d’une analyse critique.

Pour une concitoyenneté évangélique

L’ecclésiologie de communion figure parmi les avancées majeures du concile Vatican II. La situation présente de l’Église suggère que ce concept n’a pas bénéficié des concrétisations structurelles qu’il appelait. Moingt propose une double intuition, d’une part qui lie fermement la qualité de la communication entre l’Église et le monde au type de relation que les chrétiens entretiennent entre eux et, d’autre part, qui commande une réinterprétation de la Révélation beaucoup plus attentive à l’originalité indépassable du don de l’Esprit.

Le rapport à l’Écriture chez Joseph Moingt

La question du rapport à l’Écriture condense celle du rapport entre l’histoire et le théologique. C’est central chez Moingt, et il y marque sans relâche la rupture d’ordre entre l’historique et le théologique, ce qui ne va pas sans tensions avec certaines manières de pratiquer ou de valider l’exégèse historico-critique. L’article suit cet axe de questionnement dans divers textes de Moingt, de la fin des années 1960 à la fin des années 2010. Il se penche ensuite sur la question du Jésus de l’histoire, qui vaut ici test, avant d’en venir au moment de la narrativité dont Moingt a souligné l’importance, pour ouvrir sur ce qui en est entraîné quant à la manière de penser la théologie, avec un accent mis sur un « acte de croire » transversal aux données de l’humain et du monde.

La patristique dans l’œuvre de Joseph Moingt

Joseph Moingt consacra jadis d’importants travaux à Clément d’Alexandrie et à Tertullien. Ses enseignements à Lyon-Fourvière donnèrent aussi une place très importante aux écrits des Pères, avec une attention privilégiée à la « logique » qui avait présidé au développement du « discours chrétien ». Plus tard, dans ses ouvrages de théologie systématique, Joseph Moingt n’a pas cessé de revenir à la tradition patristique, mais il l’a fait de manière renouvelée, dans le cadre des problématiques auxquelles il s’attachait désormais.

Joseph Moingt : Évangile et humanisme

Ce parcours de l’œuvre de Joseph Moingt évoque la formation classique puis le tournant de 1968 et sa rencontre avec M. L’évocation de plusieurs prises de positions dans le contexte de la crise institutionnelle permet d’en repérer les soubassements théoriques. Le troisième temps esquisse ce qui caractérise la quête de vérité de Joseph Moingt. Une dernière partie trace les lignes de cet humanisme théologique : l’enracinement anthropologique du croire, l’humanisation de Dieu en Jésus, l’Esprit saint facteur d’universalisation et de personnalisation. La conclusion analyse brièvement les lieux théologiques traversés.