Ministères et charismes dans les principales traditions chrétiennes

Penser tout « ministère » en Église comme un « charisme », c’est-à-dire comme une réalité donnée par l’Esprit-Saint en vue de l’édification de l’Église, voilà l’un des enjeux importants de la théologie des ministères, aujourd’hui comme hier, à la suite notamment des écrits pauliniens. Cela peut nous conduire à mettre en évidence, avant de nous intéresser à ce qui distingue les laïcs des clercs, le socle commun que représente le sacerdoce (ou le ministère, compris ici au sens de « service ») de tous les fidèles. Malgré tout ce qui sépare encore les protestants des catholiques-romains et des orthodoxes sur les questions qui ont trait aux ministères, d’importantes avancées ont été faites depuis le milieu du 20e siècle sur la dimension « charismatique » des ministères. Le présent article met en lumière certaines de ces avancées, comme aussi certaines spécificités propres à chacun de ces trois traditions ecclésiales.

Les ministères remis sur le métier

Le quadrillage total du territoire associant à chaque espace paroissial un curé touche en France à sa fin, le nombre de prêtres étant aujourd’hui insuffisant pour y faire face. Par ailleurs, les scandales sexuels, qui ont éclaté en 2018-2019, conduisent à la dénonciation du « cléricalisme ». Dans ce contexte, la réflexion sur les ministères, c’est-à-dire sur les acteurs et actrices légitimes pour prendre en charge le travail religieux, est rouverte. Deux principales options semblent considérées.

La vie éternelle : corporelle, dynamique et universelle ?

Le mystère de la vie éternelle est appréhendé à partir de ce qui lui est le plus radicalement propre : son centre christologique et trinitaire. C’est à la lumière de celui-ci que sont affrontées trois questions – choisies pour leur importance intrinsèque et leur place dans les débats contemporains – touchant respectivement à la corporéité, à la temporalité et à l’universalité de la vie éternelle. La première est abordée en référence aux débats sur la résurrection dans la mort et à la possibilité de penser la conformation au Christ à la lumière de la phénoménologie et de l’ontologie structurale ; la seconde, à partir de la tension entre stabilité de la béatitude et vitalité du désir ; la troisième, en tenant compte des enjeux de l’espérance d’un salut universel et de la puissance des arguments de l’universalisme contemporain.

Les métamorphoses de la liturgie et de la pastorale des funérailles

La profonde transformation des pratiques et de la pastorale des funérailles ne peut s’expliquer sur le seul registre de la déchristianisation. Les transformations culturelles interrogent l’espérance chrétienne sous un triple rapport : à la mort, au corps et à la mémoire. La récente crise sanitaire de la Covid 19, en suscitant une nouvelle prise de conscience de la fragilité de notre humanité commune, appelle à reconsidérer ces questions. Dans ce contexte, l’article s’interroge à nouveaux frais sur les ressources qu’apporte la ritualité chrétienne pour répondre aux aspirations et aux angoisses d’un monde qui a profondément changé.

La vie éternelle, selon les Écritures

La notion de « vie éternelle » se trouve aujourd’hui grevée d’une interprétation statique et anhistorique. Le retour au Nouveau Testament met en valeur l’ambivalence de l’adjectif « éternel » (en grec aiônios), inséparable de la notion d’éon (aiôn), désignant comme un espace-temps divin, inaccessible au sein de l’histoire, quoique déjà mystérieusement présent. Ce sera le propre des écrits johanniques que d’insister, tant sur le déjà-là d’une eschatologie anticipée que sur l’intériorité du sujet croyant, appelé à laisser sourdre en lui la « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14).

La mort de la mort : de quelle immortalité parlons-nous ?

La possibilité d’une immortalité n’a cessé de préoccuper l’humanité. Certains affirment que celle-ci serait de l’ordre du passé, à la suite de la thèse heideggérienne de la finitude ontologique de l’homme. Dans cette optique, le temps est envisagé à partir de la mort, à savoir qu’il est clos de manière a priori. D’autres, au contraire, soutiennent que la temporalité est ouverte et que le « progrès » historique et technoscientifique permet à l’homo faber de dépasser la mort individuelle. Après une discussion critique de ces positions et de leurs présupposés, l’article aborde la question de l’immortalité renvoyant à une anthropologie du don. Celui-ci se situe au plan de la créature recevant gratuitement la vie ou de l’espérance qui implique une attitude de disponibilité réceptive et qui échappe à tout contrôle.

L’éternité est une croyance qui s’oppose à la mort

Comment résister à la mort ? Cette question, depuis toujours, instaure un conflit entre la mort et l’éternité. Voyons quatre régimes différents de résistance : celui de la culture, qui, depuis 100 000 ans, avec le faste, l’art et la religion, instaure des modalités d’une protection contre la mort – apparaissent alors le moment charnière : le passage, et ses conditions, la symbolique de l’autre monde – ; puis le moment chrétien (une promesse d’éternité est faite, mal comprise, du côté catholique par une fixation sur la seule éternité de l’âme et du côté des incroyants par un supposé amour catholique des cadavres), avec une incertitude quant aux conditions d’accès à l’éternité ; le troisième régime où, avec Freud, l’immortalité devient une croyance active ici et maintenant, protège notre psychisme du néant et donc de la sidération, et vient avant la mortalité ; enfin la science, qui nous offre une nouvelle promesse d’immortalité, promesse future, non encore réelle, possible mais non certaine, de pouvoir se « réincarner » dans de

Décès du Père Joseph Moingt

Le Père Joseph Moingt, sj, s’est éteint le 28 juillet 2020, dans sa 105ème année. Théologien à la pensée toujours en éveil et ouvrant inlassablement à l’intelligence de la foi, il a dirigé la Revue des RSR de 1968 à 1997. Nous lui devons beaucoup. Christoph Theobald, rédacteur en chef, avec le Comité de Rédaction Joseph Moingt – Un grand théologien vient de nous quitter

Karl Rahner – La puissance d’engendrement d’une pensée

Partant de la fécondité effective de l’œuvre de Karl Rahner, l’article s’interroge sur l’impulsion qui a rendu possible son ampleur exceptionnelle. Il n’en scrute donc pas telle partie ou tel contenu mais s’intéresse à la genèse ou à la « puissance d’engendrement » de la pensée du théologien jésuite. Pour cela, il part de son itinéraire et repère les tournants et la différenciation interne de sa théologie, pour en dégager le « ressort » qui se trouve dans une sensibilité spirituelle aux « nouveaux commencements », à repérer et à penser au sein de notre histoire humaine et dans la tradition chrétienne. L’article tente de vérifier cette hypothèse à partir de quelques situations-clés. Instruit par ces leçons, il reviendra au contexte actuel où, à la suite de Rahner et en pensant avec lui et non pas comme lui, les théologien(ne)s peuvent trouver leur propre impulsion en apprenant à discerner le « kairos » théologique qui leur est offert.

Karl Rahner – Genèse et aspects d’une théologie systématique

Après tant d’études érudites et une réception hors du commun, quelles que soient les aires culturelles et linguistiques, l’œuvre de Karl Rahner continue d’inspirer de nouvelles synthèses théologiques et de nouveaux champs de recherche. Cette propriété, l’œuvre de Karl Rahner la tire de son infrastructure philosophique puissante, disponible pour de nouvelles prospections. L’étude que nous proposons cherche essentiellement à examiner, dans un acte de relecture et d’interprétation critique, les moments instaurateurs de la théologie de Karl Rahner, en privilégiant les grandes polarités qui la caractérisent : « subjectivité et révélation », « libre révélation et ontologie », « transcendantal et catégorial », « théologie de la grâce et christologie transcendantale ». Ces explorations conduisent à une évaluation actualisante.