La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme

La christologie patristique dans le contexte des débats avec les juifs

Dans quelle mesure la christologie patristique a-t-elle pu alimenter une hostilité de fond entre chrétiens et juifs ? Après avoir rappelé quelques évolutions qui ont marqué la recherche contemporaine sur le sujet, l’article montre quels furent les principaux thèmes des controverses christologiques dans le contexte de l’opposition au judaïsme. Si certains écrits développent incontestablement des thèmes antijudaïques (comme celui de la substitution de l’Église à Israël), le constat de cet « antijudaïsme » ne doit pourtant pas empêcher de percevoir ce qui, originellement, était en cause dans les débats entre chrétiens et juifs, à savoir une décision existentielle sur l’identité même de Jésus. L’article invite à relire de ce point de vue le Dialogue de Justin avec le juif Tryphon, en rendant attentif à la forme même de cet écrit et à son prologue narratif.

L’un et l’autre Peuple de Dieu. Christ, Peuple et Écriture, après la théologie de la substitution

Institut Catholique de Paris – UR « Religion, Culture et Société » – EA 7403 Cet article veut explorer ce que la sortie de la théologie de la substitution, qui valorise la permanence d’Israël, peut avoir comme conséquence pour l’ecclésiologie fondamentale. Partant d’une intuition féconde de Kurt Koch, sur la place des développements de l’exégèse dans l’émergence puis dans la réception de Nostra ætate nº 4, l’article traverse deux documents essentiels de la Commission biblique pontificale (1993 et 2001) en examinant les rapports entre l’Écriture et le peuple de Dieu. L’avant-propos de Joseph Ratzinger à Jésus de Nazareth, paru en 2007, confirme la difficulté à articuler le plan exégétique et le plan ecclésiologique, pour faire droit en même temps à la nouveauté en Jésus-Christ et à la permanence du peuple juif. Il s’agit d’articuler ce que l’exégèse connaît depuis longtemps à propos de l’un et l’autre Testament avec ce que l’ecclésiologie peut encore découvrir en honorant christologiquement les liens dialectiques entre l’un et l’autre peuple

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

Bulletin philosophie et christianisme (105/1 – 2017)

Institut catholique de Paris – Université Humboldt de Berlin Les ouvrages recensés dans le présent bulletin s’inscrivent dans une ellipse dont les deux foyers, qui ne se confondent pas avec un partage disciplinaire strict, sont la « religion » et «l’homme ». I. Introduire philosophiquement à la « philosophie de la religion » 1. Delecroix Vincent, Ceci n’est point le pays de la vérité. Introduction à la philosophie de la religion, Félin, Paris, 2015, 1009 p. 2. Perone Ugo, L’essenza della religione, Queriniana, Brescia, 2015, 135 p. 3. Bancalari Stefano, Logica dell’épochè. Per un’introduzione alla fenomenologia della religione, ETS, Pisa, 2013, 306 p. II. Autour du théologico-politique 4. Delecroix Vincent, Apocalypse du politique, Desclée de Brouwer, Paris, 2016, 363 p. 5. Valadier Paul, Sagesse biblique, sagesse politique, Salvator, Paris, 2015, 187 p. III. Questions disputées 6. Guibal Francis, Faut-il renoncer à la métaphysique ?, Facultés Jésuites de Paris, Paris, 2016, 276 p. 7. Capelle-Dumont Philippe, Finitude et Mystère III, « Philosophie & Théologie », Éd. du Cerf, Paris, 2016, 233 p. 8. Dalferth

Bulletin théologie systématique : Dieu-Trinité (105/1 – 2017)

Institut Catholique de Paris – Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses Collège doctoral « Religion, culture et société » (EA 7403) Par le choix de quelques ouvrages d’importance – dont certains ne bénéficient que d’une diffusion trop confidentielle – nous signons notre premier bulletin de théologie trinitaire jusqu’alors tenu magistralement par Christoph Theobald. Une deuxième livraison laissera la part belle à la littérature théologique s’enquérant de la doctrine trinitaire sous l’angle de nouvelles synthèses. Ce premier bulletin est d’intention plus modeste, centré sur des tentatives de relecture critique d’une tradition de pensée tributaire d’une grammaire conceptuelle puisant ses ressources dans l’organon métaphysique. Les ouvrages en question sont déjà des tentatives de « sortie » ou de refonte des catégories d’usage. Il y a encore en théologie trinitaire un « impensé », virtuellement contenu dans des catégories qui semblent, à première vue, avoir épuisé, ou pire, avoir résolu l’indicible et le révélé. Le bulletin s’ouvre par une Trinité contestée, au siècle de Louis le Grand, et c’est l’ombre de Platon qui vient

Éditorial (105/1)

LA CHRISTOLOGIE APRÈS AUSCHWITZ UN PROGRAMME Dans l’éditorial du dossier Christianisme et judaïsme depuis Nostra ætate (RSR 103/3 [2015], 323), nous avions annoncé d’emblée que nous ne pourrions en rester à ce bilan. S’imposait alors de revenir sur la question christologique, tenue trop en retrait du faisceau de thèmes abordés dans ce numéro de 2015. Elle en représentait pourtant le centre secret, déterminant en définitive les rapports, ô combien complexes, entre juifs et chrétiens. Or, à regarder de près les évolutions de la christologie au XXe siècle, on ne peut nier que l’inqualifiable « événement d’Auschwitz » y avait déclenché comme des ondes de choc. Touchant alors au cœur du judaïsme, comment l’événement aurait pu ne pas atteindre aussi le centre de l’identité chrétienne, interroger la responsabilité des chrétiens et mettre gravement en cause la crédibilité du christianisme ? Ainsi fut provoqué un vaste travail de mémoire et de révision, rendant désormais impossible de maintenir l’idée de « substitution » de la voie chrétienne au judaïsme, idée